Sommet du G20

L’Arabie saoudite sous le feu des critiques

Militantes derrière les barreaux, assassinat d’un journaliste, disparitions forcées : l’Arabie saoudite, premier pays arabe à accueillir un sommet du G20 – qui débutera ce week-end –, fait l’objet de vives critiques dans le monde pour son bilan en matière de droits de la personne, malgré des réformes récentes pour assouplir des lois très conservatrices du royaume musulman.

Femmes sous tutelle

Après avoir autorisé les femmes à conduire une voiture en 2018, l’Arabie saoudite leur a permis en août dernier d’obtenir un passeport et de voyager à l’étranger sans demander l’approbation de leur « tuteur » – père, mari ou autre parent masculin.

Cette mesure a mis fin à une règle de longue date qui a suscité de nombreuses tentatives extrêmes de la part des femmes saoudiennes de fuir le royaume et de trouver refuge dans d’autres pays.

Mais les tuteurs masculins peuvent néanmoins déposer une plainte auprès de la police pour « absence », ce qui conduirait à l’arrestation des femmes qui tentent de voyager et à leur éventuelle détention dans des centres d’accueil semblables à des prisons, selon Human Rights Watch.

Peine de mort

En avril, la Commission saoudienne des droits de l’homme a déclaré que le royaume mettait fin à la peine de mort pour les personnes condamnées pour des crimes commis alors qu’elles étaient âgées de moins de 18 ans, dans un pays qui a l’un des taux d’exécution les plus élevés au monde.

La réforme, qui prévoit une peine de prison de 10 ans maximum dans un centre de détention pour mineurs, a été largement saluée par les militants, mais une récente affaire a provoqué l’émoi des ONG.

Mohammed al-Faraj, arrêté en 2017 alors qu’il était âgé de 15 ans, risque la peine de mort pour avoir participé à des manifestations et avoir scandé des slogans contre l’État, selon Human Rights Watch.

Réforme du travail

Ce mois-ci, l’Arabie saoudite a annoncé qu’elle allait assouplir les restrictions imposées à des millions de travailleurs étrangers dans le cadre de son système de parrainage « kafala », qui est accusé d’être à l’origine d’abus et d’exploitation.

Ce système est décrit par les critiques comme une forme d’esclavage qui lie les travailleurs à leurs employeurs, dont la permission est nécessaire pour entrer et sortir du royaume ainsi que pour changer d’emploi.

Toutefois, la nouvelle réglementation ne s’appliquera pas aux 3,7 millions de travailleurs domestiques du pays, y compris les femmes de chambre et les chauffeurs, une catégorie d’employés très vulnérable.

En mode virtuel

Le sommet se déroulera pour la première fois cette année en mode virtuel. Pas de cérémonie d’ouverture en grande pompe à Riyad, donc, mais des écrans qui s’allumeront les uns après les autres à Paris, Berlin, Moscou…

Le roi Salmane réunit pendant deux jours les chefs d’État et de gouvernement des 20 nations les plus riches du monde, pour parler des « implications de la pandémie » et des « mesures pour relancer l’économie mondiale ». Car si la course aux vaccins s’accélère, suscitant l’espoir d’éradiquer enfin le virus qui a infecté 55 millions de personnes et en a tué plus de 1,3 million, l’économie mondiale ne voit pas le bout du tunnel : selon le Fonds monétaire international, le PIB mondial devrait reculer de 4,4 % en 2020.

Les pays du G20 ont dépensé quelque 11 000 milliards de dollars pour sauver l’économie mondiale, et doivent s’attaquer à une bombe à retardement : la dette des pays pauvres, confrontés à un effondrement (- 700 milliards de dollars, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques) de leurs financements extérieurs.

Trump ?

Si le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, sera présent au sommet, l’incertitude demeure sur la participation de Donald Trump. Une chose est sûre : il ne sera pas sur la traditionnelle photo de groupe puisqu’il n’y en aura pas, format virtuel oblige.

De quoi enlever beaucoup de son intérêt à ce sommet du G20. Ces grandes rencontres valent en effet moins pour le programme officiel fort consensuel ou pour le communiqué final souvent très lisse que pour les apartés entre puissants, les liens noués « à table, à la pause-café, dans les couloirs ou les salles de fitness des hôtels », selon John Kirton, directeur du Centre de recherches sur le G20.

Mais la « diplomatie numérique » a aussi ses avantages, ne serait-ce que pour des raisons de logistique et de sécurité, dans une région sous très haute tension, selon ce professeur à l’Université de Toronto.

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