Critique de Vérités

La vérité, selon Luc Langevin

Luc Langevin présentait mercredi la première montréalaise de son tout nouveau spectacle intitulé Vérités. Une fois de plus, l’illusionniste multiplie les tours de force, mais ici avec une dose de poésie qu’on ne lui connaissait pas.

Dès l’entrée de la salle, le ton de cette nouvelle production est donné : il sera question ici de la vérité et de tous ses dérivés. Sur un écran au cœur de la scène, des citations autour de ce thème se succèdent. Or déjà, le doute est installé : ces maximes sont-elles vraiment sorties de la bouche de Cicéron ? De Neruda ? De Jean-Claude Van Damme ? Toutes parlent de vérité, mais sont-elles toutes véridiques ?

Depuis 15 ans, Luc Langevin s’amuse à déjouer nos yeux et nos cerveaux avec ses numéros ; il y a de quoi être suspicieux. Même avec les plus petits détails. Et aussitôt que l’illustre illusionniste apparaît sur scène, juché sur un tabouret digne d’un tableau de M. C. Escher, on se dit que cette fois, on réussira bien à le démasquer. Un peu ? Peut-être ?

Eh bien ! pas du tout.

On a beau s’assécher les yeux à force de vouloir les garder ouverts pour ne rien rater, Luc Langevin est plus fort qu’un Théâtre Maisonneuve rempli à craquer de sceptiques.

« On ne voit que 10 % de ce qui se passe devant nous », se plaît d’ailleurs à répéter Luc Langevin. C’est dans le 90 % qui reste que le Québécois a fait son nid. Il profite avec maestria de cette zone d’ombres pour jouer de nos perceptions. Il l’a fait dans ses précédents spectacles ; il récidive avec Vérités en repoussant les limites de l’impossible. Inutile toutefois de vous détailler ici les exploits qu’il accomplit pendant 90 minutes, lisant dans les pensées de tout un chacun et faisant disparaître ceci ou apparaître cela (un gros cela…). Ce serait vous gâcher la surprise.

Un éclairage nouveau venu d’une ampoule

Comme fil conducteur de la douzaine de tableaux présentés, le metteur en scène Hugo Bélanger a choisi une simple ampoule, de celle qu’on retrouvait sur les polygraphes de jadis. Ce globe de verre nous sert de guide tout au long du spectacle pour nous rappeler que la vérité n’est souvent qu’une affaire de point de vue. Et que ce n’est pas parce que l’ampoule s’éteint qu’il ne se passe plus rien. Au contraire.

Hugo Bélanger, qui signe ici son premier spectacle de magie après des incursions au théâtre, à l’opéra et au cirque, a su insuffler une douce touche de poésie à l’ensemble.

Luc Langevin émaille souvent ses numéros d’explications scientifiques, mais ici, certains tableaux se font plus oniriques, moins bavards. Et c’est très bien ainsi.

Le public, conquis d’avance il faut le dire, était heureux de retrouver l’illusionniste dont nous avait privé cette triste pandémie. Et l’illusionniste lui-même semblait transporté par l’énergie de cette foule qui, visiblement, lui a manqué. Ses textes étaient rendus avec beaucoup de naturel, même si c’est dans ses apartés improvisés qu’il reste le plus drôle et le plus touchant.

Dans Vérités, il sait aussi offrir aux spectateurs des numéros où l’enchantement n’est pas technique, mais à hauteur de cœur. De cœur d’enfant même. Résultat : on ressort du spectacle avec mille points d’interrogation en tête (comment il a fait ?), mais aussi avec l’âme réchauffée. C’est beaucoup de magie pour un seul spectacle.

Vérités

Luc Langevin

En tournée partout au Québec

8,5/10

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