Maggie Rogers

Virage rock

En prenant un virage plus rock, plus audacieux, la pop indie de Maggie Rogers est devenue plus définie et percutante. Surrender, second album de l’auteure-compositrice-interprète américaine, a beaucoup pour plaire.

Surrender est la preuve que Rogers n’a pas eu de coup de chance avec la pièce Alaska et le superbe album qui a suivi, Heard It in a Past Life. Pour rappel, la chanteuse avait été remarquée par Pharell Williams lors d’une séance d’écoute à la NYU, propulsant Maggie Rogers sous les projecteurs. Plus de six ans plus tard, trois ans après son premier album, la jeune prodige propose une autre recette gagnante, aux saveurs de base semblables à la première, mais dont les ingrédients et le résultat final sont plus raffinés.

Totalement autoproduit, avec le soutien du fabuleux Kid Harpoon (Harry Styles), l’album est dominé par des marqueurs limpides qui lui confèrent harmonie et cohérence. Maggie Rogers a mis en musique une vision claire. La guitare électrique est bien plus présente, impétueuse. Le tempo a accéléré. La voix est aventureuse, mais ne tente rien qui lui soit désavantageux.

Depuis Heard It in a Past Life, l’auteure-compositrice-interprète a complexifié son approche, a ajouté des couches à sa pop dansante et planante.

Et, à la fois, une chose ne change pas : Maggie Rogers sait comment composer d’excellentes chansons pop, aux refrains accrocheurs, aux riffs entraînants et aux accroches fortes (Want Want, par exemple, bénéficie d’un hook génial).

Un morceau comme That’s Where I Am nous montre clairement le changement de cap, pris avec prudence. Horses, mélancolique et principalement acoustique, nous ramène au registre du premier disque, tout comme l’entraînante Be Cool. Shatter est traversée de cet esprit rock qui imprègne tout l’album, mais garde à la fois cette accroche pop que la chanteuse semble pouvoir insuffler à tout ce qu’elle produit.

Maggie Rogers n’a jamais semblé manquer d’assurance, de vision, de talent, mais Surrender montre qu’elle peut se dépasser, tout en conservant sa signature convaincante.

Indie pop

Surrender

Maggie Rogers

Capitol Records

Trois étoiles et demie

Joey Bada$$

Retour partiel dans le temps

En 1999, Jo-Vaughn Virginie Scott n’avait que 4 ans. Cela ne l’a pas empêché de se servir de cette année-là pour intituler sa première mixtape, parue en 2012. L’esprit de 1999 est davantage celui des quelques années précédentes, celui de l’âge d’or du hip-hop, selon plusieurs : des beats empreints de jazz et de soul, des récits de la rue, des flows uniques et articulés.

Avec cette première collection de titres, le jeune Joey Bada$$ a fait une impression semblable à celle qu’avait faite Nas, en 1994, avec Illmatic. À seulement 17 ans, il maîtrisait déjà toutes les facettes de son art. Son premier album, B4.Da.$$, lancé le jour de ses 20 ans, confirme son talent. Deux ans plus tard, en 2017, Joey Badmon réplique avec ALL-AMERIKKKAN BADA$$, beaucoup plus politique et militant. Les années suivantes sont principalement consacrées à la télévision (Mr. Robot, Power Book III).

Ainsi, 10 ans après sa première offrande et quelques semaines après son passage à Montréal dans le cadre du Festival de jazz, le New-Yorkais propose 2000, la suite de 1999. Cette continuité s’entend effectivement durant la première moitié de l’album, mais au fil des chansons, le son des années 1990 s’estompe.

Statik Seleltah et Chuck Strangers, qui avaient participé à 1999, contribuent à l’ambiance rétro grâce à leurs beats qui cognent et apaisent à la fois. Le troisième morceau, Where I Belong, exhale une belle nostalgie mélancolique. Joey reprend même pour l’occasion un flow qu’on n’avait pas entendu depuis un moment. Brand New 911 (avec Westside Gunn) et Eulogy sont d’autres pièces qui se démarquent. Welcome Back aurait pu être laissée de côté, principalement en raison de la présence de Chris Brown…

Le moment le plus fort de 2000 se produit sur Survivors Guilt. Le rappeur de Brooklyn revient alors sur les problèmes de santé mentale de son ami d’enfance Capital STEEZ, qui s’est suicidé en 2012. Les deux membres fondateurs du collectif Pro Era avaient enregistré ensemble Survival Tactics pour 1999. La boucle ainsi bouclée par cet hommage senti, Joey Bada$$ pourra peut-être poursuivre son ascension avec plus de légèreté.

Rap

2000

Joey Bada$$

Pro Era

Trois étoiles et demie

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