Confidences de voyageurs

À vélo et en famille sur la route des glaciers

Voyager, c’est comme rouler sur une route de montagne. Mais parmi les hauts et les bas, il restera toujours ces souvenirs indélébiles qu’on emporte avec soi toute sa vie. La Presse raconte les aventures, petites ou grandes, de voyageurs qui n’ont pas froid aux yeux. Aujourd’hui : un couple de passionnés de vélo qui traverse l’Ouest canadien sur deux roues… avec ses deux jeunes enfants.

Le 23 août dernier, le petit Lucas fêtait ses 6 ans sur la route, dans le décor fabuleux des Rocheuses, entouré de son frère Léo, 8 ans, et de ses parents, Vanessa Richard et Bertrand Lemeunier. Le garçon n’en est pourtant plus à ses premiers coups de pédale depuis longtemps.

En juillet dernier, la famille de quatre a quitté le Québec en voiture avec vélos et équipement de camping. Direction : Calgary, point de départ de sa route à vélo vers la côte Ouest.

« On veut rouler aussi longtemps qu’on pourra, donc on va s’arrêter probablement début novembre ou mi-novembre, selon la météo qu’il y aura dans l’île de Vancouver ou dans la région de Vancouver », précise Bertrand Lemeunier, joint dans les Rocheuses.

À la différence de leurs précédents voyages, celui-ci n’a pas de date de retour. Et pour Bertrand Lemeunier, il revêt une signification particulière puisqu’il y a 15 ans, il a traversé le pays en solitaire, de Terre-Neuve à Vancouver – où il a rencontré Vanessa. « C’est drôle de se retrouver ici, maintenant, alors que j’étais en plein hiver dans les Rocheuses [à l’époque] », se souvient-il.

Ensemble, ils ont suivi leur passion du vélo au Brésil, en Pologne, en Nouvelle-Zélande, à Taiwan. Tous les deux ou trois ans, ils repartaient. D’abord seuls, puis avec Léo et, quelques années plus tard, avec Lucas aussi.

Mais avant de faire leur premier voyage de vélo-camping avec un bambin, ils avaient fait un « test » en emmenant le petit Léo passer une nuit dans une tente sur un terrain non loin de chez eux. « Dans la soirée, Vanessa retournait à la maison avec Léo dans les bras qui pleurait pendant que moi, je remballais tout », se rappelle Bertrand Lemeunier en riant.

« Pédaler pour grandir »

Depuis, les choses ont bien changé. Après leur départ de Calgary, les deux garçons ont réussi à parcourir près de 45 km en une journée. « Toutes les conditions étaient réunies et ils voulaient vraiment faire du vélo tout seuls. Oui, ils sont habitués, mais ils restent des enfants comme les autres », nuance Bertrand.

Quand l’énergie et l’entrain ne sont pas au rendez-vous, Vanessa et lui sont équipés pour les tirer en les accrochant sur leur propre vélo. « Ils se rendent bien compte qu’il faut qu’on avance aussi », précise-t-il. Surtout quand les collations et les réserves de nourriture commencent à s’épuiser et qu’il n’y a pas le moindre commerce à des kilomètres à la ronde...

« Un voyage comme ça, c’est sûr qu’il y a des moments plus difficiles pour tout le monde, donc c’est aussi un bon apprentissage pour eux pour plus tard – la persévérance, la patience, la gestion des émotions et de l’énergie, aussi… savoir s’écouter là-dedans, sortir de sa zone de confort. »

— Bertrand Lemeunier

« À un moment donné, on s’est fait surprendre par des vents forts, la pluie, la grêle. On était au bord de la route à essayer de leur enfiler leur pantalon et leurs bottes de pluie tout en tenant nos vélos qui pèsent une tonne », raconte-t-il.

L’école de la vie

Et à travers toutes ces aventures parsemées de belles rencontres – et des chicanes inévitables, mais heureusement passagères, entre les garçons –, il faut faire l’école sur la route.

« Même si certaines choses leur manquent en voyage, on voit bien qu’ils aiment ça aussi. Ils trouvent leur équilibre là-dedans et ils savent qu’ils sont chanceux de faire ce genre de voyage », estime leur père.

« Pour nous, c’est vraiment pédaler pour grandir, et c’est sans surprise que notre dernier documentaire s’appelle comme ça », ajoute-t-il.

Bertrand et Vanessa sont toutefois bien conscients qu’un jour ou l’autre, les enfants ne voudront peut-être plus suivre. « Mais Vanessa et moi, on veut continuer les voyages à vélo parce que c’est notre travail, aussi. Pour nous, c’est un projet de vie. »

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