QAnon

Trump embrasse ouvertement la théorie du complot

Donald Trump adopte ouvertement la théorie du complot sans fondement de QAnon, alors que de plus en plus d’évènements inquiétants liés au mouvement se concrétisent dans le monde réel.

Mardi, sur sa plateforme Truth Social, l’ancien président républicain a publié une image de lui-même portant une épinglette Q recouverte des mots « La tempête arrive ». Dans la mythologie de QAnon, la « tempête » fait référence à la victoire finale de Trump, alors qu’il reprendrait le pouvoir et que ses adversaires seraient jugés, et potentiellement exécutés, en direct à la télévision.

Alors que Trump envisage une nouvelle candidature à la présidence et s’implique fortement dans les élections de mi-mandat, il semble se rapprocher du mouvement conspirationniste.

Les publications récentes de Trump incluent des images le présentant comme un martyr combattant des criminels, des psychopathes et le soi-disant « Deep State » (« État profond »). Dans un message maintenant supprimé datant de la fin août, il a republié un « q drop », l’un des messages cryptés publiés en ligne qui, selon les partisans de QAnon, proviennent d’un employé anonyme du gouvernement ayant accès à des informations top secrètes.

Un porte-parole de Donald Trump n’a pas répondu aux demandes de l’Associated Press (AP).

Des chansons et des slogans

Même lorsque ses messages ne font pas directement référence à la théorie du complot, Trump amplifie les messages d’utilisateurs qui le font. Une analyse de l’AP a révélé que sur près de 75 comptes que Trump a republiés sur son profil Truth Social au cours du mois dernier, plus du tiers ont fait la promotion de QAnon en diffusant les slogans, vidéos ou images du mouvement.

Plus tôt ce mois-ci, Trump a choisi une chanson de QAnon pour clôturer un rassemblement en Pennsylvanie. La même chanson apparaît dans l’une de ses récentes vidéos de campagne et s’intitule WWG1WGA, un sigle utilisé comme cri de ralliement pour les adhérents de Q qui signifie « Where we go one, we go all » (« Là où l’un va, nous allons tous »). Il a aussi fait jouer une chanson en apparence identique lors d’un rassemblement samedi en Ohio, a rapporté le New York Times.

En ligne, les adeptes de Q se réjouissent de l’attention que Trump porte au mouvement.

« Trump a [partagé] des mèmes Q. Et il recommencera, de plus en plus, encore et encore, jusqu’à ce que tout le monde comprenne enfin. Moquez-vous de nous autant que vous voulez, peu importe ! Bientôt Q sera partout ! »

— Un commentateur sur un forum anonyme lié à QAnon

« Trump envoie un message clair aux patriotes », a écrit un compte lié à QAnon sur Truth Social. « Il a [partagé] cela pour une raison. »

Un besoin de solidarité ?

L’ancien président cherche peut-être la solidarité de ses partisans les plus fidèles alors qu’il fait face à des enquêtes et à des défis au sein de son propre parti, selon Mia Bloom, professeure à l’Université d’État de Géorgie qui a étudié QAnon et récemment écrit un livre sur le mouvement.

« Ce sont des gens qui ont élevé Trump au statut de messie, où lui seul peut arrêter cette cabale. »

— Mia Bloom, professeure à l’Université d’État de Géorgie

« C’est pourquoi vous voyez tant d’images de Trump en tant que Jésus » circuler dans les espaces liés à QAnon sur l’internet, soutient la professeure.

Sur Truth Social, les comptes affiliés à QAnon saluent Trump comme un héros et un sauveur, et vilipendent le président Joe Biden en le comparant à Adolf Hitler ou au diable. Lorsque Trump diffuse le contenu, ils se félicitent. Certains comptes affichent fièrement le nombre de fois où Trump a diffusé leur contenu dans leur biographie.

En utilisant leur propre langage pour s’adresser directement aux partisans de QAnon, Trump leur dit qu’ils ont toujours eu raison et qu’il partage leur mission secrète, selon Janet McIntosh, anthropologue de l’Université Brandeis qui a étudié l’utilisation du langage et des symboles par QAnon.

Une « tempête » imminente

Cela permet également à Trump d’appuyer leurs croyances et leur espoir d’un soulèvement violent sans le dire expressément, a-t-elle avancé, citant sa récente publication sur « la tempête » comme un exemple particulièrement inquiétant.

« “La tempête arrive” est un raccourci pour quelque chose de vraiment sombre qu’il ne dit pas à haute voix », a expliqué la professeure McIntosh.

« C’est une façon pour lui de montrer du doigt la violence sans la demander explicitement. »

— Janet McIntosh, anthropologue de l’Université Brandeis

Une liste croissante d’épisodes criminels est liée à des personnes qui ont exprimé leur soutien à la théorie du complot de QAnon. Une théorie qui, selon des responsables du renseignement américain, pourrait engendrer davantage de violence.

Des partisans de QAnon faisaient partie de ceux qui ont violemment pris d’assaut le Capitole lors de la tentative d’insurrection du 6 janvier 2021.

Des adeptes sérieux

En novembre 2020, deux hommes lourdement armés se sont rendus sur un site de dépouillement à Philadelphie dans un Hummer orné d’autocollants QAnon. Des procureurs ont allégué qu’ils tentaient d’interférer avec les élections.

L’année dernière, un Californien qui a déclaré aux autorités qu’il avait été « éclairé » par QAnon a été accusé d’avoir tué ses deux enfants parce qu’il croyait qu’ils avaient de l’ADN de serpent.

Le mois dernier, une femme du Colorado a été reconnue coupable d’avoir tenté de kidnapper son fils d’une famille d’accueil après que sa fille a déclaré qu’elle avait commencé à s’associer avec des partisans de QAnon. D’autres adhérents ont été accusés de vandalisme environnemental, d’avoir tiré des balles de peinture sur des réservistes militaires, d’avoir enlevé un enfant en France et même d’avoir tué un chef de la mafia new-yorkaise.

Dimanche, la police a tué par balle un homme du Michigan qui aurait tué sa femme et gravement blessé sa fille. Une autre de ses filles a déclaré au Detroit News qu’elle pensait que son père était motivé par QAnon.

« Je pense qu’il a toujours été sujet aux [problèmes mentaux], mais cela l’a vraiment abattu quand il lisait toutes ces choses bizarres sur l’internet », a-t-elle confié au journal.

Le même week-end, un homme de Pennsylvanie qui avait diffusé du contenu lié à QAnon sur Facebook a été arrêté après être entré dans un Dairy Queen avec une arme à feu en affirmant qu’il voulait tuer tous les démocrates et ramener Trump au pouvoir.

Les principales plateformes de réseaux sociaux, notamment YouTube, Facebook et Twitter, ont interdit le contenu associé à QAnon et suspendu ou bloqué les comptes qui cherchent à le diffuser. Cela a forcé une grande partie des activités du groupe à migrer vers des plateformes moins modérées, notamment Telegram, Gab et Truth Social, la plateforme en difficulté de Trump.

États-Unis

Biden indécis pour 2024

S'il maintient le flou quant à une prochaine candidature, le président est toutefois plus affirmatif sur la pandémie, qu'il qualifie de « terminée »

Washington — Ferme vis-à-vis de la Chine, optimiste sur la COVID-19, mais mystérieux sur ses intentions en 2024 : le président Biden a multiplié les déclarations chocs lors d’une entrevue diffusée dimanche, à moins de deux mois des élections de mi-mandat.

Lors d’un entretien très rare, donné à la chaîne CBS, le dirigeant démocrate a pour la première fois fait savoir qu’il n’avait pas décidé s’il comptait se représenter à la présidentielle américaine de 2024.

« Est-ce une décision définitive que je me représenterai ? Cela reste à voir », a-t-il déclaré, tout en affirmant que cela était pour l’instant son « intention ».

Depuis son élection en novembre 2020, le président s’est pourtant projeté à multiples reprises jusque dans l’élection de 2024, indiquant qu’il choisirait à nouveau son actuelle vice-présidente, Kamala Harris, pour être sa colistière.

Le tout, pendant que son prédécesseur Donald Trump flirte ostensiblement avec l’idée de briguer un nouveau mandat.

Plus vieux président jamais élu aux États-Unis, Joe Biden fêtera ses 80 ans le 20 novembre. Il aurait 82 ans au début d’un éventuel second mandat, et 86 ans à la fin, un sujet qui a longtemps été tabou dans son camp.

Lors de son interview, le locataire de la Maison-Blanche a tenu à répondre à ceux qui doutent de la capacité du quasi-octogénaire à gouverner : « Regardez-moi », a-t-il lancé dans un sourire.

À cinquante jours de périlleuses élections de mi-mandat, lors desquelles le président pourrait perdre le contrôle du Sénat et de la Chambre des représentants, Joe Biden a tenu à dresser un portrait très flatteur de la première puissance économique mondiale.

Pandémie « terminée »

En décrétant notamment que la pandémie était « terminée » aux États-Unis.

« Si vous regardez autour de vous, personne ne porte de masque, et tout le monde a l’air en plutôt bonne forme », a-t-il assuré.

Après la grande campagne de vaccination du printemps 2021, le président américain avait déjà affirmé que l’Amérique avait « pris le dessus » sur la COVID-19. Mais la vague de contaminations issues du variant Omicron avait contraint le dirigeant démocrate à se relancer dans la bataille contre le virus.

Sur le front de l’inflation – principal angle d’attaque de l’opposition républicaine –, Joe Biden s’est là encore voulu confiant.

« Nous allons mettre l’inflation sous contrôle », a-t-il promis, balayant du revers de la main les statistiques décevantes sur les prix à la consommation, publiées en début de semaine.

Taiwan et la Russie

Autre moment phare de cette interview diffusée dimanche : le président des États-Unis a jeté un pavé dans la mare en affirmant à nouveau que les troupes américaines défendraient Taïwan si l’île venait à être envahie par la Chine, une déclaration qui devrait provoquer la fureur de Pékin.

À la question de savoir si « des Américains défendraient Taiwan en cas d’invasion chinoise », le dirigeant américain a répondu : « Oui, si une attaque sans précédent venait à se produire ».

Un porte-parole de la Maison-Blanche a toutefois affirmé que la politique des États-Unis à l’égard de Taiwan n’avait malgré tout « pas changé ».

Joe Biden a aussi dit avoir prévenu son homologue chinois, Xi Jinping, d’un risque de fuite des investisseurs si Pékin violait les sanctions imposées à la Russie à cause de son invasion de l’Ukraine.

Le 46e président des États-Unis a par ailleurs renouvelé sa mise en garde au président russe, Vladimir Poutine, sur l’utilisation d’armes chimiques ou nucléaires en Ukraine, à l’heure où l’armée ukrainienne mène une importante contre-offensive dans le pays.

« Cela changerait le cours de la guerre d’une façon jamais vue depuis la Seconde Guerre mondiale », a-t-il averti, promettant une réponse « conséquente » des États-Unis si cette étape venait à être franchie.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.