Emploi

Les postes vacants atteignent un sommet

Les Canadiens qui veulent travailler n’ont jamais eu un choix si vaste. Un nombre record de postes vacants a été atteint au cours des trois premiers mois de 2022, si bien qu’au Québec, ce nombre dépasse celui des chômeurs.

Selon les données recueillies par Statistique Canada, 957 500 postes étaient à pourvoir au premier trimestre de 2022. Au Québec, on en comptait 224 370, tandis que le nombre de chômeurs était moins élevé, soit 190 000.

Si l’on compare la situation avec le premier trimestre de 2020, juste avant que la pandémie mobilise toute la planète et au moment où une pénurie de main-d’œuvre sévissait, l’augmentation du nombre de postes vacants est phénoménale. En deux ans, on enregistre une hausse de 72,3 % à l’échelle nationale.

Cette tendance à la hausse remonte même encore plus loin. Elle a commencé depuis le premier trimestre de 2016. Le taux de postes vacants permet de mesurer le nombre de postes vacants en proportion de la demande totale de main-d’œuvre.

Code rouge dans la santé

De nombreux Québécois ont pu le constater par eux-mêmes sur le terrain et les statistiques viennent appuyer leurs observations : il manque cruellement de main-d’œuvre dans le domaine de la santé et de l’assistance sociale. Qui plus est, la pandémie a accentué le problème.

Le nombre de postes vacants dans ce domaine a atteint un nouveau record de 136 800, en hausse de 5 % par rapport au sommet enregistré au quatrième trimestre de 2021. Comparativement au premier trimestre de 2020, la hausse s’élève à 90,9 %.

On cherche des infirmières autorisées et des infirmiers autorisés (+ 77,8 % pour atteindre 22 900), des infirmiers et des infirmières auxiliaires (+ 166 % pour atteindre 11 300) ainsi que des préposés et préposées aux bénéficiaires (+ 84,2 % pour atteindre 21 900).

Forte demande dans la construction

Le secteur de la construction enregistre aussi un nombre record de postes vacants. Les acteurs de l’industrie ont sonné l’alarme il y a déjà plusieurs mois et les statistiques reflètent leurs inquiétudes.

Au premier trimestre de 2022, sur une base désaisonnalisée, les employeurs du secteur de la construction cherchaient activement à pourvoir 81 500 postes vacants. Comparé au premier trimestre de 2020, il s’agit d’une hausse de 107 %.

Depuis deux ans, les manœuvres (+ 97 % ; + 8800) et les charpentiers-menuisiers (+ 149,1 % ; + 6600) sont fort sollicités.

De nouveaux sommets sont également enregistrés dans les secteurs de la fabrication et du commerce de détail. Les plus fortes augmentations ont été observées du côté de la fabrication de produits métalliques (+ 115,7 % ; + 6100), des magasins de marchandises diverses (+ 102,3 % ; + 4700), des magasins d’alimentation (+ 93,2 % ; + 10 300) et de la fabrication d’aliments (+ 81,8 % ; + 6800).

Augmentation moyenne de 3 %

Face à l’augmentation du nombre de postes vacants et à la forte concurrence pour recruter des talents, certains employeurs ont augmenté les salaires.

Dans tous les secteurs, les salaires offerts ont augmenté de 2,5 % d’une année à l’autre au premier trimestre de 2022 et le salaire horaire moyen de tous les employés, de 3,0 %. Un taux sous l’Indice des prix à la consommation (IPC) qui a enregistré une hausse de 5,8 % au cours de la même période.

Depuis un an, les employeurs de certains secteurs ont délié davantage les cordons de leurs bourses, notamment le commerce de gros (+ 9,4 % pour atteindre 26,10 $), le transport et l’entreposage (+ 8,0 % pour atteindre 24,25 $), la construction (+ 6,6 % pour atteindre 27,50 $) et la fabrication (+ 6,6 % pour atteindre 23,45 $).

À titre de comparaison, les salaires ont peu ou pas augmenté dans les soins de santé et de l’assistance sociale (+ 2,4 % pour atteindre 25,60 $), les services publics (+ 1,3 % pour atteindre 37,55 $) et les services d’enseignement (- 3,5 % pour s’établir à 27,30 $).

Salaires plus élevés demandés

Ce qui pourrait expliquer le nombre élevé de postes vacants est la différence entre les attentes salariales des employés et ce qu’offrent les employeurs, soulève Statistique Canada.

En février et en mars 2022, l’Enquête sur la population active a permis de recueillir des données sur le salaire horaire minimum que les chercheurs d’emplois sont prêts à accepter pour un poste. Dans certains secteurs comme le commerce de détail, l’hébergement, la restauration et la construction, les travailleurs voudraient être payés jusqu’à 22,4 % plus cher que les salaires offerts.

Cependant, dans certains secteurs, les postes vacants sont attribuables à une pénurie de travailleurs spécialisés. À titre d’exemple, dans le secteur des soins de santé et de l’assistance sociale, les salaires moyens offerts étaient supérieurs de 8,9 % au salaire attendu par les travailleurs.

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