Guerre en Ukraine

La révocation du permis de livraison des turbines réclamée

Ottawa — Maintenant que l’Allemagne et le Canada ont vu que Vladimir Poutine « bluffait », comme les deux pays le font valoir depuis mercredi, il est temps de révoquer le permis qui permet l’importation et l’exportation de cinq autres turbines, a imploré l’ambassadrice d’Ukraine à Ottawa.

L’envoyée du président Volodymyr Zelensky au Canada, Yulia Kovaliv, a commencé par distribuer des fleurs aux élus du Comité permanent des affaires étrangères et du développement international. Elle a dit toute sa gratitude pour l’appui indéfectible du gouvernement Trudeau à l’Ukraine. Le pot n’a pas tardé à suivre.

Car le nouvel argument d’Ottawa et de Berlin, selon lequel l’objectif de la décision d’approuver l’envoi d’une turbine qui était bloquée à Montréal était de montrer que le président Poutine « bluffait » et que le plan a été échafaudé par le Canada avec la complicité de ses alliés, ne tient pas la route, croit-elle.

« On le savait déjà, nous. C’est bien que les gouvernements de l’Allemagne, du Canada et l’Union européenne aient compris encore une fois que Poutine bluffe, a lâché l’ambassadrice. La turbine est dans une usine en Allemagne depuis presque trois semaines, et mercredi, Gazprom a dit très clairement qu’elle n’en voulait pas. »

« Alors pourquoi serait-il nécessaire d’envoyer les cinq autres turbines ? Il faut arrêter maintenant et éviter de laisser le loisir à Vladimir Poutine de continuer à faire du chantage à nos partenaires européens. […] Il faut révoquer ce permis », a insisté Yulia Kovaliv.

« Tactique » pour contrer la désinformation

À son côté l’ambassadrice de l’Allemagne à Ottawa, Sabine Sparwasser, a plaidé, comme l’avait fait avant elle la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, qu’on a voulu voir si le président russe tomberait dans le piège qu’on lui a tendu en permettant l’envoi de la turbine. C’était une « tactique », a-t-elle dit.

Cela lui a attiré les foudres du conservateur Garnett Genuis, qui lui a reproché de « régurgiter » les lignes de communication du gouvernement canadien. « Vous semblez croire que les Allemands ne sont pas capables de faire des sacrifices. J’ai une opinion plus élevée d’eux », lui a-t-il lancé dans un long préambule sans question.

Il a plus tard affirmé que le Parti conservateur appuyait sans équivoque la demande de l’ambassadrice d’Ukraine – une requête aussi formulée par la présidente du Congrès des Ukrainiens Canadiens, Alexandra Chyczij. Dans le camp néo-démocrate, la députée Heather McPherson est du même avis.

« Il savait déjà que le bluff était là. Alors maintenant, ce que nous avons fait, c’est que nous avons affaibli notre régime de sanctions, nous avons affaibli la position du Canada en appui à l’Ukraine, et en même temps, on n’a pas aidé l’Allemagne à obtenir de l’énergie », a énuméré l’élue.

Qu’a gagné Berlin au juste, puisque les livraisons de gaz naturel à l’Allemagne par l’entremise du gazoduc Nord Stream 1 ont diminué de 20 % même si la société pourrait prendre possession de la turbine ? « Nous aurions perdu la guerre de la désinformation. La turbine est là, c’est clair », a soutenu l’ambassadrice Sparwasser.

Si Mélanie Joly avant elle ne s’était pas engagée à révoquer le permis d’une durée de deux ans, la diplomate n’a pour sa part pas fermé la porte à cette possibilité. « Nous allons en discuter dans un avenir rapproché. Il y a des étapes futures prendre en compte », a-t-elle signalé.

Mercredi, sur son compte Twitter, la société Gazprom a réitéré qu’elle ne pouvait prendre possession de la turbine envoyée en Allemagne en provenance des installations montréalaises de Siemens, où elle était en réparation.

« Les régimes de sanctions imposées par le Canada, l’Union européenne et le Royaume-Uni, de même que les disparités entre la situation actuelle et les obligations contractuelles existantes de Siemens, font en sorte qu’il est impossible de faire venir la turbine 073 à la station de compression de Portovaïa. »

— Gazprom, société pétrolière russe, sur Twitter

Le chancelier d’Allemagne, Olaf Scholz, ne fait pas mystère de son désir de collaborer à des projets de gaz naturel liquéfié (GNL) au Canada pour faire le plein chez lui. Il doit rendre visite au premier ministre Justin Trudeau plus tard ce mois-ci afin de discuter de possibles accords énergétiques commerciaux.

Des employés ukrainiens laissés à eux-mêmes ?

Un autre dossier s’est invité à la table du comité pendant la longue rencontre de jeudi : un article qui est paru mercredi dans le Globe and Mail a en effet temporairement éclipsé l’enjeu qui devait être le thème principal des audiences.

Selon ce que le quotidien a rapporté, Affaires mondiales Canada aurait été informé que la Russie était sur le point d’envahir l’Ukraine et que les Ukrainiens qui travaillaient pour l’ambassade du Canada figuraient probablement sur des listes de personnes que Moscou avait l’intention de traquer.

Comme elle l’avait fait mercredi, la ministre Mélanie Joly a assuré qu’elle n’avait reçu aucune information sur les périls qui auraient pu guetter les Ukrainiens travaillant à l’ambassade. Ces derniers se sont vu offrir « différentes possibilités pour immigrer au Canada s’ils décidaient de quitter l’Ukraine », a-t-elle ensuite écrit sur Twitter.

« Je comprends que les Canadiens veuillent faire la lumière sur cette affaire. Moi aussi », a-t-elle conclu.

Guerre en Ukraine, jour 162

Moscou va créer de fausses preuves, affirme Washington

Un responsable américain a affirmé jeudi que la Russie s’apprêtait à falsifier des preuves pour accuser Kyiv d’avoir bombardé une prison où sont morts des dizaines de prisonniers de guerre ukrainiens, en territoire contrôlé par l’armée russe.

Ce qu’il faut savoir

La Russie s’apprête à présenter de fausses preuves pour faire accuser les Ukrainiens de la frappe sur la prison d’Olenivka, a affirmé un responsable américain.

Amnistie internationale accuse l’Ukraine de mettre en danger des civils, ce qu’a dénoncé le président Volodymyr Zelensky.

Une frappe sur un arrêt de bus dans l’est a fait 8 morts et des blessés, dont des enfants. Volodymyr Zelensky avait exhorté les habitants de cette région à partir.

Mykolaï et Kharkiv sont sous les bombes alors que Kyiv mène une contre-offensive dans le sud.

Trois bateaux transportant des céréales doivent quitter l’Ukraine ce vendredi.

Les touristes russes pourraient voir leur accès à un visa restreint en Finlande.

Olenivka : la Russie S’APPRÊTERAIT À « falsifier des preuves »

« Nous nous attendons à ce que des responsables russes tentent de falsifier des preuves pour attribuer aux forces ukrainiennes la frappe sur la prison d’Olenivka le 29 juillet », a précisé à l’AFP ce responsable de l’administration Biden ayant requis l’anonymat. « Nous pensons que les Russes vont tenter de [les] faire accuser […] avant l’arrivée de journalistes et de potentiels enquêteurs sur le site de l’attaque », a-t-il ajouté, se référant à des informations obtenues par les services de renseignement américains mais non rendues publiques. Plus de 50 prisonniers de guerre ukrainiens ont été tués dans la destruction de cette prison, notamment des combattants qui s’étaient rendus après des semaines de siège du complexe Azovstal à Marioupol. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a qualifié le bombardement de « crime de guerre russe délibéré ». Le secrétaire général de l’ONU António Guterres a annoncé mercredi l’ouverture d’une enquête pour découvrir la « vérité ».

Kyiv accusé de mettre en danger les civils

Le président Volodymyr Zelensky a dénoncé jeudi soir le rapport de l’ONG Amnistie internationale qui accuse Kyiv de mettre en danger la vie des civils. Dans un rapport publié jeudi après une enquête de quatre mois, Amnistie internationale a accusé l’armée ukrainienne d’établir des bases militaires dans des écoles et des hôpitaux et de lancer des attaques depuis des zones peuplées, une tactique qui viole selon elle le droit humanitaire international. « Le fait de se trouver dans une position de défense ne dispense pas l’armée ukrainienne de respecter le droit international humanitaire », a déclaré Agnès Callamard, la secrétaire générale de l’ONG. Amnistie internationale « transfère la responsabilité de l’agresseur à la victime », a réagi le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans sa déclaration vidéo quotidienne.

Huit morts dans une frappe dans l’est

Huit personnes ont été tuées et quatre ont été blessées jeudi par une frappe russe ayant touché un arrêt de bus à Toretsk, près de la ligne de front dans l’est de l’Ukraine, a annoncé le gouverneur régional. « D’après les premières informations dont nous disposons, il s’agit d’un tir d’artillerie qui a atteint un arrêt de transport en commun où une foule attendait », a expliqué sur Telegram Pavlo Kirilenko, gouverneur de la région de Donetsk. Selon lui, trois des quatre blessés sont des enfants. Le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, avait exhorté samedi les habitants de cette région à la quitter rapidement face aux bombardements des forces russes et des problèmes d’approvisionnement en eau et en chauffage.

Offensives et contre-offensive

Des bombardements russes ont visé jeudi plusieurs autres villes et villages ukrainiens, dont Mykolaïv, dans le sud, où des immeubles d’habitation ont été endommagés dans deux quartiers, selon le maire Oleksandre Senkevitch. À Kharkiv, deuxième ville du pays, les autorités locales ont rapporté des attaques de missiles russes ayant frappé des zones industrielles. Les forces ukrainiennes mènent de leur côté une contre-offensive dans le sud du pays, où elles affirment avoir repris plus de 50 villages contrôlés par Moscou.

Céréales : trois départs de bateaux prévus

Le ministre de la Défense de la Turquie, Hulusi Akar, a affirmé jeudi soir que trois nouveaux bateaux transportant des céréales allaient quitter l’Ukraine vendredi, a rapporté l’agence de presse étatique Anadolu. « Le départ des trois bateaux est planifié grâce au travail intensif du Centre de coordination conjointe », a affirmé le ministre sans préciser le port de départ des navires. Un premier chargement de céréales exporté par l’Ukraine depuis le début de l’invasion russe le 24 février avait quitté le port d’Odessa lundi. Après une inspection effectuée par des experts turcs, russes et ukrainiens au large d’Istanbul mercredi, il a repris sa route à destination du Liban.

Visas touristiques russes limités en Finlande

Le ministre des Affaires étrangères de la Finlande, Pekka Haavisto, a présenté jeudi un plan pour limiter les visas touristiques délivrés aux Russes, de plus en plus nombreux à se rendre dans ce pays nordique pour transiter vers d’autres pays européens. Les vols de la Russie vers l’UE ont en effet été interrompus après le déclenchement de l’offensive russe en Ukraine le 24 février. La Finlande, qui partage une longue frontière avec la Russie, est donc devenue un important pays de transit pour les voyageurs russes. La Finlande cherche à intégrer l’OTAN et le soutien politique et populaire à l’alliance a monté en flèche après l’invasion de l’Ukraine par Moscou. Mais le pays nordique reste à ce jour le seul pays membre de l’UE et voisin de la Russie sans restrictions sur les visas touristiques pour les citoyens russes.

Le Canada formera des soldats et enverra des blindés

Le Canada recommencera à former des soldats de l’Ukraine et enverra au pays 39 blindés, a annoncé jeudi la ministre de la Défense nationale, Anita Anand. Jusqu’à 225 membres des Forces armées canadiennes seront déployés au Royaume-Uni, où ils formeront des recrues militaires ukrainiennes dans le cadre de la reprise de l’opération UNIFIER, a indiqué la ministre lors d’une conférence de presse virtuelle. La première cohorte quittera Edmonton la semaine prochaine et la mission initiale est d’environ quatre mois. Cette décision intervient près de six mois après que le Canada eut suspendu sa précédente mission d’entraînement en Ukraine, quelques semaines seulement avant que les forces russes n’envahissent le pays, à la fin de février.

— La Presse Canadienne

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