Domaine St-Jacques

Une histoire de famille

Saint-Jacques-le-Mineur — C’est la fin d’une année marquée par l’achat local. Notamment pour le vin québécois, qui n’a jamais été aussi bon et populaire, en partie grâce à lui. Portrait du vigneron Yvan Quirion, du Domaine St-Jacques, fier père de deux filles… et d’un certain Jay Du Temple.

« C’est beau, ce qui se passe », lance Yvan Quirion.

Jamais le vin québécois n’a été aussi prisé des Québécois. « Mais il y a encore tant de potentiel », dit le président sortant du Conseil des vins du Québec (CVQ).

Yvan Quirion possède le Domaine St-Jacques, vignoble à Saint-Jacques-le-Mineur, « à 20 minutes du pont Champlain ». Disons qu’il en est plutôt le copropriétaire.

La devise du Domaine St-Jacques ? « Élevé dans un climat familial. »

« Toutes les grandes décisions se prennent en famille », souligne Yvan Quirion. Sa femme, Nicole Du Temple, et lui sont les fiers parents de Laurie, Sarah et Jérémy (oui, l’humoriste et animateur Jay Du Temple). Ils ont aussi quatre petits-enfants.

Mais reprenons les choses du début.

Attiré par la vigne

Yvan Quirion a toujours eu « une attirance naturelle pour la vigne ». « Je ne sais pas d’où cela vient. Mes parents sont gaspésiens, mais j’ai grandi à Ville-Émard, sur l’asphalte, raconte-t-il. Je me souviens que nous avions beaucoup de voisins italiens qui cultivaient la vigne en pergola. »

Yvan Quirion, dont le père était entrepreneur en assainissement des eaux, étudiait en génie quand il a fondé, en 1991, l’entreprise Corrupal, qui a breveté une palette en carton écologique et une boîte repliable pour l’expédition. En 2003, il a fait l’acquisition de Manubois, entreprise de coffrets en bois, notamment pour les vins.

L’année suivante, la famille Du Temple-Quirion a fait un voyage en Californie, dans la vallée de Napa. « Une épiphanie », relate Yvan Quirion.

Quelques mois plus tard, il cherchait à acquérir une terre quand les parents d’un garçon qui jouait au hockey avec Jérémy lui ont parlé d’une parcelle à vendre sur laquelle il y avait un vignoble.

« Le vignoble nous a trouvés, soutient Yvan Quirion. Tout ce que j’ai fait dans la vie m’a mené ici. Je suis sur mon X. »

À la défense du vin québécois

En 2005, sa terre comptait cinq hectares de vignes. Il vendait alors son raisin à Clos Saint-Denis, qui était son client chez Manubois. Puis, en 2007, Yvan Quirion s’est mis à faire son propre vin et a lancé le premier millésime du Domaine St-Jacques. Sa boutique a ensuite ouvert ses portes en mai 2008.

« Avant même d’avoir vendu une bouteille », Yvan Quirion s’était déjà joint à l’Association des vignerons du Québec (AVQ) et avait même obtenu un siège à son conseil d’administration. « Quand un vin québécois était bon, on mettait automatiquement en doute son origine. Je trouvais cela épouvantable », se souvient-il.

Plus tard, Yvan Quirion est devenu président du CVQ (nouveau nom de l’AVQ). Il a travaillé à la certification privée « Vin du Québec », puis à la création de l’Indication géographique protégée (IGP), reconnue par le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne, en novembre 2018.

« J’y crois tellement à long terme,en l’IGP. Et je voudrais qu’on soit plus à y croire. C’est un véhiculede développement avec plein de potentiel. »

— Yvan Quirion, vigneron et copropriétaire du Domaine St-Jacques

À l’heure actuelle, il se produit environ 3 millions de bouteilles de vin québécois par an, alors qu’il s’en vend quelque 235 millions à la SAQ. Cela représente des ventes d’à peine 1 %. « Imaginez si on arrivait à 20 % », fait valoir Yvan Quirion.

Vers la certification bio

Le Domaine St-Jacques est en voie d’obtenir sa certification biologique. Or, la famille Quirion a toujours fait de la culture « raisonnée ». « Nous avons toujours désherbé mécaniquement et nous n’avons jamais mis d’insecticides », précise Yvan Quirion.

« J’ai toujours été un crackpot de l’environnement, poursuit celui qui, rappelons-le, a inventé la palette en carton. Mais tu ne peux pas dire que tu es bio si tu n’es pas certifié. […] La certification évite toute confusion et facilite le discours. »

Le Domaine St-Jacques compte 23 hectares répartis sur deux sites. D’autres hectares seront aussi ajoutés. « On va se rendre à 28 au total, à moins que ma fille et mon gendre veuillent aller plus loin. Mais moi, j’arrête là ! »

« On vient d’arracher deux hectares de vignes de Maréchal Foch. C’est un cépage encore plus capricieux que le pinot noir, indique-t-il. Nous avons décidé de le remplacer par un hectare de pinot gris et un autre de chardonnay que nous allons planter à la fin de mai. »

Autre nouveauté du Domaine St-Jacques : une grande salle vitrée avec vue sur le vignoble qui permettra d’accueillir des groupes.

Humble et passionné

On pourrait écouter Yvan Quirion parler de terroir pendant des heures. Du climat nordique du Québec qui donne lieu à des millésimes aussi uniques et du fait que les vins du Domaine St-Jacques ne pourront jamais goûter ceux du vignoble Mas des patriotes, alors que seulement 5 km les séparent. « Chacun apprivoise son terroir, et c’est ce qui est si beau », dit-il.

Yvan Quirion vante les mérites de Gurmel Singh, son chef des cultures. Originaire du Punjab, en Inde, il a travaillé dans les vignes en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Chili et en Californie. « Il est exceptionnel dans le champ. Ici, tout le monde l’appelle chef. »

Yvan Quirion considère Charles-Henri de Coussergues, du Vignoble de l’Orpailleur, avec qui il a chapeauté la création de la certification qui a précédé l’IGP, comme son mentor. « Un homme d’une grande générosité. » Il admire aussi beaucoup Michael Marler et Véronique Hupin, du vignoble Les Pervenches – « des génies ». « Mike est le meilleur viticulteur du Québec. Le meilleur dans tout ce qui touche à la vigne. Lui et Véro m’ont inspiré dès le début et ils m’ont beaucoup aidé dans ma méthode de protection hivernale des vignes. »

Le couple et Yvan Quirion figurent par ailleurs dans la série documentaire Supernaturel (huit épisodes offerts sur Club illico), qui fait le portrait de vignerons qui rejettent – ou du moins réduisent au maximum – l’utilisation de sulfites.

Forte demande

Chaque année, le Domaine St-Jacques n’a pas assez de ses 130 000 bouteilles pour suffire à la demande. « Il faut bien gérer nos stocks pour en avoir toute l’année. »

Le nouveau mousseux rosé, commercialisé depuis l’été dernier (délicieux !), connaît notamment un vif succès.

Si les vins du Domaine St-Jacques sont offerts dans quelques grands restaurants (Chez Boulay, Manoir Hovey), 2000 caisses vont à La Cage – Brasserie sportive.

C’est signe qu’Yvan Quirion est un rassembleur et qu’il veut démocratiser le vin québécois. Il garde par ailleurs le prix de ses vins relativement bas, alors que la demande est beaucoup plus grande que l’offre.

Mais LA question :

« Regardez-vous Occupation double ? 

– Oui, depuis quatre saisons. Depuis que Jérémy l’anime. »

Et, OD ou pas, Jérémy continuera toujours de travailler dans la vigne du domaine familial.

La production annuelle du Domaine St-Jacques en chiffres

130 000 bouteilles

Vins rosés : environ 24 000 bouteilles

Mousseux : environ 11 000 bouteilles

Vins blancs : environ 65 000 bouteilles (chardonnay, pinot gris, Riesling et classique blanc, assemblage de cépages vidal, seyval et frontenac blanc).

Vins rouges : environ 30 000 bouteilles (pinot noir, cabernet franc, gamay et réserve, combinaison des cépages Lucy Kuhlmann et Maréchal Foch)

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