Verstappen a résisté jusqu’au bout

Malgré les neutralisations qui lui ont compliqué la vie, le Néerlandais a signé sa première victoire à Montréal.

Max Verstappen

« J’espère remporter plusieurs autres courses ici ! »

Le Néerlandais Max Verstappen, sur Red Bull, a remporté dimanche un Grand Prix du Canada haletant jusqu’au bout, devançant de justesse l’Espagnol Carlos Sainz fils (Ferrari) et les Britanniques Lewis Hamilton et George Russell (Mercedes).

Disputé sous un soleil radieux, après des journées orageuses, le Grand Prix a attiré une foule bruyante, et pas moins de 338 000 spectateurs ont visité le site du Grand Prix au cours du week-end.

Comme c’est souvent le cas à Montréal, les neutralisations de la course – aux 8e, 18e et 48e tours – ont un peu compliqué la vie du vainqueur. Verstappen a ainsi dû résister aux assauts de Sainz pendant une vingtaine de tours, jusqu’au drapeau à damier, alors que sa voiture était « chaussée » de pneus plus usés que ceux de son rival.

« La voiture de sécurité ne nous a pas aidés, c’est certain, mais je ne sais pas si j’aurais pu le remonter s’il n’y avait pas eu de neutralisation », a expliqué Verstappen en conférence de presse.

« Dans l’ensemble, il [Sainz] était très rapide en course et c’était difficile de lui résister. Mais c’était très excitant à la fin ; je donnais vraiment le maximum et Carlos faisait de même. Je sentais qu’il attaquait dans les virages et s’approchait dans les lignes droites, ce qui est plus facile avec l’avantage du DRS [dispositif de réduction de la traînée]. Les derniers tours ont vraiment été amusants ! Heureusement, cette année, nous avons une excellente vitesse de pointe en ligne droite, et cela nous a vraiment aidés. »

Dominant tout au long du week-end, le champion du monde en titre a porté son avance en tête du classemernt à 46 points, profitant de l’abandon de son coéquipier mexicain Sergio Pérez dès le 7e tour et d’une course difficile du Monégasque Charles Leclerc (Ferrari), qui a tout même arraché une superbe cinquième place après être parti du dernier rang.

Il s’agissait d’une 26e victoire en carrière pour Verstappen, et de sa première au Canada. « J’ai toujours aimé venir au Canada, mais je n’avais jamais eu une voiture qui me permettait de gagner ici, a estimé le Néerlandais. Cette année, avec notre avantage en vitesse de pointe, c’était le cas, et j’espère remporter plusieurs autres courses ici !

« L’écart se creuse au championnat, mais la saison est encore longue. C’était encore très serré il y a deux courses à peine, et les choses peuvent changer rapidement. Mais je suis content de voir que nous sommes maintenant dans le coup sur tous les circuits, et c’est de cette façon qu’on gagne le championnat. »

Le directeur de l’équipe Red Bull, Christian Horner, savourait d’autant plus la victoire de Verstappen qu’elle permettait d’atténuer la déception causée par l’abandon de Pérez. « Max est sans doute dans la meilleure forme de sa vie et il accomplit un travail exceptionnel. Nous avons vraiment une bonne séquence, en tête des deux championnats, et nous avons hâte d’aller à Silverstone pour poursuivre sur notre élan. »

Une autre occasion ratée pour Ferrari

Si l’ambiance était un peu à la fête chez Mercedes, chez Ferrari, on regrettait plutôt une autre occasion ratée.

Sainz est pourtant venu bien près d’une première victoire en carrière ; il était même en tête, au 42e tour, après un changement de pneus de Verstappen. La direction de la Scuderia a toutefois décidé de profiter de la neutralisation de la course, au 48e tour, pour procéder à un changement de pneus et miser sur des pneus plus frais pour attaquer en fin de course. Il a manqué peu de choses à l’Espagnol pour remporter le pari.

« J’étais vraiment à fond partout, je ne laissais aucun pouce entre la voiture et les murs, je freinais à la limite et j’exploitais au maximum toute l’énergie du moteur et des batteries, a assuré Sainz. Honnêtement, je crois vraiment avoir tout tenté pour le passer. Le positif, c’est que nous étions un peu plus rapides pendant toute la course, mais il faut un peu plus qu’un avantage de deux ou trois dixièmes pour doubler sur ce circuit. C’est dommage, parce que nous étions vraiment près de gagner aujourd’hui.

« Personnellement, je vais me servir de cette course comme motivation, avec l’objectif de gagner la prochaine ! Je veux me concentrer sur chaque course, sans trop penser à l’ensemble de la saison, et tenter simplement de progresser, d’aller de l’avant. »

De son côté, Leclerc aurait difficilement pu faire mieux, mais il a été victime de la configuration du circuit. « Dès le départ, j’ai été pris dans un train de voitures qui bénéficiaient toutes du DRS et je ne pouvais que garder ma place, a-t-il expliqué. Ça s’est reproduit après mon changement de pneus. Dans les circonstances, je ne pouvais guère espérer mieux que cette cinquième place. »

Repoussé à 49 points de Verstappen, après avoir mené le championnat pendant plusieurs courses, le Monégasque croit encore en ses chances. « On peut renverser la situation, j’en suis convaincu. La fiablité est un enjeu cette saison, dans toutes les équipes, et la situation peut évoluer rapidement. La saison est encore longue. Nous devons éviter les erreurs, profiter de nos opportunités et nous pourrons combler notre retard. »

L’Espagnol Fernando Alonso, sur Alpine, qui était parti de la deuxième place, a dû se contenter du septième rang, derrière son coéquipier Esteban Ocon. Une déception pour celui qui croyait en ses chances.

« J’étais dans le coup en début de course et je croyais vraiment pouvoir grimper sur le podium, a-t-il raconté en point de presse. Malheureusement, une défaillance mécanique m’a privé d’une bonne partie de la puissance du moteur, et cela m’a ralenti en ligne droite. »

« Je me suis accroché, mais c’était impossible de faire mieux. »

— Fernando Alonso

Valtteri Bottas et Zhou Guanyu (Alfa Romeo) ont pris les huitième et neuvième places, alors que le Canadien Lance Stroll (Aston Martin) a arraché le point de la dixième place après être parti de la 17e. Son compatriote Nicholas Latifi (Williams) a connu une course très difficile et a terminé au 16e rang.

Partis du troisième rang sur la grille de départ, les pilotes de l’équipe Haas ont joué de malchance, Kevin Magnussen devant s’arrêter dès les premiers tours pour remplacer un aileron avant abîmé au départ, avant d’achever une course laborieuse au 17e et dernier rang, alors que Mick Schumacher a été forcé à l’abandon dès le 18e tour.

Un clin d’œil à des pères célèbres

En cette journée de la fête des Pères, les trois premiers du Grand Prix ont été invités à saluer le leur. Et le hasard a fait que les paternels soient tous connus.

Jos Verstappen est lui-même un ancien pilote de Formule 1. « Sans mon père, je ne serais pas ici, a estimé Max Verstappen. Il a vraiment tout fait pour moi, s’est consacré entièrement à ma carrière. Quand j’ai débuté en karting, il m’a tout montré, passant des heures à préparer le matériel, à assurer le transport d’un circuit à l’autre, tout en s’assurant que je continue mes études et que nous ne manquions de rien. Je suis vraiment reconnaissant envers lui, reconnaissant aussi d’avoir pu passer tout ce temps avec lui et de continuer d’avoir une super relation avec lui. »

Carlos Sainz a été double champion du monde de rallye et lui aussi s’est beaucoup impliqué dans la carrière de son fils. « Il a toujours été là et, aujourd’hui, c’est encore ma main droite, mon mentor, mon conseiller, a assuré Carlos fils. C’est super d’avoir eu tout ce temps avec lui, depuis mon enfance. Je suis très fier de lui. Et encore aujourd’hui, je suis fier de faire plein d’activités avec lui, jouer au golf, pratiquer d’autres sports. »

Anthony Hamilton, père de Lewis, n’était pas pilote automobile, mais il aurait bien aimé faire carrière dans ce sport. « Mon père rêvait d’être pilote, mais il n’avait pas les ressources en raison de ses origines humbles. Il a donc consacré sa vie à nous offrir [à son frère et lui] les moyens pour réussir dans ce domaine. Il a fait d’énormes sacrifices pour m’aider à débuter dans le sport, puis pour me permettre de progresser dans des circonstances qui n’étaient pas toujours favorables. Je lui dois beaucoup, c’est certain. »

Lewis Hamilton

Un podium qui fait du bien

« Comment ça va, Montréal ? », a lancé un Lewis Hamilton tout sourire au micro après la course, faisant réagir la foule déjà comblée de voir le septuple champion du monde monter sur la troisième marche du podium.

Le pilote de Mercedes a réussi son deuxième podium de cette difficile saison là où il a remporté son premier Grand Prix en carrière, il y a 15 ans : sur le circuit Gilles-Villeneuve.

Hamilton, quatrième sur la grille de départ, a dépassé l’Alpine de Fernando Alonso au 24tour pour prendre le troisième rang une première fois dans la course. Il a glissé en quatrième place au 45tour, derrière son coéquipier George Russell, avant de récupérer sa place quand ce dernier a, à son tour, effectué un changement de pneus.

Malgré la voiture de sécurité au 50tour, Hamilton a su maintenir le rythme pour conclure derrière la Red Bull de Max Verstappen et la Ferrari de Carlos Sainz fils. Russell a pris le quatrième rang.

« C’est très émouvant d’obtenir cette troisième place – c’est tellement difficile cette saison avec la voiture –, mais nous sommes restés concentrés, nous avons toujours travaillé et je suis très fier de notre équipe », a-t-il dit en entrevue immédiatement après la course.

La foule a réservé toute une ovation au pilote, avec qui elle a une relation particulière. « C’est mon deuxième podium de l’année et j’en suis très heureux, particulièrement ici, où j’ai remporté ma première victoire en carrière et où le public m’a toujours encouragé », a-t-il d’ailleurs laissé entendre.

Le bout du tunnel

Hamilton a l’habitude d’offrir de belles performances sur le circuit Gilles-Villeneuve. Pour tout dire, il a l’habitude de gagner. C’est ce qu’il a fait à sept reprises par le passé. Mais cette fois-ci, la situation était différente.

On le sait ; rien ne va cette saison pour l’athlète de 37 ans, qui peine à s’adapter à sa nouvelle monoplace et doit composer avec d’énormes douleurs physiques en raison du marsouinage – ce phénomène aérodynamique qui entraîne des vibrations et de violents soubresauts dans les voitures.

La vedette de Mercedes n’a donc remporté aucune course jusqu’à maintenant. Avant le Grand Prix du Canada, Hamilton n’avait réussi qu’une troisième place. Au total, Russell et lui ne comptabilisaient que quatre podiums à eux deux.

Pas de doute, donc, que ces résultats seront comme voir le bout du tunnel pour l’écurie. Surtout que le week-end n’avait pas particulièrement bien commencé lors des essais libres. Le chef d’équipe, Toto Wolff, avait même qualifié la voiture d’« énorme boîte à merde » après la première séance.

« Notre rythme était vraiment bon. Nous nous rapprochons lentement, alors nous devons continuer de travailler, de pousser, et on peut espérer revenir bientôt dans la lutte avec ces gars », a indiqué Hamilton en pointant les deux meneurs.

« Les qualifications d’hier [samedi] ont été émouvantes pour moi, a-t-il dit un peu plus tard au micro de Sky Sports. De retour dans le garage, nous étions comme : wow, c’est magnifique pour nous. Nous avons travaillé si dur, et avoir une course solide aujourd’hui me donne tellement d’espoir et de confiance pour la suite. »

Interrogé à savoir comment allait son dos, qui le faisait souffrir la semaine dernière en Azerbaïdjan, Hamilton a répondu : « Je me sens très bien, comme si j’avais rajeuni ! »

Prudence

L’équipe Mercedes se trouve toujours au troisième rang chez les constructeurs, à 40 points de Ferrari et 116 de Red Bull. Elle aura toutefois l’avantage de la foule pour le prochain Grand Prix, qui aura lieu chez elle, en Angleterre, le 3 juillet.

« Nous devons être prudents, a dit Toto Wolff, dimanche soir. Il y a encore tellement de travail à faire pour retourner à l’avant. Nous n’y sommes pas encore. »

Le chef d’équipe s’est cependant dit ravi de voir Hamilton obtenir un bon résultat. « Dans plusieurs courses, Lewis aurait pu avoir de meilleurs résultats. Ce n’est pas parce qu’il faisait mal, c’était seulement de la malchance. De le voir du côté positif, sur le podium, aujourd’hui, c’est bon à voir. »

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