Covid-19

Alors que le couvre-feu entrera en vigueur ce samedi, une majorité de Québécois se dit en faveur de son imposition.

Sondage CROP

70 % des Québécois favorables au couvre-feu

Couvre-feu, réouverture des écoles, télétravail ; si la plupart des Québécois adhèrent aux mesures de confinement annoncées cette semaine, beaucoup n’excluent pas d’enfreindre ces règles à l’occasion, démontre un nouveau sondage CROP. Par ailleurs, alors que la cote de popularité du gouvernement Legault demeure stable, celle d’Ottawa est en baisse.

La perception des mesures

Toutes les mesures de confinement prolongées atteignent – même dans le pire des cas – la barre des 60 %. C’est la poursuite du télétravail qui fait le plus consensus, 91 % des répondants se disant d’accord, suivie de la fermeture des lieux de culte (81 % d’appuis) et l’interdiction d’avoir des visiteurs à la maison (80 %).

« Ce qui me frappe beaucoup, ce sont les fortes majorités. De manière générale, l’accord avec les mesures est très élevé », note le président de la firme de sondage CROP, Alain Giguère. Cela dit, la consigne qui divise le plus est celle de l’interdiction pour les épiceries et pharmacies de vendre des biens non essentiels ; 38 % des Québécois s’y opposent.

Mesure phare de l’« électrochoc » que lancera le gouvernement ce samedi, le couvre-feu entre 20 h et 5 h reçoit un appui populaire de 70 %, 39 % des gens s’y disant même très favorables. Reste que 29 % des citoyens s’y opposent à divers degrés. « Ça ne veut pas dire qu’ils ne vont pas respecter le couvre-feu pour autant », rappelle M. Giguère. Il affirme que certains s’autoriseront néanmoins des écarts.

« Trente pour cent des gens comprennent le sérieux de la situation, mais disent qu’ils ne pourront s’empêcher d’enfreindre les règles par moments. Ça veut dire 2,1 millions d’adultes. Chez les jeunes, on sent aussi ce sentiment de liberté brimée », dit-il.

Rentrée des classes

Un peu plus d’un Québécois sur quatre se dit en désaccord avec l’ouverture des écoles, tant au niveau primaire qu’au niveau secondaire, à la veille de la rentrée les 11 et 18 janvier. Ainsi, près de 75 % des gens soutiennent le redémarrage des cours, pour autant que les mesures soient adéquates.

« D’un côté, on a des gens très sensibles à la nécessité de retourner à l’école pour la santé mentale et l’éducation des jeunes, et de l’autre, ceux et celles qui souhaitent une protection à tout prix, qui craignent que leurs enfants ne contractent le virus. »

— Alain Giguère, président de CROP

M. Giguère explique que l’« ambivalence » entourant la question des aérosols et de la ventilation, qui fait l’objet de vifs débats actuellement, peut expliquer l’opposition à lamesure. « La sortie de médecins et de scientifiques à ce sujet peut expliquer certaines craintes », raisonne-t-il. Vendredi, un rapport attendu de l’INSPQ a conclu que les aérosols jouaient un rôle limité dans la transmission de la COVID-19. La Santé publique ne recommandera pas l’utilisation des purificateurs d’air dans les classes, comme le réclament des spécialistes.

Deuxième dose du vaccin

Environ 73 % des Québécois soutiennent le gouvernement Legault dans sa volonté d’utiliser tous les vaccins sans en mettre en réserve pour la deuxième dose, mais 26 % se disent en désaccord avec ce changement de méthode, décrété le 31 décembre dernier.

« On voit quand même une hésitation parmi ceux qui sont d’accord, dit le président de CROP. Ceux qui se disent “très en accord” sont en effet moins nombreux, à 32 %. Au final, la crédibilité de la Santé publique québécoise prend le dessus. Les gens trouvent logique de s’y fier, de manière générale. »

En après-midi, vendredi, Ottawa a contesté cette stratégie du gouvernement Legault. « Ce sont des vaccins à deux doses. Vous devriez obtenir une deuxième dose. La deuxième dose devrait être donnée en respectant le plus possible le calendrier approuvé », a martelé la conseillère médicale principale de Santé Canada, la Dre Supriya Sharma.

Cotes de popularité

François Legault conserve de justesse la note de passage, avec 60 % des Québécois se disant satisfaits du travail de son gouvernement, contre 40 % se déclarant « peu ou pas satisfaits ». Par rapport au mois d’octobre, la baisse n’est toutefois de l’ordre que de 1 point de pourcentage.

Pour Justin Trudeau, c’est plus serré ; 62 % des Québécois affirment que son travail est insatisfaisant, une hausse de 6 points en trois mois. « Ce qui ne l’a pas aidé, c’est ses fameux 1000 $ de prestation aux vacanciers. Dans l’opinion publique, ça a frappé fort, et même si les libéraux se sont rétractés, le mal était fait », illustre Alain Giguère.

Si l’écart de popularité entre les deux ordres de gouvernement s’agrandit, il est toutefois bien loin des niveaux du printemps, alors que François Legault jouissait d’un impressionnant appui de 88 %, contre seulement 43 % pour son homologue fédéral. « Québec est responsable de notre santé. Et Ottawa fait des chèques. Disons que ça frappe moins l’imaginaire », illustre M. Giguère.

Ouverture et fermeture des services

C’est l’ouverture des stations de ski qui récolte le moins d’appuis auprès des Québécois ; 30 % des gens s’opposent à ce qu’elles continuent leurs activités. La poursuite du tournage de séries télévisées fait aussi débat, alors que 29 % des répondants doutent de la pertinence de cette mesure.

À l’inverse, la cueillette de biens essentiels à l’extérieur des commerces, dorénavant permise, est très bien accueillie, avec 89 % d’opinion favorable. Les règles relatives aux funérailles (10 personnes maximum), aux garderies ou encore à l’ouverture des bibliothèques municipales sont aussi somme toute bien accueillies.

La fermeture des lieux de culte, qui avaient « beaucoup de problèmes » à certains endroits selon le premier ministre Legault, obtient par ailleurs un fort appui de 81 %.

MÉTHODOLOGIE

Ce sondage a été réalisé du 6 au 8 janvier, via un panel web, auprès de 1000 Québécois de 18 ans et plus. Plusieurs autres collectes avaient été réalisées depuis mars. « Les résultats ont été pondérés afin de refléter la distribution de la population à l’étude selon le sexe, l’âge, la langue maternelle et la scolarité des répondants. Compte tenu du caractère non probabiliste de l’échantillon, le calcul de la marge d’erreur ne s’applique pas », précise le sondeur.

Couvre-feu au Québec dès samedi

Alerte, gyrophares et policiers en plus grand nombre

Plusieurs corps de police, dont le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et la Sûreté du Québec, auront à partir de samedi soir des effectifs supplémentaires consacrés principalement à faire respecter le couvre-feu annoncé par le gouvernement.

La Presse a également appris que Québec enverra vers 18 h samedi soir, sur les téléphones cellulaires de tous les Québécois, une alerte annonçant l’entrée en vigueur imminente du couvre-feu. La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a confirmé l’information en fin d’après-midi vendredi sur son fil Twitter. Les corps de police seraient également invités samedi soir à faire circuler leurs voitures de patrouille, gyrophares allumés, dans les rues des villes pour marquer le début de cette mesure exceptionnelle.

Rappelons que le gouvernement a annoncé l’entrée en vigueur, à compter de samedi soir, d’un couvre-feu, de 20 h à 5 h, pour tenter d’endiguer la propagation de la COVID-19 et de limiter les rassemblements illégaux. Selon nos informations, le gouvernement serait insatisfait du nombre de rassemblements illégaux qui se sont tenus au Québec durant les Fêtes, et du faible nombre de contraventions distribuées par les corps de police durant cette période pour dissuader les contrevenants.

Une rencontre virtuelle a eu lieu vendredi matin entre des représentants du ministère de la Sécurité publique, de corps de police du Québec, du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) et d’autres organisations pour préparer l’entrée en vigueur du couvre-feu.

Les corps de police attendent toujours le texte du nouveau décret et les clarifications qui doivent être faites par le DPCP, mais ils ont déjà adopté certaines mesures.

Ainsi, selon nos informations, le SPVM ajoutera, à compter de samedi soir, plus de 100 policiers qui veilleront uniquement au respect du couvre-feu à Montréal.

À la Sûreté du Québec également, des effectifs seront ajoutés, a confirmé à La Presse le lieutenant Hugo Fournier.

« Nous allons continuer dans la même lignée que depuis mars dernier. C’est une nouvelle mesure, nous voulons que les gens respectent le couvre-feu, et c’est notre mandat de le faire respecter », affirme le lieutenant Fournier.

« Nous avons mis en place un plan d’action. Nous prévoyons un plus grand nombre d’effectifs pour samedi soir et pour au moins la durée de la première phase du couvre-feu. C’est une première au Québec en 50 ans. Nous n’aurons pas de barrage ni de point de contrôle, mais nous aurons des effectifs en patrouille affectés uniquement au respect du nouveau décret », a renchéri de son côté l’inspecteur Martin Charron, de la Régie de police Thérèse-De Blainville, qui dessert 78 000 résidants de municipalités de la couronne nord de Montréal.

Un décret simple

Le porte-parole de l’Association des directeurs de police du Québec, André Durocher, a participé à la rencontre virtuelle de vendredi matin à laquelle ont pris part une centaine de personnes, selon lui.

Les discussions ont notamment porté sur les grandes lignes du nouveau décret, qui facilitera le travail des policiers, croit-il.

« C’est assez simple. De facto, si tu n’es pas chez vous, tu es en infraction et le fardeau est renversé. C’est à toi de justifier pourquoi tu n’es pas à la maison. Même pour quatre personnes qui se trouveraient dans une même voiture, si tu es dans une voiture, tu n’es pas chez vous et tu es en infraction. »

— André Durocher, porte-parole de l’Association des directeurs de police du Québec

« Le but, c’est que personne ne sorte de chez soi pour se rendre dans un party. On ne peut pas tout prévoir, mais la loi donne une marge de manœuvre : les policiers feront preuve de jugement et auront la latitude nécessaire pour l’exercer si des situations n’ayant pas été prévues devaient se présenter », croit le porte-parole de l’ADPQ.

Le gouvernement a annoncé que les amendes reliées au décret s’établiraient entre 1000 $ et 6000 $. Les amendes de 1000 $ (plus 546 $ de frais) seront celles des constats d’infraction remis sur-le-champ – avec l’aide d’appareils portatifs – par les policiers qui n’auront alors pas de discrétion sur le montant.

Les amendes de plus de 1000 $ ne pourront être imposées qu’à la suite de la rédaction, par un policier, d’un rapport d’infraction général (RIG), pour un cas de récidive, par exemple. Dans le cas d’un RIG, c’est un procureur qui autorise la plainte et un juge qui confirme l’infraction et décide du montant de l’amende dont le maximum a été fixé à 6000 $.

Le cas de Montréal

Jeudi, par voie de communiqué, le Service de police de la Ville de Montréal a précisé « qu’une approche préventive et adaptée sera privilégiée pour les personnes en situation de vulnérabilité, au regard des limites associées à la judiciarisation dans certaines circonstances ».

Il reste que l’application du décret soulève beaucoup de questions chez les patrouilleurs montréalais, dont la réalité est bien différente de celle des villes et municipalités du reste du Québec.

« La ministre Geneviève Guilbault dit qu’elle fait confiance au jugement et au discernement des policiers, mais c’est leur laisser beaucoup de discrétion et ce n’est pas évident », a confié à La Presse un policier montréalais qui a requis l’anonymat, car il n’est pas autorisé à parler aux médias.

« Il y a un monde entre ce que le gouvernement veut que l’on fasse et comment ça se passe sur le terrain. Si, après 20 h, nous avons affaire à un travailleur des services essentiels, ce sera facile, mais un travailleur qui nous présente une lettre de son employeur, qui nous dira qu’elle n’a pas été fabriquée ? Et l’itinérant qui a un demi-appartement, mais dont la vie est à l’extérieur ? », se demande-t-il.

« Le décret n’est pas encore finalisé. Notre contentieux ne l’a pas encore lu et n’a pas encore émis ses recommandations. On risque de partir samedi soir sans trop savoir comment agir. Mais en revanche, cela fait presque un an qu’on est là-dedans. Il y a une certaine fatigue, les policiers ne veulent pas donner de contraventions à tout prix. On sait en même temps qu’il n’y a rien de parfait et on ne jette pas la pierre au gouvernement », a conclu ce policier.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

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