Valentina Cagna

Quand la pandémie a du beau

On a besoin de beau, en ce moment. En voici. La pandémie aura été synonyme de découverte de soi pour Valentina Cagna, jeune joueuse de volleyball trans de l’Abitibi.

« Ça m’a drôlement aidée d’être confinée à la maison », lance Valentina Cagna au bout du fil.

Née dans un corps de garçon, la jeune femme de 19 ans a commencé sa transition en juin 2020. Après six ans à jouer au volleyball masculin, elle a fait le saut dans l’équipe féminine du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue cette saison. Elle a raconté son histoire pour la première fois à Radio-Canada, en novembre dernier.

« Tout le long de mon secondaire, j’ai toujours été un garçon efféminé, entre guillemets, relate-t-elle à La Presse. Je mettais déjà du fond de teint, je me maquillais... Il y a beaucoup de monde qui me posait des questions du genre : est-ce que tu veux faire une transition ? Chaque fois, je disais non. »

Pendant son adolescence, la jeune athlète n’a jamais remis en question son identité de genre. Mais avec le premier confinement relié à la pandémie de COVID-19, en mars 2020, elle disposait de beaucoup de temps seule avec elle-même. Pour réfléchir. Pour se questionner. Pour essayer, aussi.

« Vu que j’étais vraiment toute seule et que je ne pouvais pas voir mes amis ou sortir de chez moi, je me suis vraiment mise à me poser des questions à propos de moi. Sur mon identité, sur ce que je voulais vraiment faire plus tard, aussi. »

— Valentina Cagna

« À partir de là, j’ai essayé différentes choses, continue-t-elle. J’ai mis une perruque pour voir comment je me sentais. J’ai essayé du linge de fille. »

C’est là que Valentina a eu la révélation : elle est une femme. Elle s’est d’abord confiée à une amie – par FaceTime, naturellement, au vu de ce qu’il se passait dans le monde.

« On se parlait et je lui expliquais comment je voyais mon avenir pour l’instant, se souvient-elle. Elle était contente. Ça m’a vraiment donné le courage de le dire à d’autre monde. J’en ai parlé à ma mère en premier. Ça s’est super bien passé. »

Graduellement, elle l’a annoncé à son père et à ses six (!) frères et sœurs. « Il n’y a aucune discrimination chez nous par rapport aux différences, dit-elle. Toute ma famille l’a vraiment bien pris. »

Le 18 juin 2020, Valentina a fait son coming out en publiant une première photo d’elle en tant que femme sur les réseaux sociaux. Au mois d’août, après avoir rencontré son médecin et un travailleur social, elle a peu à peu commencé l’hormonothérapie.

« C’est comme si je prenais la pilule [contraceptive] », explique-t-elle.

« Honnêtement, j’ai plus vu des changements dans ma manière de penser et d’agir avant de voir des changements physiques. »

— Valentina Cagna

« J’étais plus sur les nerfs facilement. Les petites choses les plus stupides pouvaient vraiment me fâcher pour aucune raison. C’était vraiment comme si je retombais en crise d’adolescence », ajoute-t-elle.

Le volleyball

À ses deux premières années collégiales, Valentina Cagna évoluait avec les Gaillards, l’équipe masculine de son cégep. Cette année, elle a rencontré le responsable des sports de l’établissement d’enseignement afin de savoir si elle devait prendre part aux sélections de début de saison avec les filles ou avec les garçons.

« Il m’a expliqué qu’il n’avait pas encore les règlements du RSEQ [Réseau du sport étudiant du Québec] pour ma situation, mais qu’il travaillait vraiment pour avoir une réponse et que lui-même voulait que j’aille faire la sélection de l’équipe féminine. C’est vraiment lui qui m’a poussée à la faire parce que moi, au début, je me disais que s’il n’y avait pas de réponse claire, j’allais faire la sélection des garçons et tant pis. »

Le RSEQ a finalement accepté sa demande, étant donné qu’elle suivait un traitement hormonal de suppression de testostérone depuis au moins un an – c’est la règle de l’Association canadienne du sport collégial pour les étudiants-athlètes trans femme-homme.

Soulagement.

« Je pratiquais déjà avec l’équipe, explique Valentina Cagna. Je l’ai su trois jours avant notre premier tournoi. Si je n’avais pas de réponse, je ne pouvais pas participer au tournoi. J’avais beaucoup de stress par rapport à ça. »

Heureuse

La transition de Valentina Cagna des Gaillards aux Astrelles s’est déroulée naturellement, dans le respect et le bonheur. Elle côtoyait d’ailleurs déjà les filles de l’équipe depuis plusieurs années.

« Tout se passe vraiment très bien, assure-t-elle. On a eu deux tournois et ça s’est bien passé. Je n’ai pas eu de commentaires ou de regards bizarres. »

La jeune athlète rêve de jouer dans les rangs universitaires, même si elle évolue en division 2 actuellement. Sa transition demeure à ce jour la « meilleure chose » qu’elle ait faite, affirme-t-elle avec entrain. « J’étais vraiment bien dans mon corps avant, mais je suis encore mieux. »

« Je ne joue pas au volleyball pour les autres, je joue au volleyball pour mon plaisir personnel. Tant qu’à y être, je vais le faire d’une manière qui me rend encore plus heureuse si je le peux. »

Voilà du beau.

La diversité dans le sport

Établir des balises « claires et harmonieuses » pour tous

Dans la dernière année, le Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) a reçu en moyenne une demande par mois de jeunes athlètes trans étudiant au secondaire, au cégep ou à l’université qui souhaitaient passer d’une équipe masculine à une équipe féminine, ou inversement.

Pour répondre à de telles demandes, le RSEQ se base actuellement sur les règles des différentes fédérations sportives québécoises, fait savoir à La Presse le directeur général du Réseau, Gustave Roel. Mais « la majorité des fédérations n’ont pas de règles présentement pour la gestion des personnes trans », note-t-il.

« Donc elles se réfèrent aux fédérations canadiennes, avec lesquelles elles sont en lien, ajoute-t-il. Et celles-ci sont en lien avec le comité olympique. Donc il y a beaucoup de paliers pour se rendre à une prise de décision. »

Dans le cas de Valentina Cagna (voir onglet précédent), il fallait voir du côté de Volleyball Québec, où aucune politique d’inclusion des athlètes trans n’a encore été rédigée. Quant à celle de Volleyball Canada, elle ne concerne que les athlètes pratiquant le sport de développement et récréatif, sans précisions sur les athlètes de haut niveau.

Question de testostérone

Pour répondre à la demande, le RSEQ s’est donc appuyé sur les règles de l’Association canadienne du sport collégial (ACSC), qui vont comme suit. Quand une femme trans souhaite évoluer dans une équipe féminine, elle doit suivre un traitement hormonal de suppression de testostérone depuis au moins un an, avec preuve médicale.

À l’inverse, un homme trans peut se joindre à une équipe masculine dès le moment où il commence la prise de testostérone, mais ne peut plus revenir chez les femmes ensuite. La différence entre les deux repose sur le fait que la prise de testostérone provoque une augmentation de la masse musculaire.

« La question qui est derrière ça, et c’est pour ça que je disais que ça relève beaucoup des fédérations sportives, ce sont les standards dans lesquels on doit se retrouver », explique M. Roel.

« Qu’est-ce qu’une femme devrait faire, en lien avec la performance sportive, versus un homme ? C’est toute cette équité qui fait qu’on est présentement dans ce genre de contexte-là. »

— Gustave Roel, directeur général du RSEQ

Comme on le disait plus tôt, le RSEQ reçoit une demande comme celle de Valentina en moyenne une fois par mois. « C’est minime » – surtout considérant qu’on dénombre 220 000 étudiants-athlètes au Québec –, « mais c’est un contexte nouveau et différent qu’on ne vivait pas il y a 10 ans », dit M. Roel.

« Au début, c’était vraiment des entraîneurs qui faisaient le passage vers homme ou femme et vice-versa, fait savoir le DG. Maintenant, ce sont beaucoup plus des étudiants qu’on entend. On en avait au niveau collégial et universitaire, mais maintenant on reçoit même ce genre de demandes au secondaire, ce qui est nouveau. »

Quatre grands chantiers

Dans le souci d’ouvrir le dialogue et de trouver des solutions concrètes afin de promouvoir l’activité sportive dans un cadre plus inclusif et sécuritaire, le RSEQ a commencé il y a neuf mois à travailler sur quatre grands chantiers, dont celui de l’inclusion de la communauté LGBTQ+ dans le sport. Plus de 250 personnes, dont des représentants du gouvernement du Québec, ont pris part aux consultations.

« Nous, ce qu’on veut, c’est avoir des balises qui sont claires et harmonieuses pour tout le monde », indique Gustave Roel, ce qui n’est pas le cas actuellement d’une fédération sportive à l’autre.

Selon lui, il reviendrait idéalement au gouvernement de mettre en place de telles balises.

« Notre souhait, c’est qu’il y ait une vision qui soit commune pour l’ensemble des fédérations sportives. Ce n’est pas logique qu’un jeune qui fait du basketball et un jeune qui fait du soccer n’aient pas la même application. »

— Gustave Roel, directeur général du RSEQ

Le RSEQ a d’ailleurs réalisé un sondage auprès de tous les élèves et étudiants de 14 ans et plus du secondaire, du collégial et de l’université dans la province afin de leur permettre de se positionner sur un des quatre chantiers. Les résultats de ce sondage, combinés aux pistes de solution récoltées lors des consultations, permettront au RSEQ de déposer un plan d’action au mois de mars prochain.

« On est en 2022. Il faut que le sport, qui fonctionne beaucoup sur des balises et une culture qui remontent à plusieurs années, s’ajuste à la réalité de 2022 », soutient M. Roel.

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