Mont Saint-Hilaire

Des résidants craignent que le paysage soit gâché

La perspective de voir un nouveau lotissement de 380 logements se construire au pied du mont Saint-Hilaire provoque la controverse dans la municipalité du même nom.

L’aménagement d’un nouveau quartier sur des terrains de 29 hectares, dans la zone A-16, au croisement des chemins Ozias-Leduc et de la Montagne, signifie la disparition d’un verger et la destruction d’un milieu humide, déplorent des citoyens, qui redoutent également les problèmes de circulation à venir.

« Ça va scraper le paysage », s’insurge Pierre Nault, président de l’Association des citoyens de Mont-Saint-Hilaire (ACMSH), qui a organisé des rassemblements, participé aux assemblées publiques et fait circuler des pétitions pour implorer le conseil municipal de ne pas permettre de lotissement domiciliaire à cet endroit.

Mais la municipalité n’avait pas le choix d’autoriser le lotissement résidentiel sur les terrains en question, en raison de deux décisions des tribunaux, explique le maire, Marc-André Guertin.

« Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on a accepté ça, c’est un vote de raison, dit M. Guertin. On croit qu’on a fait le meilleur travail dans les conditions qui nous étaient offertes, et on croit avoir terminé un chapitre qui a commencé il y a 30 ans et qui se termine après un long labeur.

« On n’habite pas Mont-Saint-Hilaire pour favoriser le développement, mais parce qu’on aime les attraits du milieu. »

Jugements en faveur des propriétaires

Les terrains de la zone A-16 appartiennent à plusieurs propriétaires, dont certains ont l’intention de les vendre à des promoteurs qui pourront y construire des résidences. On y trouve notamment le verger Sullivan, le spa Strøm, un boisé, un entrepôt des pommes, une pépinière, quelques résidences et des terrains en friche.

Pendant plusieurs années, la municipalité a interdit que ces terrains soient développés en utilisant différents moyens à sa disposition.

Mais en 2019, un regroupement de propriétaires a poursuivi la municipalité pour exiger l’autorisation d’y construire des maisons. Un jugement rendu en 2020, confirmé par la Cour d’appel en 2021, lui a donné raison, soulignant que la municipalité avait fait preuve de mauvaise foi dans ce dossier.

Le nouveau maire, élu à l’automne 2021, a donc été pris avec cette « patate chaude ».

Comme le tribunal lui donnait jusqu’en août 2022 pour modifier ses règlements en conséquence, le conseil municipal devait agir rapidement. Lors de l’assemblée du 6 juin, les élus ont donc adopté un plan particulier d’urbanisme (PPU) pour le secteur, qui prévoit une densité moyenne de 15 unités de logement par hectare.

Les bâtiments les plus hauts auront 3 étages, à certains endroits du lotissement, et une hauteur maximale de 12 mètres.

Deux boisés situés dans la zone A-16 seront protégés de tout développement. La municipalité souhaite les acquérir pour les rendre accessibles à la population, mais n’a pas les fonds nécessaires. Elle a donc lancé une campagne de sociofinancement pour recueillir 500 000 $ à cet effet. Depuis le début du mois, un peu plus de 5000 $ ont été amassés.

Zone à statut particulier

Mais ce n’est pas suffisant pour l’ACMSH, qui aurait voulu que la Ville demande que le secteur soit désigné comme zone à statut particulier, pour y limiter le développement.

« On a remis un document de 60 pages qui démontre la possibilité de faire une telle demande, dit Pierre Nault. Le conseil municipal se dit vert, mais il a peur des deux jugements, et il a peur des poursuites. »

Du côté de la Ville, on rétorque qu’une telle démarche prendrait au moins un an, ce qui dépasserait la date limite fixée par le tribunal, et que la zone A-16 ne serait pas admissible de toute façon, puisqu’elle ne présente pas de caractéristiques environnementales particulières et exceptionnelles justifiant un statut particulier.

Le comédien Marcel Lebœuf est le seul conseiller municipal qui a voté contre le PPU et les autres règlements adoptés. Adepte d’agriculture urbaine, il se dit très déçu de la tournure des évènements.

Il souligne que le verger Sullivan, qui se trouve dans la zone A-16, est le dernier qui date de l’époque du peintre Ozias Leduc.

« C’est d’une grande tristesse de saboter ces terres et de vouloir transformer ça en condos, déplore-t-il. Un tel gaspillage de territoire, ça vient me chercher profondément. Oui, ça prend des maisons et des condos, mais il faut préserver le piémont pour protéger la montagne. »

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