Pénurie de main-d’œuvre

Rupture de services et délestage en vue

Québec — Devant une crise de la main-d’œuvre plus grande qu’anticipé, le réseau de la santé doit se préparer à vivre des ruptures de services « planifiées » et du délestage à l’automne. Québec confie par ailleurs au directeur de la campagne de vaccination, Daniel Paré, le mandat de déployer des tests rapides dans les écoles primaires du Québec.

Les établissements de santé à travers la province, dans certaines régions mais aussi à Montréal, auront à faire « des choix de services » dans les semaines à venir pour ne pas épuiser leur personnel soignant, a prévenu le ministre de la Santé, Christian Dubé, mardi. Autrement dit, il faut s’attendre à des « réorganisations » et à des « ruptures » de services planifiées après 18 mois de pandémie.

« Jamais, je n’aurais pensé au début de l’été qu’on aurait le problème de personnel qu’on a en ce moment », a-t-il admis en mêlée de presse.

Il manque au moins 4000 infirmières dans le réseau à l’heure actuelle. Christian Dubé a affirmé que son ministère tente par tous les moyens d’attirer des infirmières à la retraite, des travailleurs qui sont venus prêter main-forte lors des premières vagues de la pandémie, et de faire revenir des employés qui ont quitté le réseau de la santé pour le privé ou les agences de placement. Actuellement, 2887 travailleurs de la santé sont absents du réseau pour des raisons liées à la COVID-19.

Au début de l’été, le ministre avait autorisé le personnel de la santé à prendre des vacances – malgré l’état d’urgence sanitaire – pour que les troupes soient prêtes à affronter une quatrième vague de la pandémie, à la rentrée. Mais force est de constater que des établissements n’auront d’autre choix que de suspendre ou réorganiser leurs services à cause du manque de main-d’œuvre.

Le ministre Dubé a cité l’Abitibi-Témiscamingue, où la situation est particulièrement problématique.

« On a des endroits en Abitibi où il va falloir fermer, par exemple, l’urgence pour s’assurer qu’il n’y ait pas de bris de services pas planifiés. J’aime beaucoup mieux qu’on soit capable de rediriger les services à certains endroits que d’avoir des services qui ne sont pas sécuritaires pour les employés ou les patients. »

— Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

M. Dubé a dit craindre qu’en raison de la pression exercée par la quatrième vague, des scénarios semblables surviennent aussi à Montréal. Cet été, des salles d’opération ont notamment été fermées aux hôpitaux Maisonneuve-Rosemont et Santa Cabrini en raison de la pénurie.

« Si on ne veut pas que la même chose nous arrive, dans notre grande région de Montréal, c’est sûr qu’il va falloir suivre ça de très près », a-t-il ajouté, évoquant la hausse des cas et la fragilité du réseau.

Plusieurs établissements en Outaouais, en Abitibi-Témiscamingue, sur la Côte-Nord, dans le Bas-Saint-Laurent et dans le Grand Nord ont notamment fait face à des ruptures de services, que ce soit aux urgences ou en obstétrique, par exemple, au cours des derniers mois.

« On ne veut pas que ça craque »

Pour l’heure, le manque de main-d’œuvre ne compromet pas la mise en œuvre du plan de rattrapage des interventions chirurgicales jusqu’en 2023. Selon le plan présenté avant les vacances, Québec disait vouloir augmenter le nombre d’opérations mensuelles de 10 000 pour le fixer à 36 000 en octobre 2021. Toujours en octobre, Québec espérait en avoir fini avec le délestage des interventions chirurgicales.

Cet objectif tient la route à condition que la pandémie ne s’aggrave pas à Montréal, a affirmé le ministre. « Ce qu’on ne veut pas, justement, c’est d’avoir un personnel tellement épuisé qu’à un moment donné ça craque, puis là on ne peut plus faire les chirurgies qu’on voulait faire. […] C’est une réorganisation des services qu’on va faire de façon planifiée », a lancé le ministre.

Daniel Paré pour régler le « bordel »

Québec a confié mardi au directeur de la campagne de vaccination, Daniel Paré, le mandat de déployer les tests rapides dans les écoles primaires à travers le Québec, au lendemain du « bordel » observé dans les établissements de quatre quartiers chauds du Grand Montréal qui ont commencé à les utiliser. Il s’est limité jusqu’ici à les envoyer dans les écoles de Montréal-Nord, Saint-Michel, Parc-Extension, à Montréal, ainsi qu’à Chomedey, à Laval. C’est là que la quatrième vague frappe le plus fort.

Le gouvernement a fait cette annonce mardi, jour de la rentrée de l’Assemblée nationale, alors que les partis de l’opposition ont accusé le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, d’être « systématiquement un coup en retard ». Comme la campagne de vaccination se déroule bien, il a décidé de donner cet autre mandat à Daniel Paré. L’objectif est de prévenir les éclosions et d’éviter la fermeture de classes ou d’écoles.

Plus d’une école sur cinq compte au moins un cas actif de COVID-19. Le Québec enregistre une forte hausse des cas chez les moins de 10 ans, qui n’ont pas accès au vaccin pour le moment.

M. Dubé a assuré que l’usage des tests rapides dans les écoles « est un élément important de [sa] stratégie » pour combattre la quatrième vague. Aux accusations de départ « chaotique », il a rappelé dans une réponse en anglais que les choses « semblent toujours un peu en désordre » les premiers jours du déploiement d’une opération. Il a cité le début de la campagne de vaccination ou le dépistage.

« Je demande aux gens de nous donner quelques jours », a-t-il lancé.

Jusqu’ici, 280 000 tests rapides ont été envoyés ou sont en train d’être expédiés au réseau scolaire. Québec a 1,7 million de tests dans ses entrepôts. Les partis de l’opposition reprochent au gouvernement Legault depuis des mois de ne pas recourir aux tests rapides reçus d’Ottawa.

Le déploiement des Tests rapides décrié

« Le déploiement des tests rapides présentement est un chaos dans nos écoles. On est deux semaines après la rentrée des classes, ça aurait dû être déployé depuis longtemps et préparé durant le mois d’août, durant le mois de juillet. Donc, non, ça ne se passe pas très bien présentement. »

— La cheffe libérale, Dominique Anglade

« Depuis un an, le gouvernement a résisté à la mise en place de ces tests-là. Et aujourd’hui, il apparaît être encore tellement désorganisé dans la façon de faire. C’est un cafouillage éhonté. En fait, c’est une totale improvisation, et on ne comprend pas pourquoi le gouvernement n’a pas profité de l’été dernier pour faire ses devoirs. »

— Le chef parlementaire du Parti québécois, Joël Arseneau

« Je vais donner une bonne note au ministre Roberge : il est très constant dans son inconstance. À chaque fois, il arrive avec une affaire mal foutue, il faut détricoter puis recommencer : les tests dans les écoles, les rentrées, l’école à distance, les capteurs de CO2, les filtres. Est-ce qu’il peut mettre ses idées claires puis arrêter de nous présenter des brouillons puis arriver avec un travail de session complet ? »

— Le porte-parole de Québec solidaire en matière de santé, Vincent Marissal

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