Ski de fond

Dépaysant Cap-Saint-Jacques

La descente n’est pas tellement accentuée, mais les conditions un peu glacées la rendent plus excitante. Ce qui n’aide pas à la concentration du skieur, c’est le très joli panorama qui s’étale devant lui juste au moment où il faut faire un virage un peu serré : les eaux bleu foncé de la rivière des Prairies créent un solide contraste avec le blanc de la neige et le bleu plus pâle du ciel de janvier.

Le skieur réussit quand même son virage et poursuit sa route le long de la rivière, en direction du lac des Deux Montagnes.

Pour le plus grand plaisir des amateurs de plein air, on trouve de plus en plus de pistes de ski de fond dans les grands parcs de Montréal. Le parc-nature du Cap-Saint-Jacques est souvent un des premiers à tracer ses sentiers, notamment parce qu’il est peu accidenté. C’est aussi un des réseaux les moins accessibles : en transport en commun, il faut compter plus d’une heure et demie à partir des quartiers centraux. Une navette a déjà relié le centre-ville de Montréal au parc du Cap-Saint-Jacques, mais la pandémie a interrompu ce précieux service.

Cette inaccessibilité constitue peut-être un des attraits du parc : on s’y sent loin, loin de la ville.

Le parc offre des sentiers de marche, de raquette et de vélo d’hiver, mais c’est surtout le réseau de pistes de ski de fond qui vaut le déplacement. On a le choix entre quatre boucles de longueurs différentes. La piste du lièvre, longue de 10,9 km, permet de suivre les rives de la rivière des Prairies et du lac des Deux Montagnes et de visiter notamment quelques plages. Des panneaux rappellent que la baignade est interdite en raison de la force du courant. Curieusement, en cette saison, personne n’a envie de passer outre à cette interdiction.

La piste traverse une ferme écologique et son parc de machinerie agricole. La petite grange blanche aux accents sarcelle aurait bien besoin d’un coup de pinceau, mais elle demeure quand même bien pittoresque. La faible neige tombée jusqu’ici cette saison vient accentuer les profonds labours d’un grand champ.

La piste fait une petite tournée au sein d’une érablière avant de revenir au bord du lac des Deux Montagnes et de traverser d’autres types de forêts, aux arbres immenses et tourmentés. Des écureuils risquent leur vie en traversant la piste juste devant les skieurs, ou encore en prenant une pause inconsidérée au beau milieu du chemin.

En fait, le skieur a aussi avantage à prendre une pause de temps en temps : en cessant tout mouvement, il perçoit tout à coup les bruits d’une forêt traversée par un fort vent venant du large : les arbres et les branches craquent, grincent, couinent, claquent. Si ce n’était de la franche lumière d’un matin ensoleillé, on se croirait en plein film d’horreur. Le skieur repart pour bientôt n’entendre que le bruit discret du glissement de ses skis sur la neige.

Les autres parcs

Il n’est pas nécessaire de se rendre aux extrémités de l’île de Montréal pour pratiquer le ski de fond. On trouve ainsi des pistes intéressantes dans les parcs des quartiers centraux. C’est ainsi que la Ville de Montréal trace maintenant une jolie piste qui explore tous les recoins du parc La Fontaine, de la statue de Félix Leclerc à celle de Dollard des Ormeaux, en contournant le fameux bassin du parc, en longeant un parc à chiens (certains canidés sont encore peu habitués à voir des skieurs de fond) et une petite patinoire réfrigérée (le mot clé ici est « petite »). Mine de rien, on accomplit 5,2 km sans trop se fatiguer.

On trouve également des pistes de ski de fond dans les parcs-nature du Bois-de-Liesse, du Bois-de-l’Île-Bizard, de l’Île-de-la-Visitation et de la Pointe-aux-Prairies, dans de grands parcs comme les parcs Maisonneuve, Frédéric-Back, Angrignon et Jean-Drapeau, et dans un nombre surprenant de petits parcs de quartier.

L’un des plus beaux réseaux se trouve au sein du parc du Mont-Royal. On y trouve deux pistes pour le pas de patin et des pistes fort intéressantes pour les amateurs de pas classique qui aiment un dénivelé plus conséquent que ce qu’on trouve dans les autres parcs. Les pistes 2 et 4, notamment, sont à sens unique pour éviter des rencontres malencontreuses en plein milieu d’une descente. Les skieurs travaillent fort dans les montées, ils tiennent à se récompenser avec une belle descente aux virages parfois délicats.

Ne marchez pas dans les pistes, svp

Il arrive parfois que les marcheurs (et leurs chiens) endommagent le tracé des pistes. De gros trous dans la neige peuvent se révéler dangereux en avalant une spatule ou en faisant déraper un ski. Rappel amical : la randonnée sera beaucoup plus agréable dans les sentiers appropriés.

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