Courrier

« Le cas de Naomi Osaka »

Une défense parfois nécessaire

M. Pratte, ayant passé ma vie professionnelle à soigner des personnes souffrant de dépression ou de troubles de l’anxiété, j’appuie votre opinion voulant que le repli sur soi est une défense nécessaire de protection contre les situations sociales risquant de rompre un équilibre fragile. Ce n’est pas un manque de volonté ni un acte de mauvaise foi contre le système ou contre la société. Cette barrière est nécessaire pour protéger les acquis dans la lutte contre la tristesse, l’anxiété et les autres émotions négatives inhérentes à la maladie. Cela demande du courage pour admettre en public sa souffrance morale ; vous en savez quelque chose. On doit féliciter et encourager ceux qui ont fait ce geste. Espérons que les organisateurs des grands évènements apprendront ces notions élémentaires de santé mentale et prendront des mesures d’appui plutôt que des mesures punitives à l’égard de ceux qui en souffrent. Comme vous, je souhaite qu’ils ouvrent un dialogue positif avec Mme Osaka et qu’ils retirent les mesures punitives complètement inappropriées dans ce cas-ci. Cela s’applique aussi aux journalistes et aux médias d’information. Cette grande athlète a besoin de bienveillance et d’encouragements pour réussir une carrière qui s’annonce exceptionnelle.

— Jacques Gagnon

L’organisation en faute

Il est vrai qu’Osaka a été malhabile en se lançant seule dans un combat qu’elle ne pouvait gagner. Elle a, de toute évidence, mal évalué son geste. Cela dit, je persiste à croire que l’organisation des Grands Chelems est allée trop loin. Les amendes, ça pouvait aller. La Japonaise s’y attendait, d’ailleurs. Mais menacer de bannir une des grandes vedettes de la WTA, c’était délirant. J’exagère peut-être, mais l’aurait-on fait pour un homme blanc ? On peut se poser la question. Le résultat est navrant. « Est-ce que c’est mieux de voir jouer Naomi Osaka sans qu’elle parle aux médias ou alors ne pas la voir jouer du tout ? », a demandé l’entraîneur des Pélicans de La Nouvelle-Orléans, Stan Van Gundy. Je devine sa réponse et c’est également la mienne.

— Paul Roux, Montréal

Incompréhension, insensibilité

M. Pratte, je suis d’accord avec vous. On ne devrait pas traiter de manière différente les souffrances psychologiques de celles qui sont physiques. Malheureusement, il y a encore beaucoup d’incompréhension, d’insensibilité et même de mépris face aux maladies mentales. Ainsi, on peut s’attirer beaucoup de sympathie en parlant de son cancer, alors qu’il vaut mieux taire sa dépression. Les maladies mentales sont souvent considérées comme un signe de faiblesse et non pas comme des maladies comme les autres. C’est d’autant plus vrai dans les milieux où on valorise la performance. C’est le cas dans le monde du travail en général et encore plus dans les secteurs professionnels où on demande de toujours atteindre et même de dépasser des objectifs de rendement. Imaginez dans le sport de compétition, ça doit être infernal ! Les athlètes de haut niveau sont vus comme des êtres parfaits, presque des machines. Ils peuvent se blesser par accident, mais ne peuvent pas avoir d’états d’âme. Nous vivons dans un monde de plus en plus désincarné et dépourvu d’humanisme. Un monde idéal pour des machines qui n’ont pas de cœur ni d’émotions.

— Anne-Marie Grégoire

Savoir s’entourer

Je ne suis pas d’accord avec M. Pratte. Mme Osaka annonce qu’elle ne participera pas aux conférences de presse si elle est appelée. Ce qui fait partie du métier. Elle est avertie et sanctionnée et se retire. L’athlète qui a des maux de dos et ne peut jouer efficacement va se retirer aussi. Ensuite, Mme Osaka nous informe qu’elle a des souffrances psychologiques… Expliquez-moi pourquoi une athlète de ce niveau qui se paie des nutritionnistes, des entraîneurs, des massothérapeutes, etc., ne peut pas se payer un psychologue pour l’aider comme certains athlètes et équipes sportives le font. Mme Osaka n’a pas su bien s’entourer alors qu’elle en a les moyens. La maladie mentale est le lot de beaucoup de gens et se soigne. Elle devrait mettre cela de l’avant. Elle a très mal géré la situation.

— André Thivierge, Repentigny

Seul le spectacle compte

Je suis complètement d’accord avec vous. Hélas ! on constate une fois de plus que ces décideurs ne sont pas intéressés par les problèmes de santé mentale, mais beaucoup plus par le spectacle que cela apporte en obligeant Mme Osaka à aller en conférence de presse pour se sentir encore plus mal. Quelle tristesse et quel manque de solidarité de la part des autres joueurs.

— Alain Racine

Elle pourrait atteindre le sommet

J’ai joué au tennis pendant 40 ans. C’est vous dire que ce sport et ses athlètes sont d’un grand intérêt pour moi. Mme Osaka est une sérieuse compétitrice qui pourrait atteindre le sommet chez les femmes. Elle a raison de quitter Roland-Garros. Que les grands décideurs de la Women’s Tennis Association (WTA) se ravisent… c’est mon souhait.

— Claudette Letellier

Le beurre et l’argent du beurre

Naomi Osaka est bien contente de profiter de toute cette publicité dans les médias pour engendrer des sommes considérables. Ne s’agit-il pas de deux poids, deux mesures ? Tu ne peux pas avoir le beurre et l’argent du beurre

— Robert Bisson

Un athlète n’est pas un communicateur

Pour une rare fois, j’abonde dans le sens des propos d’André Pratte. Il y a d’excellents joueurs de tennis, de hockey, des athlètes amateurs, des scientifiques qui ne sont pas des communicateurs. Ce n’est pas leur rôle. Si la plongeuse X obtient une note parfaite, pourquoi devrait-elle répondre aux journalistes après sa compétition ? Si les élus sont tenus de rendre des comptes je ne crois pas qu’il en soit de même pour tous. Quand les professionnels de la communication plaquent leurs micros en dessous du nez de Naomi Osaka, ce n’est pas du fair play. Si elle n’est pas à l’aise, qu’il lui soit permis de déléguer son agent ou quelqu’un d’autre. Que les journalistes se forcent un peu pour aller chercher l’information. Qu’on laisse les sportifs, les scientifiques faire ce qu’ils peuvent faire de mieux et qu’on leur foute la paix ! Ils sauront s’entendre avec leurs commanditaires…

— Pierre Racine, Laval

Osaka rebondira

Pour avoir atteint un tel niveau d’excellence dans un sport exigeant comme le tennis, Naomi Osaka a certainement le courage, l’intégrité morale, la résilience et les ressources pour aller chercher l’aide psychologique dont elle a besoin pour traverser cet épisode difficile de sa vie, et trouver les moyens d’assumer les responsabilités publiques liées à son statut de vedette en se prêtant aux questions des journalistes sur ses performances sur les courts. On ne connaît pas vraiment le fond de l’histoire, mais on peut assurément présumer qu’il ne s’agit pas de dépressions récurrentes liées à des choix politiques ou personnels lâches ou controversés qui génèrent une culpabilité, une honte et un déshonneur permanents et difficilement réconciliables avec une saine estime de soi.

— Alain Dupuis

Un parallèle avec Jonathan Drouin

Et le cas de Jonathan Drouin ? Ce joueur de hockey est victime d’une blessure mentale. Incapable de jouer tellement la pression était insupportable, Jonathan soigne ses blessures avec sa famille. Dès que la nouvelle est sortie, Bell qui cause pour la cause s’est empressé de retirer la pub de Jonathan qui tournait en boucle depuis des mois. Simple hasard ? Non… Bell cause pour sa propre cause. Celle de la maladie mentale ? Bell s’en fout. C’est une simple façade pour vendre plus de ses produits. Dommage !

— Normand Briand, Repentigny

Débordements en conférence de presse

Ces conférences de presse ne sont plus réservées aux journalistes sportifs de cette discipline, mais on invite aussi les paparazzis des journaux people. Ces athlètes sont donc bombardés de questions insignifiantes sur tout autre sujet que le match disputé. Comment voulez-vous que ces jeunes athlètes puissent gérer ce type de conférences. C’est une mission impossible. C’est aux associations de mieux gérer ces conférences et de soutenir les athlètes. Ils ont beau être riches et célèbres, on ne peut pas s’attendre à ce qu’ils fournissent des opinions sur tout et n’importe quoi pour faire de la nouvelle à leurs dépens.

— Michel Damphousse

Le début d'un débat

Le débat sur les handicaps invisibles ne fait que commencer. Gardons l’œil et offrons compréhension dans l’année qui va suivre la pandémie. M. Pratte fait preuve de compréhension et de compassion pour expliquer le geste de Naomi Osaka. Tennis Canada a des programmes de soutien et d’aide aux athlètes et on devrait en faire mention. Merci.

— Louise Soyez, Orléans, Ontario

Un mal peu perceptible mais extrêmement douloureux

Vous dressez tout un constat en dévoilant l’incompréhension chronique du monde sur la santé mentale et particulièrement sur l’anxiété. Ce mal peu perceptible pour la plupart n’en est pas moins extrêmement douloureux et pénible, on parle ici de crises de panique qui provoquent entre autres une telle augmentation du rythme cardiaque que les malades se présentent aux urgences des hôpitaux. Cela n’a rien d’anodin, on n’en meurt pas, mais l’anxiété peut être si handicapante qu’elle peut conduire au suicide. Si Osaka, une des premières raquettes mondiales, n’arrive pas à s’extirper de ce monde de préjugés, imaginez le petit travailleur dans son usine. Personne ne peut combattre ces préjugés sans subir des sanctions, ce qui aggrave la condition des malades. Merci de votre sensibilité, M. Pratte, votre dénonciation de ces comportements grossiers en réconfortera plusieurs et aidera j’espère à changer les choses.

— Christian Castonguay

Le prestige avant tout

Bien triste de voir avec quel revers de la main les dirigeants de ces tournois ont plus d’intérêt pour leur prestige que pour le bien être de l’élément principal de l’évènement. J’espère que les associations des joueurs et joueuses de tennis vont se tenir debout.

— Marc Desmarais, Trois-Rivières

Vivre avec la notoriété

Il n’y en a pas de facile, comme disait l’autre. Lorsque tu es au sommet dans ton domaine, il est tout à fait normal que le monde t’observe et analyse tes actions. Cela permet de mieux comprendre les meilleurs, dont Naomi Osaka fait assurément partie.

Si le simple fait de se faire remettre en question la rend anxieuse, peut-être qu’elle n’est pas au bon endroit à pratiquer un sport qui attire les regards de tout ce monde. Elle profite néanmoins de cette notoriété pour soutenir plusieurs causes sociales ou humanitaires.

Comment peut-elle penser pouvoir vivre avec un seul côté de la médaille, soit le plus facile ?

La notoriété, le respect de tes pairs et l’appui des commanditaires impliquent nécessairement de passer souvent devant les caméras. Faire face à la musique n’est pas toujours facile et plaisant, mais je vois difficilement comment une athlète professionnelle peut faire autrement.

Imaginons un instant si la majorité des joueurs et joueuses du top 100 l’imitaient et refusaient de participer aux conférences de presse. La visibilité du sport qui fait vivre tout ce beau monde baisserait grandement… Ça n’arrivera pas, surtout si j’en crois ce que je perçois dans le milieu du tennis : les gens éprouvent du respect pour le geste d’Osaka, pour son courage même, mais très peu se rangent derrière elle, car chacun comprend ce que la position très choyée de vedette d’un sport implique.

M. Pratte, votre question est intéressante, mais la solution est peut-être plus simple que vous ne le pensez. Vous demandez si on imposerait « une amende à une joueuse qui se retire d’un tournoi en raison d’un problème de dos », mais si le problème existe et est connu avant le tournoi et que l’athlète s’y inscrit tout en sachant qu’elle va mal jouer et sans doute se retirer du tournoi, que doit-on faire ? La réalité, c’est que tout athlète doit être capable de jouer et de respecter les règles. Si, pour une raison ou une autre, le joueur ne peut s’y conformer, on va préférer de loin qu’il prenne soin de lui et qu’il revienne ensuite au jeu à 100 % de ses capacités.

Que l’athlète aille chercher l’aide requise, personne ne va le juger, mais il ne faut pas ensuite jouer la carte de ne pas aimer se faire remettre en question sur ses prises de décision ou sur ses faiblesses physiques, cela ne passe aucunement.

— Mathieu Leclerc, Laval

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