Alexander Moroz capitaine

Depuis sa mise à l’eau, il y a eu quatre naissances à bord de l’Aquarius, et chaque fois, Alexander Moroz était aux commandes du bateau. Il se souvient de la première fois : « Le médecin était venu me dire qu’une femme était en train d’accoucher, il était avec moi dans la cabine de pilotage, nous étions nerveux comme deux futurs pères qui attendent un bébé. »

Les parents camerounais ont d’ailleurs prénommé leur garçon… Alex.

Ces naissances, c’est « la face illuminée de la lune », dit le capitaine Moroz. La face sombre, c’est les sauvetages tragiques où on voit les gens mourir et qui changent à jamais votre vision des migrants, dit-il.

« Quand vous regardez la télé, vous ne voyez que le côté négatif des réfugiés. Mais quand vous êtes ici, vous voyez les tragédies humaines. Ces gens ont besoin d’aide. Moi, je suis un marin, et personne ne devrait mourir en mer. »

Alice Gautreau sage-femme pour Médecins sans frontières

Alice Gautreau a son domaine sur l’Aquarius : le « shelter » où dorment les femmes et les enfants. Et auquel aucun homme n’a accès.

Les femmes lui confient leurs problèmes les plus douloureux : violence sexuelle, réseaux de prostitution, fausses couches causées vraisemblablement par leurs conditions de vie éprouvantes.

Et, parfois, il y a des moments de grâce.

« Mon moment préféré, c’est quand je fais écouter aux femmes enceintes le cœur de leur bébé, qu’elles entendent pour la première fois. Le sourire qu’elles ont alors… »

Stéphane Broc’h
coordonnateur adjoint des sauvetages pour SOS Méditerranée

Ce marin breton est resté marqué par des sauvetages en mer dramatiques. Comme cette fois où il a dû donner un massage cardiaque dans le canot de sauvetage, par un temps exécrable. Ou encore la fois où, pendant un transfert de rescapés, il s’est retrouvé avec un bébé dans les bras, au milieu de vagues de deux ou trois mètres.

« C’était comme un décor de film d’horreur, j’entendais craquer les entrailles du bateau, et j’avais cette vie entre les mains. »

Ces évènements lui ont fait réaliser à quel point la vie peut tenir à peu de choses.

Le marin de 33 ans ne comprend pas la réaction de ses compatriotes européens dans ce drame. « L’Europe tourne le dos à ces gens, mais c’est un déni de notre propre histoire, durant laquelle nous avons tous été des migrants. »

Après avoir secouru des centaines d’entre eux, Stéphane Broc’h ne doute pas un instant que dans leur situation, il aurait fait comme eux.

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