L’équipe n’a pas renvoyé l’ascenseur à l’entraîneur

Boston — C’est un Martin St-Louis pimpant qui s’était présenté aux médias samedi midi dans le hall concentrique d’un hôtel luxueux du centre-ville.

Son regard s’est illuminé quand il a évoqué la possibilité de « faire quelque chose que personne n’a encore fait cette année », soit battre les Bruins au TD Garden en 60 minutes.

Il s’est de nouveau animé en se portant à la défense de Brendan Gallagher, qu’il avait critiqué après la défaite de jeudi. « Comme entraîneur, tu dois faire attention de ne pas trop retenir les gars, sinon, vas-tu avoir assez de compétition ? »

« C’est un samedi à Boston, il y aura de l’émotion, mais il faut être un thermostat, pas un thermomètre. »

— Martin St-Louis, avant le match de samedi soir

Dix heures plus tard, son équipe a répondu avec possiblement son pire effort, en matière d’engagement, cette saison. Oubliez le thermostat ou le thermomètre ; ça ressemblait plus à un climatiseur. En chiffres, ça s’est réglé sur un score de 5-2 pour Boston. Et en mots ?

« On était lents sur la rondelle toute la soirée », selon le capitaine, Nick Suzuki.

Mais encore, Mike Matheson ? « Leur vie était beaucoup trop facile. Ils avaient beaucoup plus de temps que nous quand ils avaient la rondelle. »

Et St-Louis a planté le dernier « clou dans le sundae », pour citer un loustic de la section des Sports de La Presse. « J’ai trouvé qu’on était mous », a laissé tomber l’entraîneur-chef.

St-Louis va parfois analyser – publiquement, entendons-nous – certains résultats avec des lunettes roses, mais samedi n’était pas un de ces soirs. Un coach peut critiquer son équipe de plusieurs façons, mais la qualifier de « molle » – soft en anglais – fait partie de ces mots presque tabous au hockey, car ils remettent en question l’implication des joueurs. En regardant jouer le CH en ce samedi soir qui devait être fort en émotion, on tombe vite d’accord avec le constat du coach.

De Gustav Lindström avec ses passes molles, presque dans son propre but, en début de match, à la défense passive de Juraj Slafkovsky après qu’il eut commis un revirement, sur le quatrième but des Bruins, les exemples foisonnaient.

C’est sans compter toutes ces séquences où les joueurs des Bruins avaient de l’espace comme un receveur du côté éloigné sur un terrain de football canadien. Les deuxième et troisième buts en étaient des démonstrations éloquentes.

« La ligne est mince entre être trop prudent et se faire brûler, a constaté Johnathan Kovacevic. Quand j’ai été puni et que ça leur a donné un trois contre cinq, c’est parce que j’ai été trop agressif à la ligne bleue. Il faut parfois apprendre à battre en retraite si on n’est pas là. Mais les statistiques en disent long sur le succès que tu peux connaître si tu réussis des entrées de territoire en contrôle de rondelle. »

« On leur a donné beaucoup trop de respect, dans les batailles à un contre un, les mises en échec, les batailles pour la rondelle. On était mous ce soir », a répété St-Louis.

Dure semaine

Mine de rien, le Canadien conclut la semaine avec quatre défaites en quatre matchs, dont ses deux pires performances de la jeune saison, jeudi et samedi, selon les indicateurs de Natural Stat Trick.

En possession de rondelle, le Canadien n’a contrôlé que 35 et 32 % des tentatives de tirs à cinq contre cinq dans ces deux matchs. Autrement dit, l’adversaire passait deux fois plus de temps en zone du CH que dans sa propre zone, ce qui ressemble assez au constat que l’on faisait à vue de nez. Au ratio de chances de marquer, c’était 22 % jeudi, 37 % samedi. Dans les deux derniers matchs, les Montréalais ont obtenu 13 chances de marquer et en ont accordé 33.

On rappelle que cette semaine s’était amorcée au lendemain d’une éclatante victoire face à ces mêmes Bruins le samedi précédent.

« On ne s’attend pas à être parfaits, mais je m’attends à ce qu’on ait des standards, a témoigné Jake Allen. On sait où est notre standard, on doit y retourner. »

Il appert que les deux derniers revers de la semaine ont été enregistrés contre les deux meilleures équipes de la LNH. « C’est le niveau qu’on veut atteindre, a admis Matheson, au sujet des Golden Knights et des Bruins. Des fois, ça ne fait pas du bien, mais tu as besoin, comme on dit en anglais, d’un good smack in the face et tu réponds. »

Une bonne claque au visage. N’était-ce pas l’impression qui était ressortie de la défaite du début du mois en Arizona, qui suivait le match à Vegas ? De combien de claques au visage auront-ils besoin pour, au moins, être plus rudes à affronter ?

Dans le détail

Trio d’observations sur le match entre les Bruins de Boston et le Canadien

Nouvelles combinaisons, en vain

Est-ce un message des dieux du hockey ? La première fois que Martin St-Louis avait osé démanteler le trio des « cheveux gris », le Wild du Minnesota avait corrigé le Canadien 5-2. L’entraîneur-chef a de nouveau défait l’unité formée de Sean Monahan, Tanner Pearson et Brendan Gallagher, samedi, et le résultat a été – littéralement – le même : 5-2. Monahan a peiné, Gallagher a très mal paru sur le troisième but des Bruins et Pearson a été invisible. S’il y a une consolation pour l’entraîneur-chef, c’est que le premier trio s’en est bien tiré. Alex Newhook, en particulier, a paru revigoré en retrouvant Cole Caufield et Nick Suzuki. Il a réussi quelques bonnes séquences en échec avant, dont une qui a mené au but de Juraj Slafkovsky.

Quand Frederic dérange

Si jamais le Canadien et les Bruins finissent par se revoir en séries, un jour, certainement pas demain, les partisans montréalais risquent de trouver un nouvel ennemi en Trent Frederic. Ce choix tardif de 1er tour (29e au total) continue son éclosion amorcée l’an dernier. Avec deux buts dans la victoire, il a porté sa fiche à 7 points (5 buts, 2 passes) en 16 sorties cette saison. Sur son deuxième but, il a montré une force d’accélération impressionnante pour un colosse de 6 pi 3 et 220 lb. Frederic a aussi dérangé le CH par sa présence physique, si bien qu’en fin de deuxième période, il s’est offert une séance de jacassage avec Juraj Slafkovsky, au point que Nick Suzuki puis Johnathan Kovacevic ont dû venir s’interposer. À 25 ans, Frederic pourrait déranger le Tricolore encore longtemps.

Pauvres parents

Décidément, les voyages des pères et des mères ne vont pas au groupe actuel du Canadien. L’an dernier, avec les mères dans l’aréna et l’avion, le Tricolore avait subi des bastonnades de 9-2 à Washington et de 6-3 à Nashville. Cette fois, les pères ont assisté à ce revers sans appel à Boston, de même qu’à une défaite de 6-5 contre Vegas, mais au cours de laquelle l’équipe a été dominée outrageusement. « Ils ont tellement fait beaucoup pour nous dans notre vie. Ç’aurait été le fun de leur montrer un effort plus élevé et de meilleurs résultats », a regretté Mike Matheson.

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