Chronique

P’tit mardi, grosse déprime

Il fallait avoir : a) un moral d’acier, b) des nerfs en titane et c) une boîte de papiers-mouchoirs bien remplie pour s’enfiler, mardi soir, les finales saisonnières de L’heure bleue à TVA et de Toute la vie à Radio-Canada.

Bien sûr, les auteurs de ces deux téléromans n’ont pas comploté pour nous offrir des conclusions déchirantes, qui ont fendu nos cœurs déjà fragiles en ces temps d’incertitude. En même temps, il n’y a rien comme une grosse séance de pleurs pour se nettoyer l’intérieur et évacuer le méchant. Une sorte de « backwash » de piscine, mais pour le corps humain.

Commençons par L’heure bleue, qui reprendra les ondes, en théorie, à la rentrée d’automne pour une dernière demi-saison. Quelle scène bouleversante que celle où le jeune papa Thomas (excellent Alex Godbout), en proie à un épisode de détresse psychologique, songeait à sauter dans un cours d’eau avec son bébé Charlot dans les bras.

Avec la pièce De la noirceur naît la beauté, interprétée par Les sœurs Boulay, c’était impossible de garder les yeux secs devant le téléviseur. L’effondrement de la jeune maman Clara (très juste Alice Morel-Michaud) a été tout aussi crève-cœur. Divulgâcheur : le joufflu Charlot se porte bien, Thomas ayant renoncé à son plan meurtrier.

Les auteurs Anne Boyer et Michel d’Astous, chavirés par l’affaire Guy Turcotte, ont confié avoir écrit cette intrigue en pensant aux gestes horribles du cardiologue qui a assassiné ses deux enfants, Olivier et Anne-Sophie, en février 2009. Ce n’est pas un hasard si l’une des héroïnes de L’heure bleue s’appelle Anne-Sophie (Céline Bonnier), en hommage à la fillette tuée.

Alors que l’on s’attendait à un répit émotif, un autre drame nous attendait dans le détour, c’est le cas de le dire. 

Suicidaire, Thomas s’est jeté devant un camion et n’a pas survécu à ses blessures. Encore une fois, la séquence où son père François (Yves Soutière) a encaissé la nouvelle avait de quoi ébranler. Partez ici la chanson Dans tes bras, composée spécifiquement par Ingrid St-Pierre pour L’heure bleue, et épongez vos larmes (bis).

L’heure bleue est vraiment le meilleur téléroman de TVA. Même si elle a repris avec Alain (Bernard Fortin) et qu’elle prépare son déménagement à Londres, il faut que Véronique (Pascale Bussières) reste dans la distribution. J’adore ce personnage ensorcelant qui souffle le chaud et le froid, qui embobine tout le monde et qui a enfin montré ses vraies couleurs (laides, disons-le).

Cette femme brillante utilise les gens et les jette après usage, pour paraphraser son ex-mari Bernard (Benoît Gouin). Véronique a fui sa propre maison en pleine nuit, comme une voleuse, pour éviter de croiser son fils Raphaël (Jean-Philippe Perras), avec qui elle s’apprêtait à ouvrir un bar à vin à Cowansville. Quelle lâcheté.

Maintenant, du côté de Toute la vie, la scénariste Danielle Trottier nous a cruellement abandonnés sur un punch immense : le bébé d’Anaïs (Cassandra Latreille) a-t-il survécu aux complications liées à son accouchement prématuré ?

Difficile de lire sur le visage du papa Tommy (Thomas Delorme) s’il s’agissait d’une bonne ou d’une mauvaise nouvelle. Le nouveau-né ne respirait plus et ne répondait pas aux manœuvres de réanimation.

La suite ? Quelque part cet automne, quand la pandémie n’existera que dans nos souvenirs.

Également, l’histoire de Jolène (Alison Carrier) se destinait à une fin tragique. Embarquée dans un réseau de prostitution juvénile par le gardien de nuit (Vincent Fafard) de l’école Marie-Labrecque, Jolène a fini par tomber sur un homme à l’équilibre psychologique précaire, Vincent (Sébastien René). Quel personnage étrange, et pas seulement en raison de son œil voilé. Une source constante de malaises et d’inconfort.

Bref, quand Vincent a lu les textos envoyés par Vic (Charlotte Aubin) à Jolène, il a senti sa belle lui glisser entre les doigts. Un peu à la manière de Thomas de L’heure bleue, qui a surpris Clara en train d’embrasser Gabriel (Brad Gros-Louis).

Pas évident à visionner, cette séquence où Vincent le perturbé a entraîné Jolène dans la mort, la porte du garage fermée. Même chose pour les funérailles qui ont suivi. Épargnez-nous un peu, Seigneur !

Maintenant, pourquoi les parents de Tina (Hélène Bourgeois Leclerc) se décarcassent-ils autant pour l’empêcher de renouer avec sa mère biologique ? C’est un enjeu majeur, au point que la mère adoptive (Dorothée Berryman) a quitté le domicile familial tellement les démarches de Tina la chamboulent. Qui est donc cette mère biologique mystérieuse, qui a accouché de Tina à l’âge qu’ont les résidantes de Marie-Labrecque ?

Dernière question, en terminant. On l’aime ou on se méfie du mécène Thierry (Patrice Robitaille) ? Moi, je l’ouvre, l’œil (et il n’est pas obstrué comme celui de feu Vincent).

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