entre deux draps, de Mathieu Pepper

Entre deux prises

Quatre couples, deux colocs. Tous d’âges et de milieux différents, issus de l’imagination de l’humoriste Matthieu Pepper. Dès janvier sur Noovo, Entre deux draps naviguera de maison en appartement, portant différents regards sur la vie à deux.

C’est une première pour Matthieu Pepper, grisé par les 16 heures de travail par jour, lui qui s’est retrouvé à porter plusieurs casquettes, « du casting jusqu’au choix des décors et aux textes ».

« On m’a débloqué un poste de conseiller à la scénarisation, ce qui fait que je suis là à tous les tournages. Ça n’existe pas ici autant qu’on le pense, mais beaucoup aux États-Unis. Je voyais ça dans des documentaires sur les tournages de Friends et j’avais envie de faire ça. »

Avec la comédie Contre-offre, qui entrera aussi en ondes cet hiver, Entre deux draps subit une certaine pression, celle de marquer le retour de la fiction à cette antenne, en plus de servir de carte de visite pour une vente du format à l’international.

« Je n’avais jamais joué de premier rôle. J’ai demandé à l’équipe de ne pas m’épargner. Je sais de quoi peut avoir l’air quelqu’un qui s’écrit un rôle à la télé. Du moment que je suis off, dites-le-moi ! », confie humblement l’humoriste, qui joue Thomas, coloc de Valaire, incarné par Fayolle Jean Jr.

Coloc obligé, disons-le. Quand Thomas se fait larguer par sa blonde et déménage dans un demi-sous-sol de Québec, son ami de longue date Valaire s’impose. « Il est tout le temps là, il prend sa chambre, il essaie son linge, il n’a pas de limites. Mais c’est profondément un bon gars », raconte Matthieu Pepper. Fayolle Jean Jr et lui étaient le seul duo à ne pas former une bulle dans la vraie vie, comme les autres couples.

En contexte de COVID-19, on a vu plusieurs productions engager des acteurs déjà en couple pour faciliter les rapprochements, comme District 31, L’échappée et Les pays d’en haut. Cette solution un peu forcée pourrait-elle être maintenue après la pandémie ? « Je ne voudrais jamais que ça devienne un must », répond Matthieu Pepper, qui n’aimerait pas s’empêcher de séparer un couple, dans la fiction bien sûr. Le procédé a toutefois nécessité quelques précautions.

« On a dû faire attention pour que le public comprenne bien qu’on ne raconte pas leur vraie histoire, que ce n’est pas leur intimité. Les acteurs voulaient s’assurer qu’on ne garde pas leurs vrais noms. »

— Matthieu Pepper, humoriste et idéateur de la série Entre deux draps

Par contre, le réalisateur François St-Amant remarque que le recours aux vrais couples d’acteurs a facilité bien des choses, notamment pour l’apprentissage des textes, sur l’oreiller plutôt que sur Skype. « Je travaille avec ma blonde, mais ce n’est pas tout le monde qui aime ça. Quand Pier-Luc Funk, avec qui j’ai travaillé sur MED, a su que ce serait avec sa blonde [Virginie Ranger-Beauregard], il était vraiment content. Même réaction pour François Papineau et Bénédicte Décary. Karine Gonthier-Hyndman et Guillaume Girard, qui ne forment plus un couple, mais sont restés de super amis, ont dit : “Let’s go, on embarque.” »

Matthieu Pepper, qui s’est entouré d’une équipe d’auteurs et du script-éditeur François Avard, croit que le public se reconnaîtra dans les situations d’Entre deux draps. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a opté pour un jeu très réaliste, loin de la caricature ou du sketch burlesque.

« Marco, Virginie et Florence, ça va parler à beaucoup au monde. Ma sœur, qui a des enfants, a vécu ces situations-là dix fois. Je résumerais ça par la beauté dans la complexité. Des fois, on se dit : “Voyons, y se pognent ! Y s’aiment-tu ?” Oui ! Parce que les gens se pognent et s’aiment quand même. »

Les 10 demi-heures d’Entre deux draps seront diffusées à partir du mercredi 13 janvier à 19 h 30, un peu tôt pour les sujets trop crus. « Il n’y a rien d’explicite, on ne voit pas de seins, mais on voit mes fesses ! », révèle Matthieu Pepper, à quelques heures du tournage de sa première scène de nu. « Je suis favorable à ce qu’on parle ouvertement de sexualité, parce que ça existe. J’aime beaucoup les quiproquos en sexualité. »

Alors que Thomas et Valaire vivent à Québec, les autres duos proviennent de Boucherville, Trois-Rivières et Montréal, même si tout est tourné en studio dans la métropole.

« On se reconnaît beaucoup là-dedans. En lisant des scénarios, je me suis reconnu et j’ai reconnu des amis. »

— Fayolle Jean Jr

« Il ne veut pas trop que son chum soit en couple, il veut le garder pour lui », explique Fayolle Jean Jr, qui aime beaucoup la dynamique entre Thomas et Valaire. L’acteur, qu’on a vu dans Escouade 99 plus tôt cette saison, s’est beaucoup promené sur différents plateaux en 2020, dont ceux de La tour, Jenny et L’effet secondaire, tous régis par des règles sanitaires très strictes.

« Je m’estime très chanceux de pratiquer le métier que j’aime, alors on s’en accommode », affirme le comédien, qui n’a jamais croisé les acteurs des autres duos, puisque toutes leurs scènes ont été tournées en blocs séparés.

Avec Entre deux draps, il apprécie la liberté que permet la comédie, jusqu’à pouvoir improviser. Cette liberté, le réalisateur François St-Amant y tient beaucoup, lui qui aime poser sa signature sur chacun de ses projets, que ce soit LOL : -), MED, Les magnifiques ou les deux Bye bye qu’il a coréalisés avec Simon Olivier Fecteau.

« Je suis assez fatigant là-dessus. Quand un producteur m’approche, j’embarque à condition de pouvoir jouer dans le contenu. Je ne veux pas juste shooter des textes auxquels je ne touche pas. Dans ce cas-ci, Matthieu m’a montré une belle ouverture et on donne le ton ensemble. »

Colocs dans la vie, Antoine Pilon et Simon Pigeon incarneront à l’écran un couple gai alors qu’ils sont hétéros en réalité. Un choix qui s’est imposé, même si la production avait reçu des propositions de vrais couples gais. « La réponse est super bonne, on tombe zéro dans le cliché. Leur orientation sexuelle ne devient pas l’enjeu central, on ne traite presque pas de leur relation. »

François St-Amant précise qu’Entre deux draps se trouve « à mi-chemin entre le sketch pur et la série. Ce n’est pas la grosse joke grasse ». Entre deux rires, il sera permis d’aborder des sujets plus sérieux et de s’émouvoir, même si la série n’est pas le portrait d’une génération.

« Par exemple, ça nous tentait de parler du consentement sans être moralisateurs. C’est le sketch qu’on a le plus travaillé parce que c’est un sujet sensible. L’angle qu’on a trouvé, c’est que même en couple, le consentement existe. »

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