PME innovation

Des contenants réutilisables suivis à la trace

L’innovation

Le client les emprunte comme un livre à la bibliothèque. Les contenants de mets à emporter en plastique de Bo sont munis d’un code QR qui les rend traçables. Grâce à une application web, ils sont inscrits au compte du consommateur, puis déduits lorsque celui-ci les rapporte à un des points de récupération. L’emprunt est gratuit pour le client. Les contenants sont remis dans le circuit après avoir été lavés – jusqu’à 1000 fois – dans l’entreprise jumelle de Bo, LavaBo. Résultat : 1000 fois moins de déchets.

Qui

Titulaire d’un bac en marketing, Mishel Wong travaillait pour une entreprise de distribution de détergents et de lave-vaisselle industriels pour les restaurants quand la pandémie a placé tout le marché au congélateur. La prolifération des services de plats à emporter l’a incitée à ajouter les contenants à usage unique à son offre.

L’initiative a vite nourri chez elle un questionnement teinté d’inquiétude : combien de contenants de plastique prenaient ainsi le chemin de la poubelle ?

« Chaque semaine, c’était moi qui faisais les commandes, et je voyais les contenants qui s’empilaient jusqu’au plafond dans l’entrepôt. Ils allaient contenir des aliments pendant quelques minutes avant d’être jetés. Je me suis dit : notre compagnie vend des produits de lavage, pourquoi ne pas les laver et les réutiliser plusieurs fois ? Tadam ! L’idée de Bo est née comme ça. J’ai lancé ma propre compagnie. »

— Mishel Wong, présidente et fondatrice de Bo

Le système

Mais il fallait encore mettre au point la recette.

« Après dix ans dans cette industrie alimentaire, j’ai des contacts », dit-elle.

Une application web a été mise au point par trois consultants et deux développeurs engagés à temps plein par Bo.

Le principe consiste à proposer aux restaurants et leurs clients un service de prêt et retour de contenants sans frais à la manière des bibliothèques, « pour éviter la consigne », explique Mishel Wong. « Une consigne de cinq ou six dollars, surtout ces jours-ci avec l’augmentation des prix, ça risquait d’être intimidant pour les consommateurs. »

Le code QR du contenant est numérisé au restaurant pour être associé au code d’utilisateur du consommateur inscrit sur la plateforme.

L’emprunt est gratuit pour celui-ci, pourvu qu’il rapporte le contenant à un des 20 points de récupération dans un délai de 14 jours.

L’entrepreneure a trouvé aux États-Unis des contenants en polypropylène qui résistent aux micro-ondes, à la congélation, au lave-vaisselle industriel et qui peuvent subir jusqu’à 1000 cycles d’utilisation avant d’être envoyés au recyclage.

« Je savais que ça prendrait du temps pour avoir assez de volume pour que ce soit rentable. J’ai créé une autre division, appelée LavaBo, qui fait le lavage pour les entreprises qui veulent offrir le produit réutilisable, mais ne veulent pas investir pour bâtir leur propre plonge. »

— Mishel Wong, présidente et fondatrice de Bo

Une chaîne de lavage a été installée dans l’entrepôt de Bo, à Dollard-des-Ormeaux.

Laisser une impression durable

Encore fallait-il que le code QR apposé sur le contenant résiste à 1000 lavages. Les étiquettes encollées que l’entreprise a testées ne tenaient pas suffisamment longtemps. Or, si l’étiquette est perdue, la traçabilité l’est aussi.

Avec ses partenaires, l’entreprise a mis au point une technique d’impression durable sur ses contenants de plastique, « presque comme une impression 3D », décrit-elle.

Un bilan net

« Ce qui est difficile, pour une start-up, c’est que tu ne peux pas vraiment avoir de financement sans chiffres, mais il est difficile d’avoir des chiffres sans investissement initial », explique Mishel Wong.

Afin d’inscrire des chiffres à son bilan, elle a conclu un partenariat avec les Fermes Lufa pour remplacer ses boîtes de carton par des bacs réutilisables. « C’est plus de 1000 unités par jour qu’on nettoie chez LavaBo pour eux et qui ne vont pas aux déchets. C’est ce type de contrat qui nous a donné assez de revenus pour que les gens clés, dans les comités qui analysent les dossiers, nous portent de l’intérêt. »

À la fin de décembre, Bo a obtenu un financement de 650 000 $ auprès de PME MTL Ouest-de-l’Île et de la BDC, « contre toute attente pour une entreprise en démarrage, surtout dans le marché technologique d’aujourd’hui ! », se réjouit l’entrepreneure.

L’entreprise emploie maintenant 16 personnes, réparties entre son service de marketing, l’équipe de développement technologique et l’entrepôt où s’effectuent l’impression et le lavage.

Depuis son lancement en novembre 2021, Bo a réuni une trentaine de commerces montréalais, autour desquels quelque 350 consommateurs ont effectué plus de 3000 emprunts. L’entreprise compte environ 30 000 contenants en circulation, en cinq formats.

L’avenir

L’entreprise a repéré d’autres secteurs qui avaient des besoins similaires. Certains traiteurs qui vendent des plats à réchauffer au four à la maison souhaitaient avoir des contenants réutilisables et traçables en acier inoxydable. « Ça va être une autre gamme de produits Bo », annonce Mishel Wong.

L’interdiction de plusieurs articles de plastique à usage unique dans les restaurants et commerces alimentaires montréalais, qui entrera en vigueur le 28 mars prochain, ouvre un marché potentiel pour des gobelets à café réutilisables et lavables. « On a commencé à faire le design d’une tasse en plastique transparent qui sera fabriquée sur la Rive-Sud », confie-t-elle.

Bo a établi des liens avec des cafétérias scolaires et certaines résidences pour aînés qui utilisent des contenants en styromousse. « On fait des tests avec tous ces joueurs pour développer une solution ciblée pour chaque marché. »

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