Voici pourquoi Jan Mysak a été un vol au 48e rang

Pour plusieurs jeunes joueurs de hockey, faire le saut dans la Ligue canadienne de hockey représente le seul changement majeur de leur vie jusque-là.

Non seulement s’agit-il de la plus importante marche à gravir avant d’atteindre la LNH, mais cela implique aussi une nouvelle équipe, un nouvel entraîneur, de nouvelles tactiques et, bien souvent, une nouvelle ville.

Maintenant, imaginez-vous les défis supplémentaires que doit relever un joueur qui ne vient pas d’une autre ville ou province, mais plutôt d’un continent différent.

Dans le cas de nombreux étrangers tel que Jan Mysak, le 48e choix au total du Repêchage 2020, il faut tenir compte du facteur de difficulté plus élevé qu’implique cette décision de faire le grand saut.

Mysak a déjà eu à faire face à tous ces changements dans sa vie de joueur de hockey, ce qui inclut sa traversée de l’Atlantique pour s’enrôler au sein des Bulldogs de Hamilton, où il a dû s’ajuster à un nouveau pays, une nouvelle langue, une nouvelle culture, de nouveaux mets et un nombre incalculable de nouveaux visages qui l’ont constamment bombardé d’importants conseils.

Pour certains, cette situation pourrait être accablante, mais Mysak a plutôt foncé tête première, tentant de mener à bon port sa quête de perfectionnement, dès qu’il en avait l’occasion.

« Il est unique », affirme le président et directeur général des Bulldogs, Steve Staios. « C’est un jeune homme intelligent qui a une vision positive de la vie.

« La première chose qui est ressortie chez Jan, c’est à quel point il était professionnel dès son arrivée parmi nous. Il s’est présenté avec un focus incroyable et il était très assidu, pas seulement dans sa préparation sur glace, mais aussi hors glace, ce qui est très impressionnant. Il tentait vraiment de comprendre ce que les entraîneurs espéraient de lui, particulièrement lorsqu’il n’était pas en possession de la rondelle. »

Staios explique que, en majorité, les jeunes joueurs se préoccupent de leurs buts et de leurs points, ce qui a du sens. Il s’agit de la meilleure manière de faire parler d’eux, surtout lors de leur année de repêchage.

Malgré l’instinct offensif inné de Mysak, ses priorités étaient un peu différentes de celles des autres, bien qu’il se soit joint aux Bulldogs au jeune âge de 17 ans.

Il voulait apprendre et voulait le faire rapidement, mais pas pour son bien personnel.

La série de questions qu’il a posées au personnel d’entraîneurs démontre à quel point l’équipe passe avant tout, à ses yeux.

« Quel est notre système ? »

« Où dois-je me positionner lorsque nous n’avons pas la rondelle ? »

« Comment puis-je aider l’équipe à gagner ? »

« Il s’est parfaitement adapté en raison de sa personnalité contagieuse à l’intérieur et à l’extérieur du vestiaire, explique Staios. Il est de ces joueurs qui sont vraiment contents pour leurs coéquipiers lorsque ceux-ci jouent bien. Il est vraiment content pour l’équipe lorsqu’elle connaît du succès. C’est un jeune homme altruiste. »

Bien que sa force de caractère soit assurément un facteur important expliquant sa sélection par les Canadiens, il ne s’agit pas de la seule raison, loin de là.

Ses 15 buts et 10 mentions d’aide obtenus en seulement 22 matchs avec les Bulldogs en 2019-2020 ont permis à Mysak de devenir non seulement une menace à l’attaque, mais aussi un joueur très talentueux, qui peut avoir un impact sur le match dans toutes les zones.

« Son sens du hockey, dit Staios. Son intelligence et à quel point il est un joueur complet à un si jeune âge, c’est très excitant. En plus, il est très talentueux. Il peut aller vite et a un très bon tir. Si vous demandez à Jan pourquoi il était à ce point intéressé à venir à Hamilton, il vous répondra qu’il voulait savoir comment jouer dans les espaces restreints. »

Bien qu’il ne soit pas le premier joueur à arriver d’Europe avec l’intention de s’ajuster rapidement au style de jeu nord-américain, cela ajoute un autre élément au caractère déjà impressionnant de Mysak : un désir inné de s’améliorer.

Les Bulldogs font des arrangements spéciaux pour les joueurs étrangers, afin de les aider à rendre leur transition la plus confortable possible, mais Mysak a rapidement soulevé un problème avec sa famille d’accueil.

La famille, comme la majorité de celles de la Ligue canadienne de hockey, était excellente. Mais la situation de covoiturage s’est avérée problématique alors que Mysak se présentait à l’aréna seulement une heure avant le début de la séance d’entraînement.

Une heure, c’est suffisant pour la plupart des joueurs, mais pas pour Mysak.

« Après une semaine, Jan m’a appelé et m’a demandé s’il y avait une façon pour lui d’arriver plus tôt à la patinoire », dit Staios.

Ce temps de glace supplémentaire a permis à Mysak de faire l’intégralité de sa routine avant les entraînements, un autre indice qui laisse croire qu’il prend son séjour en Amérique du Nord plus qu’au sérieux. Il tente d’être le meilleur joueur possible, sur la patinoire comme à l’extérieur.

Mysak a excellé à Hamilton. Sa venue dans la ville de l’acier n’était toutefois pas sa première visite en Amérique du Nord.

En fait, Mysak avait déjà visité son potentiel futur domicile dans la LNH avec un ancien défenseur des Canadiens qui connaît très bien les défis de se joindre à une nouvelle ligue à un très jeune âge.

Petr Svoboda est le plus jeune défenseur des Canadiens à avoir fait le saut dans la LNH. C’était en 1984 et il n’avait que 18 ans. Bien que ses débuts eurent lieu 18 ans avant la naissance de Mysak, Svoboda, qui a évolué pour la même équipe mineure que Mysak, joue aussi au tennis contre le père de Mysak.

Svoboda a fait visiter Montréal à Mysak, pas pour un tournoi de hockey, mais plutôt pour lui donner un aperçu de la ville qui lui a permis de débuter une carrière de plus de 1000 matchs.

« Il m’a montré la ville, dit Mysak avec un grand sourire. Bien évidemment, il m’a parlé de l’aréna et de tout ce qui concerne Montréal. »

Ils étaient pourtant loin de se douter que la boucle serait bouclée avec la sélection de Mysak par les Canadiens.

Malgré l’aide de Svoboda, le rêve de Mysak d’éventuellement jouer dans la LNH ne serait pas devenu possible sans son engagement à quitter ses racines et la seule ville dans laquelle il avait habité pour déménager vers l’inconnu.

« Lorsque j’ai joué contre le Canada au Championnat du monde junior, ils nous ont battus 7 à 2, raconte Mysak. J’ai vu les joueurs de la LHO, de la LHOu et de la LHJMQ, et je me suis dit que d’y aller me permettrait de progresser. Mon rêve est de jouer dans la LNH. C’était un pas dans la bonne direction et une bonne décision. »

Bien que son temps passé en Amérique du Nord ait été subitement écourté, Staios croit que le court passage de Mysak à Hamilton la saison dernière a influencé la décision des Canadiens.

« Je pense que plusieurs n’ont pas eu assez de temps pour le voir jouer à Hamilton, affirme Staios. En toute honnêteté, je pense que les Canadiens de Montréal ne regretteront pas de l’avoir choisi à ce rang. »

« Il progressait à un rythme impressionnant. Il était sur le point d’exploser à ce moment-là. »

Un talent indéniable, une approche modeste et un désir sans fin de s’améliorer sont trois éléments qui décrivent le choix de deuxième tour des Canadiens. En voici un dernier : son affabilité.

Au même titre que son talent, qui lui permet de se démarquer sur la patinoire, sa personnalité énergétique ressort immédiatement lorsqu’il parle de son amour pour ce sport et de l’excitation qui s’est emparée de lui lorsqu’il a été choisi par les Canadiens.

Il y a tant à aimer chez Jan Mysak, et cela va bien au-delà de ses prouesses sur la patinoire.

Marc Dumont, collaboration spéciale traduite par François Lafleur

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