Jeff Petry

À Montréal sans sa famille

C’était la deuxième réponse du point de presse de fin de saison d’Eric Staal.

« En ce moment, mon avenir, c’est de rentrer à la maison et être un père, un mari. Ça fait six mois que je n’ai pas vu ma famille. Je n’ai jamais fait ça. J’ai hâte d’être à la maison avec eux. Je devrai décompresser. On a des décisions à prendre en famille. Ce n’est pas seulement ce que je veux, c’est aussi ce qui a du sens pour ma femme et mes gars. »

C’était le 9 juillet dernier. Deux jours plus tôt, le Canadien avait vu le Lightning de Tampa Bay soulever la Coupe Stanley à l’Amalie Arena. La déception était forte pour les joueurs, mais pour Staal, il y avait cette consolation : un retour avec ses proches. Sa famille était restée au Minnesota toute la saison pendant que lui jouait à Buffalo, puis à Montréal.

Ce qui nous ramène à aujourd’hui. Jeff Petry ne sera peut-être pas six mois sans voir les siens, mais il pourrait vivre sa vie de famille à distance pendant quatre mois.

Sur Instagram, sa conjointe a en effet annoncé qu’elle et leurs trois enfants resteraient au Michigan d’ici la fin de la saison. Pour l’heure, le dernier match de la campagne est prévu le 29 avril, mais qui sait si les nombreux matchs à reprendre ne forceront pas la LNH à étirer le calendrier ?

« Nous espérons un retour à la normale à l’automne, mais en ce moment, je suis simplement reconnaissante que nous ayons l’option de rester ici, où nos garçons auront un mode de vie plus “normal” [les guillemets étaient dans sa publication] et sain, tout en étant plus proches de notre famille », a écrit Julie Petry.

C’est évidemment le genre de décision qu’un père de famille ne prend pas à la légère, comme on l’a vu avec Staal. Ce dernier est canadien, cela dit, mais le fait est que sa famille est établie aux États-Unis et qu’en temps de pandémie, le va-et-vient de part et d’autre de la frontière peut compliquer les choses. Tout comme les différentes restrictions locales.

« Chaque situation est unique, a rappelé Petry. Il y a des célibataires, des gars qui ont une famille, qui ont des enfants à l’école ou qui ne vont pas encore à l’école. Notre famille a pris une décision difficile, mais qu’on pensait être la meilleure pour les enfants et ma femme. Ce n’est pas une décision facile, mais on se sentait à notre aise de la prendre. »

Cela dit, Staal écoulait sa dernière année de contrat. Il se pliait donc aux sacrifices en sachant très bien qu’il serait libre de ses décisions au terme de la saison. La situation de Petry est plus complexe, car le défenseur est lié au Tricolore pour trois autres saisons, avec un contrat d’une valeur annuelle moyenne de 6,25 millions de dollars. Considérant sa baisse de rendement, il n’apparaît pas exactement comme un candidat à une transaction.

Une situation à suivre dans les prochaines semaines…

Faire le vide

S’il y en a un pour qui la pause dans le calendrier du Canadien est arrivée à point nommé, c’est bien Petry.

Pour ceux qui les auraient oubliés, un rappel de ses indicateurs jusqu’ici cette saison : aucun but, deux aides, un différentiel de - 7, un temps d’utilisation en chute libre dans les derniers matchs avant Noël, passant même sous les 20 minutes un soir à Buffalo.

C’est ce même Petry qui, frustré après la défaite du 14 décembre à Pittsburgh, avait lancé que l’équipe n’avait « pas de structure », un commentaire perçu par bon nombre comme une flèche envers l’entraîneur-chef Dominique Ducharme.

Ce Petry cassant était chose du passé, mardi, pour sa première rencontre avec les médias depuis l’après-match à Pittsburgh. C’est plutôt le Petry affable, celui qu’on a principalement connu depuis son arrivée à Montréal en 2015, qui était de retour, et ce, malgré sa situation familiale pas évidente.

« C’était bien de prendre un peu de recul, de m’éloigner de tout ce qui touche le hockey pendant un certain temps », a admis le vétéran de 34 ans, en visioconférence, mardi.

« Ce n’était pas dans les circonstances idéales, mais c’était une belle occasion de passer du temps en famille, de faire le vide, d’oublier ce qui s’est passé, de récupérer physiquement et mentalement. J’espère que ça m’aidera à trouver des solutions et à jouer mieux. »

— Jeff Petry

Petry a participé à un premier entraînement avec ses coéquipiers avant de sauter dans l’avion à destination de Boston, la première de sept escales d’un long voyage aux États-Unis. Le numéro 26 était de retour au sein d’une unité de l’avantage numérique, lui qu’on voyait de moins en moins souvent à 5 contre 4 avant Noël.

Sa présence dans la formation ce mercredi n’est pas encore confirmée. C’est qu’il a contracté la COVID-19 pendant les Fêtes aux États-Unis ; un test effectué le 26 décembre, afin de pouvoir rentrer à Montréal depuis son domicile du Michigan, lui a confirmé son diagnostic.

Le problème : il n’avait pas son équipement de hockey, donc il n’a pas pu patiner. « Dans un sens, j’étais chanceux d’être là plutôt qu’à Montréal, car j’ai un gym et un vélo, je pouvais m’entraîner et garder la forme malgré tout », a-t-il noté.

Il devait ensuite attendre 14 jours après son résultat positif pour rentrer au Canada, ce qui explique pourquoi il est seulement revenu lundi.

Petry fait maintenant partie des joueurs qui feront l’objet d’une décision ce mercredi matin, à Boston, en vue du match contre les Bruins. « J’ai aimé ce que j’ai vu aujourd’hui, il patinait bien, il avait de l’énergie », a constaté Ducharme mardi.

Le Tricolore comptait sept défenseurs sur la patinoire mardi. Un huitième, Alexander Romanov, rejoindra l’équipe à Boston, lui qui est « coincé » en Floride depuis qu’il y a reçu un test positif à la COVID-19. L’équipe l’avait soumis au protocole de la COVID-19 le 1er janvier.

Price pas du voyage

Dominique Ducharme a offert une mise à jour sur Paul Byron, Brendan Gallagher et Carey Price, trois de ses vétérans sur la touche. Aucun des trois n’était attendu à bord de l’avion vers Boston. Du lot, Byron est cependant le plus près d’un retour avec l’équipe, lui qui a contracté la COVID-19 récemment, au moment où il s’approchait d’un retour au jeu. Gallagher pourrait se pointer « plus tard dans le voyage », tandis qu’on ne s’attend pas à ce que Price rejoigne l’équipe.

Aux quatre coins de l’Amérique

Le Tricolore disputera au minimum ses sept prochains matchs à l’étranger, un périple qui se conclura le 24 janvier au Minnesota. « C’est un défi, sept matchs, a admis Ducharme. Mais après une pause, ça peut être une bonne chose de se rassembler, de passer du temps ensemble. Comme on ne peut pas faire grand-chose, les joueurs vont passer beaucoup de temps ensemble. On veut tourner ça en positif. » Il ne s’agit toutefois pas du plus long voyage de l’histoire de l’équipe ; la saison 1968-1969 s’était amorcée par 8 matchs en 18 jours sur la route, un voyage qui aurait, selon des sources plus ou moins fiables, inspiré Steve Miller à écrire Rock’n Me.

Laurent Dauphin

« Tu ne sais
jamais si c’est
ta dernière chance »

Difficile de ne pas sympathiser avec Laurent Dauphin. Le Québécois continue à s’accrocher à son rêve de s’établir dans la LNH, à un âge – 26 ans – qui devient parfois ingrat dans ce milieu.

Dauphin a fait des pas dans la bonne direction l’automne dernier. Rétrogradé à Laval pour amorcer la saison, l’ancien choix de deuxième tour des Coyotes de l’Arizona y a inscrit 16 points, dont 11 buts, en 18 matchs. C’était assez pour inciter le Canadien à le rappeler, au début de décembre.

Mais après cinq matchs où il semblait de plus en plus à son aise, la COVID-19 a changé les plans. Les quatre matchs du Tricolore avant Noël ont été annulés, puis Dauphin a lui-même contracté la COVID-19, ce qui l’a forcé à rater les trois seuls matchs que l’équipe a joués depuis l’anniversaire de feu Noël Picard.

Tout cela s’ajoute bien sûr à sa fameuse fin de saison 2019-2020. Le Canadien l’avait rappelé, mais la nouvelle n’avait pas encore été annoncée que, le 12 mars, la LNH suspendait la saison. Décidément, Dauphin a un mauvais karma !

Mais le voici de retour avec les siens.

À l’entraînement mardi, il formait encore un trio avec les jeunes Ryan Poehling et Cole Caufield. « C’est de repartir là où j’ai laissé avant Noël, de continuer à saisir ma chance et d’essayer de rester ici pour le reste de l’année », a résumé l’ancien des Saguenéens de Chicoutimi, après l’entraînement de mardi, à Brossard.

Des sommets

« Repartir où j’ai laissé. » L’expression n’est pas banale, venant de lui.

Profitant des nombreuses absences, Dauphin recevait de plus en plus de responsabilités. À ses deux derniers matchs, il a même excédé les 16 minutes d’utilisation, un chiffre qu’il n’avait jamais dépassé dans ses 38 autres matchs dans la LNH. En cinq duels depuis son rappel, il a inscrit trois points. Son équipe fait match nul quand il est sur la patinoire à forces égales : cinq buts marqués, cinq buts accordés.

Il n’aurait toutefois jamais eu cette chance s’il n’avait pas fait bonne figure à Laval en début de saison.

« Je me disais : c’est peut-être ma dernière chance, tu ne le sais jamais dans ta carrière, à 26 ans, a-t-il admis. Donc je me préparais, je savais que c’étaient des matchs importants. »

« Le voyage sera important, a poursuivi Dauphin. Tu ne sais jamais si c’est ta dernière chance, donc il ne faut vraiment pas que tu la laisses passer. »

« Laurent a montré de l’acharnement et de la persévérance dans les dernières saisons, a ajouté Dominique Ducharme, entraîneur-chef du Canadien. Il a eu sa chance et il a bien joué. Maintenant, il doit continuer dans cette direction-là, comme d’autres, pour nous forcer à prendre des décisions. »

Vejdemo aussi

Un autre joueur souhaitera « forcer » des décisions : Lukas Vejdemo.

Lui est un produit de la maison, mais aussi un projet à long terme. Repêché au troisième tour en 2015, il a disputé les trois matchs du Canadien depuis Noël. Il s’agissait seulement de ses huitième, neuvième et dixième matchs dans la LNH, ses premiers depuis l’hiver 2020.

Le Suédois a joué en moyenne 14 minutes, faisant un boulot honnête. Il a inscrit un but et a obtenu huit tirs. Son travail lui avait notamment valu de bons mots de Jean-François Houle, son entraîneur-chef chez le Rocket de Laval cette saison. « Je l’ai beaucoup aimé en désavantage numérique. Il avait de bons angles, un bon bâton », avait relevé Houle.

Vejdemo croit que son jeu en désavantage numérique, justement, et sa vitesse sont ses meilleurs arguments pour rester dans la LNH. « Mon coup de patin est ma plus grande force, j’essaie de m’en servir. J’ai aussi un bon sens du hockey. J’essaie de revenir à ces détails-là, de bien les appliquer et de bâtir à partir de là. »

Les prochaines semaines devraient théoriquement permettre à des vétérans de revenir au jeu.

Jake Evans rejoindra ses coéquipiers à Boston, Josh Anderson progresse et Tyler Toffoli semble être en voie de devancer l’échéancier de huit semaines annoncé il y a un mois. Sans oublier Paul Byron, qui s’approchait d’un retour avant de contracter la COVID-19.

Ces retours précariseront le statut de joueurs comme Dauphin et Vejdemo, mais n’oublions pas que le Tricolore est exclu de la course aux séries et qu’une nouvelle tête dirige les opérations hockey. Bref, des changements sont à prévoir. Reste à voir qui en profitera.

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