Jordan Harris : une croissance constante

Chaque joueur de hockey tombe sous le charme du sport différemment.

Pour certains, c’est la première fois qu’ils marquent un but et entendent les cris de la foule. Pour d’autres, c’est quand ils savourent enfin l’ultime victoire avec leur équipe de ligue mineure.

Dans le cas de Jordan Harris, le hockey l’a séduit dès le premier instant où ses patins ont touché une patinoire fraîchement nettoyée, à l’âge de deux ans et demi. Il était aidé par son père, Peter, jadis gardien dans la ECHL. Tout comme son père et son frère Elijah, Jordan voulait initialement être gardien, mais ses qualités, notamment son coup de patin, l’ont amené à jouer un rôle différent.

« J’ai adoré dès le début, explique Harris. Le fait de venir d’une famille de hockey m’a certainement poussé à jouer, mais tout le monde m’a encouragé à occuper un rôle plus mobile; en défense ou à l’attaque.

Cette décision a changé la vie du choix de troisième tour en 2018. Non seulement est-il devenu l’un des joueurs les plus importants de Northeastern, avec une moyenne de 25 à 30 minutes de temps de glace par match dans toutes les situations, mais il est également en voie de devenir l’un des leaders incontestés de l’équipe, grâce à son caractère stoïque et à sa capacité à montrer l’exemple. C’est en partie pour cette raison que son entraîneur, Jim Madigan, originaire de Montréal, est si enthousiaste à l’idée de voir Harris revenir à Northeastern pour une troisième saison.

« En plus d’être un très bon joueur, c’est un jeune homme formidable, affirme Madigan. Cette année, il a été élu adjoint au capitaine en tant que joueur de troisième année et, même la saison dernière, il faisait partie du groupe de leadership. Ça en dit long sur sa personnalité. Il s’exprime surtout par ses actions sur la glace. »

En d’autres mots, il inspire le respect, plutôt que de l’exiger.

Il est indéniable que le fait d’avoir presque doublé sa production offensive par rapport à sa première saison est un important pas vers l’avant pour Harris, mais c’est sa maturité et son attitude exemplaire qui ont le plus impressionné Madigan.

On perd facilement de vue ce que beaucoup de ces espoirs très convoités doivent gérer lorsqu’ils arrivent dans la NCAA, surtout lorsqu’ils ont 18 ans, comme l’a fait Harris lors de sa première année. On passe des Doritos aux plans de nutrition, et des soirées en ville à de longues journées dans le gym. Puis, il y a l’aspect académique, qui ajoute un facteur exigeant supplémentaire au programme.

Mais il y a un avantage important à ce processus. Oui, cela prend plus de temps, et il y a beaucoup de travail et de dévouement, mais les résultats sont généralement flagrants. On entend rarement parler d’un espoir qui passe trop de temps dans la NCAA, tandis que le fait de précipiter un joueur semble historiquement lourd de conséquences, dans le sport professionnel.

« Je dirais que la confiance est le plus grand atout, dit Harris. La NCAA permet aux joueurs de travailler sur leurs faiblesses, tout en les aidant à développer d’autres aspects clés de la vie, souvent en dehors de la glace. »

Cette confiance hors patinoire lui a permis d’accroître sa confiance sur la glace, en plus de parfaire un niveau de détermination et d’intelligence qui lui servira bien dans ses aspirations vers une carrière dans le hockey.

« Il veut toujours plus, indique Madigan. Et c’est pourquoi il est un joueur si complet, à un niveau très élevé. Ça ne veut pas dire qu’il est juste moyen partout, il excelle dans tout ce qu’il fait. Nous sommes heureux qu’il revienne, car il apporte beaucoup à notre équipe tant sur le plan offensif que défensif. Son coup de patin est déjà de niveau LNH, et je crois qu’il a ce qu’il faut pour devenir un bon joueur de ligue majeure. »

Cette opinion s’explique en partie par la progression constante de Harris dans les rangs de la NCAA, où la pression et les attentes peuvent être un peu moins intenses que dans d’autres ligues.

« Les Connor McDavid et [Alexis] Lafrenière de ce monde devraient aller directement dans la LNH. Ils sont assez bons. Mais de nombreux joueurs ont besoin de temps pour se développer, poursuit Madigan. Beaucoup de joueurs universitaires atteignent leur maturité un peu plus tard, et ils ont besoin du tremplin fourni par la NCAA pour y arriver. Ça leur donne plus de possibilités de développement, et pas seulement en ce qui concerne le hockey. Elle leur offre davantage de possibilités de développement sur le plan scolaire, social et émotionnel. Ça leur permet de devenir de meilleurs joueurs. »

Le parcours de la NCAA a également permis à Harris d’obtenir un championnat Beanpot, l’un des moments forts de sa jeune carrière à ce jour – un évènement qui lui a donné un avant-goût de ce qui l’attend à Montréal, surtout si l’on tient compte du potentiel des autres joueurs figurant sur la liste très prisée des espoirs de l’organisation.

« Il y a vraiment beaucoup de jeunes joueurs talentueux, ce qui est excitant, déclare Harris. Même moi, je me suis dit : "Wow, on peut voir la progression de ces jeunes joueurs pendant leur parcours en séries." Puis, il y a plein d’autres jeunes joueurs qui cherchent à se faire une place, des joueurs qui peuvent faire la différence. »

Bien que son humilité l’empêche de l’admettre, il ne fait aucun doute que le nom de Harris devrait être ajouté à la liste de ces jeunes joueurs prometteurs. Au-delà de son talent, qui est indéniable, il possède le type de vision et d’intelligence qui lui permettent de réaliser des jeux rapides, une autre de ses forces.

La vitesse, la capacité de marquage et le dévouement sont essentiels à son travail, mais tout cela ne sert à rien si le cerveau n’est pas capable de gérer la masse d’informations qui accompagne nécessairement un sport aussi rapide.

« Il est vraiment intelligent, affirme Madigan. Il lit si bien le jeu. Notre sport n’est pas comme le football où l’on peut schématiser chaque jeu. Il faut être capable de réfléchir rapidement. En tant qu’entraîneur, quand on a des joueurs qui ont un sens du hockey, il faut les laisser jouer.

« Par exemple, avec Jordan, lorsqu’il passe de l’attaque à la défense, il pivote souvent en zone neutre pour écarter le danger ou faire pression sur le porteur de la rondelle, plutôt que d’essayer simplement de revenir en zone défensive pour bloquer un tir. Il peut faire ça grâce à son excellent coup de patin et son intelligence. »

Un jeune homme intelligent, talentueux, humble, qui dégage confiance et fiabilité, c’est exactement ce que l’on attend d’un espoir. Mais cela ne garantit pas une carrière dans la LNH.

Cela donne toutefois un avantage supplémentaire aux candidats, car il ne suffit pas d’enfiler des points pour devenir un joueur de hockey professionnel.

Et bien que Harris préfère se concentrer sur le moment présent, il a hâte de revêtir le bleu-blanc-rouge dans un avenir proche et de pouvoir éventuellement faire ses premières enjambées sur la glace du Centre Bell.

« Je ne peux qu’imaginer ce que l’on peut ressentir, ajoute Harris. J’ai entendu de nombreux joueurs dire à quel point c’est spécial, de jouer à Montréal. L’énergie des partisans est à un autre niveau. C’est un rêve, et j’espère qu’il se réalisera un jour. »

S’il garde le cap et s’il fait preuve du même type de travail acharné que celui qu’il a démontré au cours de ses deux saisons à Northeastern, tant sur la glace qu’en dehors, le rêve de Harris pourrait bientôt devenir réalité.

Marc Dumont, collaboration spéciale traduite par Thibault Deneufbourg

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