Opinion : Nouveaux OGM

Santé Canada capitule devant le lobby de l’agrochimie

Il y a 20 ans, un comité d’experts de la Société royale du Canada regroupant les meilleurs scientifiques du Canada a remis au gouvernement un rapport avec 52 recommandations sur l’évaluation des organismes génétiquement modifiés (OGM). Le codirecteur de ce rapport, le DConrad Brunk, s’offusquait du manque de transparence de ce processus : « Il est évident que l’on ne peut pas vraiment prétendre qu’il s’agit d’une réglementation scientifique si la science qui la sous-tend n’est pas soumise à un examen par les pairs. »

Depuis, rien n’a vraiment changé et nous sommes en proie aux mêmes enjeux. Pire, le Canada – en tant qu’ardent promoteur de cette nouvelle technologie et faisant partie du quatuor des principaux producteurs d’OGM – a été le premier au monde à mettre dans l’assiette de ses citoyens un animal génétiquement modifié : le saumon.

L’édition du génome : une évaluation des nouveaux OGM pour le pire

Aujourd’hui, le gouvernement nous propose une « mise à jour » des guides d’évaluation de certains types d'OGM. Alors que l’on croyait avoir touché le fond et que la seule voie possible semblait être l’amélioration de l’évaluation des OGM, voici que le gouvernement capitule et recule devant le lobby de l’agrochimie !

Avez-vous entendu parler de CRISPR-Cas9, des doigts de zinc ? Ces noms savants sont de nouvelles technologies regroupées sous le nom d’édition du génome.

Elles permettent de manipuler le génome du vivant d’une façon « plus précise » et plus « rapide », ouvrant de nouvelles possibilités pour l’industrie de l’agrochimie de contrôler (encore plus) le marché.

Pourtant, l’édition génétique est si récente qu’il n’est tout simplement pas scientifique de présumer de la sécurité de l’utilisation de certaines de ses techniques. Des études montrent que la création de ces nouveaux OGM, au moyen de ces méthodes, peut apporter des modifications génétiques non intentionnelles qui doivent être détectées et évaluées afin d’en garantir la sécurité. Pourtant, ce que propose Santé Canada est de ne « simplement » plus évaluer certains de ces OGM !

Le ridicule de l’Initiative de transparence volontaire

Santé Canada propose que les modifications génétiques apportées par les nouvelles technologies d’édition du génome n’apportant pas de « nouveautés » soient exemptées d’évaluation (par exemple, la tolérance à des herbicides, comme c’est déjà le cas dans 100 % des plantes génétiquement modifiées). Il reviendra donc aux entreprises elles-mêmes de décider si certains produits peuvent entrer sur le marché sans évaluation des risques par le gouvernement. Vous avez bien lu !

Vous me direz, c’est trop gros pour être vrai. Il doit y avoir au minimum une traçabilité exigée par le gouvernement pour connaître l’ensemble de ces nouveaux OGM mis sur le marché. Eh bien non, les entreprises pourront volontairement indiquer ce qu’elles mettent sur le marché. Santé Canada nous propose donc de passer d’un système peu transparent à un système complètement opaque contrôlé par l’industrie. On avait besoin de ça.

Agriculteurs et citoyens pris en otages

La plupart des partenaires commerciaux, y compris l’Union européenne, continuent de réglementer ces produits : comment alors poursuivre nos échanges marchands avec ces derniers ? N’avons-nous pas oublié que de nombreux pays ferment leur frontière à nos produits en cas de contamination génétique ? Avec la possible multiplicité des nouveaux OGM, c’est le brevetage du vivant à grande échelle qui s’accélère. Tout cela amène un réel danger pour l’autonomie de nos agriculteurs face aux multinationales de l’agrochimie.

Rappelons-nous que l’industrie de l’agrochimie n’est pas là pour prendre soin de la santé des agriculteurs, des citoyens ou de nos écosystèmes.

Elle est là pour satisfaire ses actionnaires à court terme en vendant le maximum de produits chimiques. C’est sa principale raison d’être.

Ne laissons pas le gouvernement abandonner son rôle de régulateur au profit de l’agrochimie. Ne laissons pas ces industries nous imposer un modèle agricole destructeur de nos communautés, de nos écosystèmes et de la biodiversité.

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