Éditorial Agnès Gruda

Pas de voyages pendant la relâche

Depuis l’imposition du couvre-feu, les Québécois n’ont plus le droit de mettre le nez dehors après 20 h, à moins de raisons professionnelles.

Ils n’ont pas le droit de marcher ou de patiner avec un ami. La vie sociale est refoulée vers la sphère virtuelle, tandis que les débordements dans les hôpitaux empêchent des patients d’obtenir des opérations parfois vitales.

Pendant ce temps, rien n’interdit à une famille de planifier un voyage dans le Sud pendant la semaine de relâche qui commence le 1er mars.

Autrement dit, il est interdit de faire un tour du bloc après le souper, mais on peut s’envoler sans problème vers Punta Cana ou une autre destination soleil.

Il y a dans ce double standard une incohérence qui défie l’entendement.

Les restrictions que nous subissons depuis le retour au confinement visent à limiter les contacts sociaux au strict minimum, ralentir la progression de la maladie et empêcher notre système hospitalier de craquer sous la pression.

Or, même avec les conditions actuelles (tests de dépistage avant le retour et quarantaine après), les vacances à l’étranger entraînent forcément une multiplication de contacts sociaux. Dans les aéroports. Dans les avions. Dans les buffets et les bars des hôtels tout-inclus. Dans les cafés au bord de la plage.

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On nous l’a répété, et les recherches scientifiques l’ont confirmé : la semaine de relâche de 2020 a contribué à une flambée de cas de COVID-19 au Québec, au point de nous propulser en première place, au Canada, en termes de nombre de contaminations, d’hospitalisations et de décès par habitant.

Les mesures destinées aux voyageurs décrétées cet hiver contribueront peut-être à atténuer cet impact. Mais on doute qu’elles permettent de construire un mur étanche contre le virus.

D’abord parce que les tests de détection négatifs ne garantissent pas l’innocuité d’un voyageur qui a pu être en contact avec une personne contaminée après avoir subi son prélèvement.

En revanche, ils peuvent donner un faux sentiment de sécurité. Et inciter les voyageurs à ne pas trop se casser la tête avec les exigences de la quarantaine.

Et puis, comme nous l’apprenait récemment un reportage du Devoir, les faux certificats de tests négatifs pullulent sur l’internet.

Pour ce qui est des conditions de quarantaine, disons que leur suivi est à géométrie très, très variable.

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Est-ce une raison pour annuler la semaine de relâche ?

Non, et Québec a raison de résister aux appels en faveur d’une levée de ce congé dont les enseignants épuisés ont grandement besoin.

Car ce n’est pas tant la relâche scolaire qui fait problème ici, comme ce que les familles décident de faire pendant les vacances.

Face au danger que représentent les voyages d’agrément, il n’y a pas 36 000 solutions.

Ottawa pourrait suspendre les voyages non essentiels, le temps de casser cette deuxième vague qui déferle sur le pays. Une telle mesure serait d’autant plus bienvenue que le nouveau variant du coronavirus, beaucoup plus contagieux, a commencé à se propager chez nous.

L’autre solution serait d’imposer des conditions de quarantaine beaucoup plus strictes, qui joueraient un rôle préventif, mais aussi dissuasif.

La Nouvelle-Zélande, par exemple, place les voyageurs qui entrent sur son territoire dans des centres d’isolement contrôlés où il n’est pas question de trinquer avec des amis sur le balcon. En plus, les frais de séjour dans ces centres sont en grande partie assumés par les voyageurs. Pour une famille de quatre personnes, on parle d’une facture de 5000 $ ! De quoi faire réfléchir avant de réserver son billet.

D’ailleurs, de telles exigences existent aussi… à l’intérieur du Canada. Le Nunavut demande à ses résidants qui ont dû quitter le territoire de suivre une quarantaine dans un hôtel du « Sud » canadien avant de rentrer à la maison. Fermé à tout voyageur non essentiel, ce territoire du Grand Nord canadien a réussi à endiguer la COVID-19.

On l’a vu pendant les vacances de Noël : les appels à la responsabilité des vacanciers ont peu d’impact. À défaut d’une interdiction formelle, des conditions de retour sérieusement resserrées auraient l’avantage de casser la chaîne de contagion, mais aussi d’ajouter de la cohérence à notre politique de lutte contre la pandémie.

Et de faire preuve de respect à l’endroit des médecins, infirmières, inhalothérapeutes et préposés qui s’épuisent et tombent au combat. Et qui prendraient bien une semaine dans le Sud, eux aussi.

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