« La Russie n’a aucune considération pour la vie humaine »

Au moment où les résidants de l’Est sont appelés à évacuer, les forces ukrainiennes ont mené une contre-offensive dans le Sud, perturbant à Sébastopol des festivités pour la Journée de la Flotte russe

Ce qu’il faut savoir

Les résidants ukrainiens de l’est de l’Ukraine sont appelés à évacuer.

L’armée ukrainienne a rapporté avoir détruit un dépôt d’armes dans la ville de Kherson.

Un homme d’affaires de Mykolaïv spécialisé dans les exportations de céréales ukrainiennes a été abattu.

Le front bouge en Ukraine : les derniers résidants de l’est du pays sont appelés à fuir par le président Zelensky, mais dans le Sud, où un important marchand de céréales a été tué dimanche, l’armée ukrainienne pourrait faire des gains grâce aux armes fournies par les Occidentaux.

Le président Volodymyr Zelensky a réitéré samedi soir son appel à évacuer les quelque 200 000 résidants vivant toujours dans les villes du Donbass sous contrôle ukrainien. Une invitation qui n’est pas un signe que l’Ukraine est prête à céder du territoire, mais bien qu’elle cherche à protéger sa population, estiment les experts.

« Il n’y a plus d’eau potable, plus d’électricité », décrit Dominique Arel, titulaire de la Chaire en études ukrainiennes de l’Université d’Ottawa.

« Le gouvernement ukrainien voudrait vraiment que l’évacuation des civils soit considérable, parce que la Russie attaque à l’aveugle et n’a aucune considération pour la vie humaine. Y compris la population qu’elle dit vouloir protéger, dont celle du Donbass. »

— Dominique Arel, titulaire de la Chaire en études ukrainiennes de l’Université d’Ottawa

Une analyse partagée par Maria Popova, professeure de science politique à l’Université McGill spécialiste de l’ex-soviétie. « C’est clair que la Russie prend pour cible des civils tout le temps, note-t-elle. Ce n’est donc pas possible de défendre le territoire avec des gens dans les villes et les villages. »

Gains ukrainiens dans le Sud

Dans le sud du pays, notamment dans la région de Kherson, sous contrôle russe depuis le début de la guerre, les Ukrainiens mènent toutefois une contre-offensive.

« D’un point de vue stratégique, c’est plus important pour l’Ukraine de reprendre Kherson [dans le Sud] que de garder Kramatorsk [dans l’Est], affirme Dominique Arel. Et imaginez si l’Ukraine était capable de reprendre un territoire occupé par les Russes depuis quatre ou cinq mois ! »

Dimanche, l’armée ukrainienne a rapporté avoir détruit un dépôt d’armes dans la ville de Kherson, selon le Kyiv Independent. Mercredi dernier, c’était un pont stratégique de cette même ville qui était visé.

Mais l’évènement le plus inusité s’est déroulé à Sébastopol, ville portuaire de Crimée (sous contrôle russe), jusqu’ici à l’abri des combats. Un drone a explosé dimanche dans la cour de l’état-major, faisant six blessés. Dans la foulée, les célébrations de la Journée de la Flotte militaire russe ont été annulées et la population locale, invitée à rester à l’abri.

L’attaque n’a toutefois pas été reconnue du côté ukrainien, qui a soulevé l’hypothèse que les Russes ont trouvé une excuse pour annuler leurs propres célébrations, par crainte d’une véritable offensive. « La libération de la Crimée ukrainienne occupée se fera d’une autre manière, beaucoup plus efficace », a déclaré Serguiï Bratchouk, porte-parole de l’administration régionale d’Odessa, dans une vidéo sur Telegram.

nouveaux missiles pour la Russie : de la « bravade »

Très loin de la mer Noire, à Saint-Pétersbourg, le président de la Russie, Vladimir Poutine, a célébré la Journée de la Flotte russe avec un discours promettant l’arrivée « dans les prochains mois » d’un nouveau missile de croisière hypersonique qui « ne connaît aucun obstacle ».

« Je pense que c’est une tentative de la part de Poutine de faire une démonstration de force, soutient Mme Popova. De maintenir le récit qu’il est certain que sa nation va gagner la guerre parce qu’elle est si puissante. Alors que dans la réalité, ils tentent de conquérir un pays beaucoup plus petit depuis près de six mois. »

En effet, selon plusieurs indicateurs, l’armée russe a de la difficulté à recruter, souligne la professeure. Sur le terrain, l’armée avance, mais lentement, tandis que les Ukrainiens reçoivent des armes de pointe de l’Occident. Et les sanctions font mal à l’économie russe.

C’est de la « bravade » de la part de Vladimir Poutine, renchérit M. Arel.

Le président russe a par ailleurs signé en grande pompe dimanche une nouvelle doctrine stipulant que la Russie allait renforcer « ses positions dirigeantes dans l’exploration et la conquête de l’Arctique » et de ses gisements de minéraux et assurer sa « stabilité stratégique » dans la zone en renforçant le potentiel militaire des Flottes russes du Nord et du Pacifique.

Le Canada devrait-il s’inquiéter de ces annonces de la Russie ? « C’est sûr que [le régime russe] est très agressif, et que l’Occident et le Canada ne doivent pas être complaisants, affirme Mme Popova. Mais la Russie ne devrait pas être vue comme étant très puissante. »

Un géant des céréales abattu

Un important homme d’affaires, spécialisé dans les exportations de céréales ukrainiennes, a été tué dimanche avec sa femme à Mykolaïv, dans le sud du pays, dans une série de bombardements russes.

Des frappes qui surviennent une semaine après une entente signée par la Russie et l’Ukraine pour permettre les exportations de céréales ukrainiennes, essentielles à de nombreux pays. « L’accord a été signé et déjà, le lendemain [les Russes] frappaient Odessa – le plus grand port du pays, rappelle Dominique Arel. Et là, une semaine plus tard, on cible la maison d’un civil qui est non seulement un des personnages les plus riches de la ville, mais qui a aussi un rôle dans les exportations de céréales. »

— Avec l’Agence France-Presse

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