Appel aux champs

Les agriculteurs peu pressés de recourir aux « bras » offerts

« On a besoin de bras » : l’appel aux champs lancé par le premier ministre François Legault à la mi-avril connaît un succès retentissant. Plus de 10 600 Québécois ont postulé pour prêter main-forte aux agriculteurs durement frappés par une pénurie de main-d’œuvre étrangère. Jusqu’à présent, la réponse des agriculteurs n’a pas été aussi forte. Seulement 337 volontaires ont été jumelés à des entreprises agricoles.

L’Union des producteurs agricoles (UPA), qui représente les 42 000 agriculteurs de la province, assure que les besoins en main-d’œuvre se feront davantage sentir lors de la période des récoltes. L’objectif du syndicat, qui gère la plateforme de jumelage, serait d’embaucher environ 1500 à 2000 Québécois d’ici la fin de la saison.

« Les récoltes, ça commence fin juin et ça s’étire jusqu’à l’automne avec les pommes. C’est là que ça va se passer », dit le président de l’UPA, Marcel Groleau.

Jusqu’à présent, 348 employeurs se sont inscrits sur la plateforme de recrutement de main-d’œuvre québécoise. « Si les entreprises ne s’inscrivent pas, c’est certain qu’on ne peut pas jumeler des travailleurs », souligne M. Groleau.

Il ajoute que la majorité des agriculteurs espèrent encore pouvoir accueillir leurs travailleurs étrangers temporaires, avec qui ils sont d’ailleurs liés par contrat. Ils seront fixés d’ici quelques semaines.

Bon an, mal an, le Québec compte sur 16 000 ouvriers agricoles qui viennent principalement du Mexique et du Guatemala. Ils arrivent à différents moments au cours de l’année.

La fermeture des frontières et le ralentissement du trafic aérien en raison de la pandémie de COVID-19 ont compliqué leur venue.

Selon le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), il y a actuellement dans la province 73 % du nombre de travailleurs étrangers qui étaient comptabilisés à pareille date l’an dernier.

Ainsi, 5000 travailleurs étrangers temporaires sont arrivés au Québec depuis début avril, a indiqué vendredi Laurence Voyzelle, attachée de presse du ministre de l’Agriculture. « De nouvelles arrivées sont prévues chaque semaine jusqu’à la fin du mois de juin. Nous désirons accueillir un maximum de travailleurs étrangers temporaires pour la saison », nous a-t-elle écrit par courriel.

Véritable engouement pour l’agriculture

Alors qu’il est de plus en plus question d’autonomie alimentaire au Québec, force est de constater que la campagne « Travailler à la ferme : J’y vais sur-le-champ ! » a piqué la curiosité des citoyens.

En date du 22 mai, près de 154 000 personnes avaient consulté les sites emploiagricole.com, agricarrieres.qc.ca et agrijob.info. Cette campagne a été lancée main dans la main avec un programme d’incitation financière mis sur pied par Québec.

Afin d’encourager les Québécois à remplacer les travailleurs agricoles étrangers durant la pandémie de COVID-19, Québec a débloqué 45 millions pour verser des primes de 100 $ par semaine à ceux qui iront prêter main-forte aux agriculteurs.

Au moment de l’annonce, le 17 avril, le gouvernement Legault espérait ainsi attirer 8500 Québécois dans les champs au cours des prochains mois.

« Pas un échec », disent les maraîchers

La « manne » de volontaires arrivera dans les champs lors des récoltes, pense aussi Jocelyn St-Denis, directeur général de l’Association des producteurs maraîchers du Québec. « Il ne faut pas sauter à la conclusion que c’est un échec », a-t-il indiqué au sujet du bas niveau de jumelage.

M. St-Denis affirme que beaucoup de producteurs maraîchers ont recruté des employés au Québec sans utiliser la plateforme. « Il n’y a pas juste 337 Québécois qui ont été embauchés sur les fermes, mais il y a juste 337 personnes qui ont été embauchées en passant par le système de jumelage mis en place », explique-t-il.

« Ce qu’il faut savoir, c’est que le 100 $ n’est pas limité aux gens qui sont jumelés par AGRIcarrières ou Agrijob. Il y a beaucoup, beaucoup de producteurs qui ont fait leurs propres démarches, dans leur population environnante, et qui ont embauché des Québécois », souligne-t-il, sans toutefois pouvoir fournir de chiffres.

Recours aux agences

Les producteurs maraîchers se sont aussi beaucoup tournés vers les agences de placement de travailleurs, qui peuvent fournir à la dernière minute des ouvriers pour des travaux ponctuels. Ces employés proviennent généralement de Montréal et sont conduits à la campagne pour la journée en autobus.

« De travailler avec des travailleurs d’agence comme ça, c’est très courant, très utilisé dans le milieu des fruits et légumes. Donc ça, c’est une autre source pour remplacer les travailleurs temporaires étrangers. »

— Jocelyn St-Denis, directeur général de l’Association des producteurs maraîchers du Québec

D’autres facteurs entrent aussi en ligne de compte. Les enfants des producteurs agricoles sont aussi plus nombreux à être restés à la maison alors qu’ils sont généralement à l’école. Ils ont donc pu donner un coup de main à la ferme.

Devant l’incertitude, de nombreux agriculteurs ont aussi décidé de réduire les superficies consacrées aux cultures qui nécessitent plus de main-d’œuvre pour les remplacer par des variétés moins exigeantes. C’est le cas de la salade : 15 % de moins de superficies ont été consacrées à ce légume-feuille cette année au Québec, indique M. Groleau.

Des légumes plus faciles à cultiver, comme la carotte, risquent ainsi de se retrouver en plus grand nombre sur les tablettes à l’automne.

En bref

Québec

Deux sœurs emportées par le virus à 20 minutes d’intervalle

Fernande et Françoise Malenfant, deux religieuses et sœurs originaires de Montérégie – l’une était centenaire et l’autre, âgée de 98 ans –, se sont éteintes le 2 mai aux Jardins d’Évangéline. Elles sont décédées de la COVID-19 à 20 minutes d’intervalle seulement. Ce double décès inusité a secoué la Congrégation des Sœurs servantes du Saint-Cœur-de-Marie, qui a vu partir une douzaine des siennes depuis le début de la pandémie. « En temps normal, nous entourons jour et nuit nos sœurs mourantes et les accompagnons jusqu’à leur dernier souffle, mais cette fois, nous n’avons pu le faire en raison de la COVID », explique Anne-Marie Richard, sœur supérieure de la congrégation. Avec une moyenne d’âge dépassant les 80 ans, les membres de la congrégation ne sont plus qu’une quarantaine dans leur établissement de l’avenue des Cascades, dans l’arrondissement de Beauport.

— Normand Provencher, Le Soleil

Sherbrooke

Les écoles primaires les plus défavorisées sont moins fréquentées

Les dix écoles primaires les plus défavorisées de Sherbrooke sont moins fréquentées que les autres établissements d’enseignement primaire de la ville. Bien qu’aucune directive claire ne soit venue du ministère de la Santé et des Services sociaux pour épauler le personnel des écoles, on tente tout de même de garder contact avec les enfants les plus vulnérables des écoles moins bien nanties en leur téléphonant. La pédiatre Marie-Claude Roy, du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, n’est guère étonnée de la baisse de fréquentation scolaire chez les plus vulnérables. « Il y a des familles pour qui la peur de la COVID-19 est bien réelle. » Souvent, les jeunes en difficulté scolaire n’aiment pas l’école, qui devient un endroit anxiogène. Dans les circonstances actuelles, il est difficile pour les parents de s’occuper des devoirs.

— Marie-Christine Bouchard, La Tribune

Estrie

Recrudescence de l’achalandage dans les urgences

Après un peu de calme, on assiste à une recrudescence de l’achalandage dans les urgences des hôpitaux en Estrie. Le Dr Patrick Laplante, qui pratique notamment aux urgences du centre hospitalier de Granby (CHG), a constaté une hausse soudaine d’affluence depuis mardi. Vendredi à 13 h, l’urgence de l’hôpital de Granby était occupée à 115 %, avec 23 civières comblées sur 20, 3 patients étaient à l’urgence depuis plus de 24 heures, tandis que 5 personnes étaient en attente d’hospitalisation. Selon le Dr Laplante, on assiste possiblement à un ressac lié à la COVID-19. « Certaines personnes avaient attendu avant de consulter. Peut-être par peur d’être contaminées en se présentant à l’hôpital. Avec le déconfinement, elles doivent se sentir plus à l’aise. » La situation demeure toutefois « sous contrôle », même si le risque d’une deuxième vague de COVID-19 plane. 

— Jean-François Guillet, La Voix de l’Est

Lévis

La peur gruge les urgences

Un patient arrivé à l’urgence de l’Hôtel-Dieu de Lévis avec la moitié du corps paralysé sentait des engourdissements à un bras et au visage depuis une semaine. L’homme ne voulait pas consulter, craignant d’être infecté à l’hôpital par le coronavirus. Il n’est pas le seul. Des patients tardent à se présenter à l’urgence de l’hôpital lévisien, où le nombre de visites a chuté significativement dans la foulée de la pandémie. Les salles d’attente, qui sont souvent bondées en temps normal, ont maintenant l’air vides. Or, plus les gens sont soignés tôt à l’urgence, plus ils diminuent les séquelles potentielles, fait valoir le Dr Jean Lapointe, urgentologue à l’Hôtel-Dieu de Lévis. Une « baisse importante » dans les urgences de la province a aussi été observée en mars et en avril, confirme Marie-Claude Lacasse, porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux. Le confinement a entraîné moins de blessures, de chutes, d’accidents et de circulation d’autres virus, et les patients retardent tout ce qui est non urgent.

— Marc Allard, Le Soleil

Saguenay–Lac-Saint-Jean

Un été chaud pour la Société de protection des forêts contre le feu

On risque d’entendre parler souvent, cet été, d’indice d’inflammabilité extrême et d’interdiction de faire des feux à ciel ouvert. Jeudi, plusieurs incendies sont survenus dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, menaçant plusieurs domiciles. Le temps sec et l’absence de précipitations entraînent un danger d’incendie extrême sur presque tout le Québec, d’où le rôle important de la SOPFEU, qui veille à la protection des forêts contre le feu, et ce, au bénéfice de tous les usagers. Les incendies sont en hausse. Il y a eu 262 incendies depuis le début de l’année sur le territoire, et plus de 50  % d’entre eux ont été allumés par des feux à ciel ouvert. La SOPFEU compte 325 employés saisonniers, dont 240 pompiers forestiers, et 178 employés réguliers.

— Mélanie Côté, Le Quotidien

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