Jeux vidéo

Eidos adopte la semaine de quatre jours sans diminution de salaire

Alors que les concepteurs de jeux vidéo ont la réputation de ne pas compter leurs heures, les studios Eidos de Montréal et de Sherbrooke s’apprêtent à compter leurs jours : ils réduisent la semaine de travail à quatre jours, sans diminution de salaire.

Leurs 500 employés – environ 460 à Montréal et 40 à Sherbrooke – travailleront 32 heures plutôt que 40, conservant leur journée normale de huit heures.

« On ne s’est pas réveillés un matin en se disant : “On fait une transition vers quatre jours de travail par semaine” », relate David Anfossi, chef du studio Eidos-Montréal. C’est une idée qui nous est venue à l’esprit en 2019. »

Il avait alors pris connaissance d’une expérience similaire chez Microsoft Japon, qui avait donné des résultats tangibles et mesurables.

L’arrivée de la pandémie a cependant forcé l’entreprise à s’intéresser à un autre aspect de sa culture : le travail à la maison. « Chose pour laquelle on était prêts, dit-il. On était en train de finaliser nos tests pour pouvoir travailler de partout. »

Le télétravail a été mis en place pour tous les employés, qui peuvent travailler entièrement de la maison s’ils le désirent.

Durant la pandémie, l’entreprise a instauré diverses mesures de bien-être et d’équilibre travail-famille pour ses précieux employés, dont la moyenne d’âge avoisine 33 ans : cours de cuisine, jardinage, soutien psychologique, conseils financiers…

Comme plusieurs autres, Eidos s’est aperçu que cette flexibilité accroissait la productivité des employés.

« Mais cette augmentation ne se traduisait pas au niveau des résultats du studio et de la performance des équipes », constate David Anfossi.

Paradoxalement, la semaine de quatre jours qui avait fait ses preuves au Japon corrigerait peut-être la situation, ont-ils pensé.

« Mais comme dans tout grand changement culturel, c’est l’adhésion, en fait, qui est un challenge. »

– David Anfossi, chef du studio Eidos-Montréal

L’adhésion à une diminution de la semaine de travail ne semble pourtant pas difficile à obtenir.

« Oui, ça peut paraître beau, mais il y a un challenge qui vient avec ça, celui de s’organiser pour que vos 32 heures soient efficaces, répond-il. Il y a beaucoup de communication, tout le monde est impliqué dans la réussite de cette transition. »

Pour la mise en place de la semaine raccourcie, chaque service prépare une proposition d’amélioration de son efficacité sur quatre jours.

Les longues réunions d’après-midi en visioconférence en sont un exemple.

« Si on s’organise pendant nos rencontres le matin et qu’on travaille en après-midi sur nos dossiers propres ou en groupes sur la production de contenu, on vient de se donner des solutions intéressantes en matière d’efficacité. »

Une mesure séduisante

Fondé en 2007, le studio montréalais a mis six ans pour atteindre un effectif de près de 450 employés, relativement stable depuis lors.

Mais le marché du jeu vidéo voit encore surgir de nouveaux acteurs, malgré la pénurie d’experts.

« C’est l’enchère, on ne se le cachera pas, affirme David Anfossi. C’est très difficile. Le taux de rétention et le taux de recrutement font partie aussi des données qu’on va mesurer à travers cette initiative. »

Si les résultats ne sont pas à la hauteur, l’entreprise ne ferme pas la porte à un retour en arrière.

« Sauf qu’on veut s’embarquer à 100 %. On est dans une vraie transition, tout le monde y croit, et c’est pour ça qu’on a défini des critères de mesure. Au cours de cette évolution et dans les essais qu’on va faire, on va pouvoir mesurer ce qui fonctionne et ce qui fonctionne bien moins bien. Mais le but est d’arriver à des solutions. »

« On va voir si on arrive à le faire et comment le faire, mais c’est sûrement une expérience qu’on aimerait partager avec l’industrie, ajoute-t-il. Peu importe les industries, d’ailleurs. »

Bientôt chez vous, peut-être…

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