« Je n’ai même pas pris ma montre »

Des résidants de Dollard-des-Ormeaux cherchent leurs repères après l’incendie de leur immeuble

Deux jours après l’incendie de samedi qui a forcé l’évacuation de 149 ménages, les résidants de l’immeuble sinistré à Dollard-des-Ormeaux ont eu, lundi, l’autorisation d’accéder à leur appartement pour récupérer leurs biens.

Le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM), qui a contenu les flammes au centre de l’immeuble en forme de « X », a fourni une autorisation pour accéder à certaines zones jugées sécuritaires, a expliqué Zahava Grinfeld, directrice des opérations de York Holdings, propriétaire des lieux.

Un chez-soi depuis 24 ans

« Mes sous-vêtements seront la première chose que je récupérerai », a révélé Elias Tabbakh, victime de l’incendie. Depuis samedi, l’homme de 79 ans s’est réfugié chez des membres de sa famille à Saint-Laurent. « Ce ne sont pas mes vêtements, je m’habille plus classy », a-t-il dit en rigolant, en pointant les habits de son frère qu’il était forcé de porter.

Se remémorant la nuit du 5 juin, il a expliqué qu’une première sirène avait sonné et qu’il avait quitté son logement assez rapidement. « Je n’ai même pas pris ma montre », dit M. Tabbakh, en regardant son poignet.

Il ne s’attendait pas à ce que les évènements soient d’une aussi grande ampleur. « On est descendu et on n’est plus remonté », décrit-il. Résidant de l’immeuble de la rue Brunswick depuis longtemps, M. Tabbakh affirme que son seul espoir est de rentrer chez lui.

À la retraite depuis un an, il réalise qu’il ne pourra pas demeurer avec sa famille bien longtemps, car la place va manquer. Il craint de ne pas pouvoir se payer un autre logement à Montréal, en pleine crise.

En 1997, lorsque M. Tabbakh a emménagé dans son trois et demie, celui-ci lui coûtait 420 $ par mois. Jusqu’à samedi, l’homme déboursait 630 $. Selon le site internet de York Holdings, un appartement de la même taille dans le même complexe se loue aujourd’hui entre 800 et 850 $ par mois.

Perte totale

Près d’une centaine de personnes étaient réunies derrière le ruban rouge délimitant le périmètre de sécurité. « Je suis dans une meilleure situation que d’autres personnes », a dit en souriant Sachin Koumar, malgré sa situation précaire. Conducteur d’Uber à temps partiel, il habite à Montréal, dans son quatre et demie incendié de Dollard-des-Ormeaux, depuis trois ans.

En pleine procédure d’immigration, l’homme de 33 ans affirme qu’il tire une leçon principale de cette tragédie. Soit de « numériser ses documents importants et d’y avoir accès via Google Drive, par exemple, [ce qui] aurait facilité la suite », analyse-t-il.

À 15 h, son ami et lui attendaient le feu vert pour accéder à leur logis. Ce signal n’est pas arrivé. Comme leur logement est situé dans une zone non sécuritaire, ils n’ont pas pu monter.

Observant les rideaux blancs de son appartement à partir du trottoir, M. Koumar a affirmé que c’était « une perte totale ». Alors qu’il voulait récupérer ses papiers d’identité et l’ordinateur que sa conjointe utilise pour ses études, il s’est fait dire que personne ne pourra les retrouver. « Pas les pompiers, pas les travailleurs de la construction qui travailleront à la refonte de l’immeuble », répète-t-il.

N’ayant pas d’assurances, M. Koumar réalise la précarité de sa situation. « Si j’avais eu des assurances, je serais plus en paix maintenant. »

Où loger ?

M. Koumar a commencé à chercher d’autres appartements en ligne. Lui qui paie présentement 1100 $ pour un quatre et demie remarque qu’en pleine crise du logement à Montréal, les appartements similaires se louent 400 $ ou 500 $ de plus.

Vêtu d’un chandail blanc et d’un bermuda vert, il précise en riant qu’il s’est procuré ces vêtements grâce au soutien financier de la Croix-Rouge. Logés à l’hôtel depuis samedi soir, M. Koumar, sa conjointe, son ami et la mère de ce dernier sont l’une des 75 familles que l’organisme prend en charge actuellement.

La Croix-Rouge, qui initialement logeait les sinistrés pour trois nuits dans deux hôtels de Montréal, a confirmé à La Presse que cette aide allait être prolongée. La durée exacte reste à préciser.

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