Signalements à la DPJ

Hausse des cas liés à la violence conjugale

CE QU’IL FAUT SAVOIR

Le nombre de signalements à la DPJ à Montréal a connu une hausse cette année, passant de 19 727 à 21 084.

Les signalements dont le motif est l’exposition à la violence conjugale ont plus que doublé en 10 ans : ils concernent près d’un signalement sur cinq à Montréal cette année.

Il manque 36 intervenants sur 101 à la DPJ de Montréal, soit six de plus que l’an dernier : une pénurie qui s’observe dans toute la province, selon l’APTS.

Non seulement le nombre de signalements à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) a atteint de nouveaux sommets à Montréal dans la dernière année, mais près d’un sur cinq a pour motif l’exposition à la violence conjugale. Et pendant ce temps, plus du tiers des postes d’intervenants sont vacants.

Un total de 21 084 signalements à la DPJ ont été recensés à Montréal en 2023-2024, a révélé le 21bilan annuel de la DPJ, présenté mardi.

L’année dernière, ce total s’élevait à 19 727.

Cette hausse pourrait s’expliquer par « l’effritement du tissu social autour des familles », a expliqué la directrice de la protection de la jeunesse au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Assunta Gallo, en conférence de presse.

Au Québec, les nouvelles sont meilleures. Ce sont 134 871 signalements qui ont été reçus dans les 12 derniers mois, une légère baisse par rapport à l’an dernier. Mais le total de cette année représente tout de même une hausse de 57 % depuis 10 ans.

Pour le cabinet du ministre responsable des Services sociaux, Lionel Carmant, il s’agit tout de même d’un pas vers l’avant, dit son attaché de presse, Lambert Drainville. C’est la première fois que le nombre total de signalements dans la province diminue en presque 20 ans.

Il s’agit de la deuxième année consécutive où une baisse des signalements qui sont retenus est constatée, tient à souligner la directrice nationale de la protection de la jeunesse, Catherine Lemay. Cette année, un peu plus de 42 000 signalements ont été retenus.

« Ça veut dire que ça, on est capables de mieux filtrer les situations avant qu’elles entrent dans tout le processus de la protection de la jeunesse », explique-t-elle.

Violence conjugale 

Autre constat du bilan : le nombre de signalements dont le motif est l’exposition à la violence conjugale a plus que doublé en 10 ans au Québec. On en dénombre plus de 17 000 en 2023-2024.

« Et je crois que ça sera encore pire l’an prochain », croit Mathilde Trou, coresponsable des dossiers politiques au Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, présente à l’annonce.

Depuis avril 2023, l’exposition à la violence conjugale constitue un motif de compromission à part entière pour faire un signalement à la DPJ. Avant ce changement, l’exposition à la violence conjugale était une sous-catégorie des mauvais traitements psychologiques.

Cette modification à la loi a permis une analyse plus approfondie de la problématique et la mise en place d’une approche spécifique aux besoins en matière de violence conjugale, a précisé Mme Gallo.

À Montréal, le ratio est alarmant : on dénombre 3813 signalements ayant pour motif l’exposition à la violence conjugale, soit 18 % des cas. Il s’agit de 440 cas de plus que l’an dernier.

Ces données ont poussé la DPJ à faire de la violence conjugale le thème de son bilan cette année.

L’objectif ? « Sortir la violence conjugale de l’intimité des lieux privés, sensibiliser la population, briser le silence, parce que ça demeure encore un sujet tabou », a précisé Mme Gallo.

Donnée étonnante : on observe aussi une hausse de 22 % des signalements effectués par les policiers par rapport à l’an dernier.

Selon Mme Trou, il serait possible que cette augmentation soit liée à la meilleure connaissance des signaux qui indiquent la présence de violence conjugale lors d’une intervention policière.

Pénurie de personnel

Les données du 21bilan de la DPJ ont révélé que les problèmes liés à la pénurie de main-d’œuvre dans le milieu des services sociaux ont empiré à Montréal.

Sur 101 postes d’intervenants pour l’évaluation de la situation des enfants au CIUSSS du Centre-Sud, qui chapeaute la DPJ à Montréal, 30 étaient vacants en juin dernier. Cette année, six postes de plus sont à pourvoir, soit un peu plus du tiers.

« C’est quand même important, la pénurie de main-d’œuvre qu’on vit présentement, a concédé Mme Gallo. Malgré les efforts qui sont faits, je sais que les intervenants nous partagent la pression qu’ils vivent. »

Le même phénomène s’observe à l’échelle de la province, note Sébastien Pitre, responsable national du dossier de la protection de la jeunesse et trésorier de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS). La proportion de postes vacants, dans les cas extrêmes, peut même s’élever à 75 %.

À Sept-Îles, par exemple, trois intervenants font le travail de 14 personnes, relève-t-il. Et l’un d’entre eux partira pour un autre secteur prochainement.

« [La question], ce n’est pas si une personne va tomber en arrêt de travail ou non, mais quand. Et la tâche et la surcharge de travail font en sorte que ce n’est pas attrayant pour quelqu’un qui finit l’école », ajoute-t-il.

La DPJ entend d’ailleurs mettre en place diverses méthodes de recrutement, notamment auprès des étudiants et du personnel des autres services du CIUSSS du Centre-Sud. Leur présence permettrait d’accomplir des tâches externes à l’évaluation des cas à la DPJ.

Salaire, mixité de la clientèle, hausse des problèmes de santé mentale, lacunes dans la formation : « Mettez-vous à la place d’un jeune qui finit son secondaire 5. Lorsqu’il regarde comment les services de la santé et des services sociaux vont, est-ce que c’est attrayant ? Pas vraiment », conclut M. Pitre.

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