ARTS VISUELS Aires libres

Une galerie d’art
en plein air

Le maire de Montréal, Denis Coderre, a inauguré, hier, la 7e édition d’Aires libres, la « piétonnisation culturelle » de la rue Sainte-Catherine qui devient cette année une véritable galerie d’art contemporain à ciel ouvert, au cœur du Village.

Près de la vitrine d’un club vidéo gai du Village, à l’angle des rues Sainte-Catherine et Saint-Timothée, la sculpture Rope dope grope nope pope, de Valérie Blass, surprend. On croit percevoir des branches et une corde marine, mais l’œuvre de grand format – représentative du style Blass et créée à creux perdu, donc unique – est en bronze.

« C’est une esthétique un peu bande dessinée, dit l’artiste montréalaise. Un peu comme l’énergie humoristique et violente du coyote du dessin animé Road Runner. » On retrouve les références aux marionnettes et aux fantômes que Valérie Blass a exploitées lors de sa dernière exposition à la Parisian Laundry.

La sculpture est une des 10 œuvres disséminées rue Sainte-Catherine dans le cadre d’un commissariat d’art contemporain conçu par Aseman Sabet. C’est aussi l’une des cinq sculptures réalisées spécialement pour l’événement piétonnier.

L’œuvre monumentale Cascade, du sculpteur Patrick Coutu, a été installée au coin des rues Panet et Sainte-Catherine. L’artiste a représenté une chute d’eau avec 1,5 tonne d’acier sur 4,5 mètres de haut. Il s’est inspiré des mathématiques, notamment de la répétition de figures géométriques. Avec sa morphologie à la fois massive et délicate et un style un peu Art déco, Cascade présente des jeux d’ombre et une structure différents selon l’angle du regard.

La pluie a fait rouiller l’œuvre et, de loin, elle a une allure organique et fantastique. Un très beau travail qui pourrait être installé l’automne prochain devant la galerie Division, qui représente Patrick Coutu.

Autre sculpture étonnante que celle de Louis Bouvier, L’œuvre d’art avec un grand "O", placée au coin des rues Wolfe et Sainte-Catherine. La sculpture associe références d’art classique, d’art antique et de kitsch, avec une de ces petites statues de pêcheur qu’on voit parfois devant des maisons québécoises, mais dotée d’une tête de lion. La statue est placée sur une colonne, laquelle repose sur un grand socle avec une autre colonne coiffée d’une amphore peinte aux couleurs du chandail de Charlie Brown. L’artiste étudiant à l’UQAM a utilisé trois couleurs qui, ô hasard, sont celles de la Banque Laurentienne devant laquelle la sculpture a été placée. « Ce n’était pas voulu », dit-il.

La station de métro Beaudry accueille également sur ses parois vitrées une œuvre du duo formé de Jim Holyoak et Matt Shane. Les vitrines de la succursale de la Banque Nationale au coin des rues Saint-Hubert et Sainte-Catherine présenteront en juin les œuvres de Jean-Benoît Pouliot, des tableaux lumineux concoctés avec des objets trouvés dans l’espace public. Des œuvres de Catherine Bolduc et Nicolas Flemming ont aussi été installées rue Sainte-Catherine, entre la rue Panet et l’avenue Papineau.

Aires libres présente également l’œuvre Haie, de Sylvain Bilodeau, de la firme Architecturama, gagnant d’un concours de la Banque Nationale. Il s’agit d’une structure de six panneaux photographiques toilés qui sont lumineux la nuit et forment six haies vertes le jour. L’œuvre est installée à l’angle des rues Wolfe et Sainte-Catherine.

L’installation Boules roses, de Claude Cormier, avec ses 3300 rubans constitués de 170 000 sphères roses suspendues au-dessus de la rue Sainte-Catherine, est de retour. Elle est même devenue si emblématique de Montréal que l’éditeur Ulysse l’a choisie pour illustrer son plus récent guide sur la métropole.

S’inspirant de ces boules roses, l’artiste new-yorkais Adrian Kondratowicz a d’ailleurs créé le projet d’art public Trash, qui consiste à distribuer des sacs-poubelle aux commerçants, sacs de couleur rose qui donneront à l’artère un air de gaieté chaque jour de ramassage des ordures.

« Aires libres est un événement rassembleur et créatif à l’image de la métropole, a dit le maire Coderre, hier. Je reviens d’un voyage en Europe où on m’a beaucoup parlé de Montréal, une ville où on est à la fois égaux et différents. »

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