Love, Victor

Jeune ado latino en quête d’identité

Disney+ fait des pas de géant en matière de diversité ces jours-ci. Arrive en effet sur nos écrans Love, Victor (Avec amour, Victor, en version française), une série touchante et divertissante pour adolescents en apparence archi-classique, à quelques détails non négligeables près. Le personnage principal est un jeune Latino, et il est en quête non seulement d’amour, mais surtout d’identité ! Moderne, vous dites ?

« Qui suis-je ? » Aux gars, aux filles, aux deux ? Telles sont les questions qui préoccupent ici le jeune Victor Salazar, 16 ans, qui rêve par-dessus tout d’une vie « normale et heureuse », bref, sans vagues, en débarquant dans son nouveau « high school », dans une émission produite par 20th Century Fox, diffusée l’an dernier sur Hulu et enfin offerte ici. Où ? Sur la toute nouvelle plateforme Star (pour adultes), de Disney+.

Vous vous souvenez peut-être du film Love, Simon (adapté du roman à succès de Becky Albertalli), rare comédie romantique adolescente à gros budget, mettant en scène une histoire d’amour gaie ? Love, Victor (à mi-chemin entre Sex Education et High School Musical, la musique en moins, la diversité sur tous les plans en plus) est campée exactement dans le même univers, la même école secondaire (même le personnage de Simon fait une apparition !), mais propose une histoire un brin différente. Moins simpliste. Et certainement d’autant plus réaliste. De la diversité au cube, donc, du jamais-vu à ce jour, aux dires de la production.

« L’histoire d’un jeune gars de couleur qui se questionne sur son orientation sexuelle, c’est du jamais-vu [à l’écran] ! »

– Ana Ortiz, qu’on a vue dans Ugly Betty et qui incarne ici la mère de Victor

« Va te faire f… » lance dès le premier épisode notre jeune héros au fameux Simon, dans un échange virtuel qui servira de trame narrative tout le long de cette première saison (avis aux intéressés : la deuxième est déjà en production). « Va te faire f… pour avoir eu les parents les plus ouverts, les amis les plus solidaires, parce que pour certains d’entre nous, ça n’est vraiment pas aussi facile. » Ça vous donne une idée du topo.

Avec, en prime, les habituels flirts, gags et ragots des séries pour ados du genre, enjeux familiaux, culturels et religieux en sus.

Autant Love, Simon proposait effectivement une version idéalisée du coming out (sorte de « bouillon pour l’âme », tel que l’avait qualifié notre critique Luc Boulanger), autant cette nouvelle série propose une variation en 10 épisodes sur le même thème, certes, mais avec des enjeux bien différents. Et une portée qu’on devine d’autant plus vaste.

Et bien évidemment, non, ça n’est pas innocent. « J’ai adoré qu’on raconte une expérience idéalisée dans Love, Simon, a expliqué, en rencontre de presse virtuelle de Californie, Brian Tanen, producteur exécutif et chef d’orchestre (show-runner) de cette nouvelle série. Mais ce n’est pas l’expérience de tout le monde. Et voici notre occasion de raconter une histoire différente. »

« Il était très important et totalement voulu de trouver un groupe de jeunes qui représenteraient le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.  »

– Brian Tanen, producteur exécutif et show-runner

Il se félicite de cette omniprésente diversité et ne s’en cache pas : « Peu de studios peuvent se permettre quelque chose comme ceci, dit-il. Moi, j’aurais adoré voir une série comme ça au même âge. » Pour cause : cette quête identitaire est lumineuse, pas franchement (ou si peu) torturée. C’est Disney, après tout. Le récit demeure divertissant, drôle et somme toute léger. Pas tout à fait rose bonbon, mais pas loin. Et ça aussi, c’est voulu : « On a voulu montrer qu’il y a de la lumière au bout du tunnel, de l’amour et de la joie qui vient avec l’appartenance à la communauté LGBTQ. Et à mon sens, c’est ce qu’il y a de plus intéressant dans cette émission. »

Tous les membres de la production abondent dans le même sens. Oui, c’est lumineux, au figuré, mais aussi au sens propre. C’est éclairant : « mais pas prêchi-prêcha », nuance Michael Cimino (qui incarne Victor), visiblement fier de faire partie d’un tel projet. « C’est super de raconter une histoire LGBTQ. Et il faut en raconter davantage », renchérit George Sear, son coup de foudre à l’écran. « Et le fait qu’une compagnie comme Disney raconte cette histoire est un très bon signe, ajoute-t-il, pour que plus de gens encore puissent s’identifier. »

Il y a encore du chemin à faire, c’est évident : car même si le temps des Fêtes nous a offert une panoplie de films LGBTQ (Happiest Season, A New York Christmas Wedding), les derniers chiffres indiquent au contraire un recul en matière de diversité sexuelle à l’écran, une première en cinq ans, révèlent les données compilées par Glaad (organisme de défense des droits des LGBTQ) et rapportées dans le New York Times. Cette année, les personnages non hétéros au petit écran sont plus que minoritaires, sous la barre des 10 %.

« C’est assurément une histoire d’adolescents qui n’a jamais été racontée d’une telle manière.  »

– Rachel Naomi Wilson (This is Us), la petite amie à l’écran

Tout le monde s’entend aussi ici sur la morale, porteuse s’il en est, qui en est une d’authenticité, de tolérance, d’acceptation et d’apprivoisement de soi. Et si vous croyez que le sujet est dépassé, détrompez-vous. En témoignent les nombreux messages de remerciements publiés sur les réseaux sociaux aux États-Unis, à la suite de la première diffusion. De gais dans le placard, de Latinos ou encore de Latinos gais dans le placard. « Être différent au secondaire, ça continue d’être une grosse affaire, reprend le producteur, Brian Tanan. Et je crois que je n’ai jamais travaillé de ma vie sur une émission qui pouvait avoir un tel impact comme celle-ci. »

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