66 km à la course

Un grand geste à la mémoire d’un grand homme

Dominic Lavallée a couru 66 km de Contrecœur à Montréal sous un soleil de plomb, dimanche. Son objectif : rendre hommage à Derek Aucoin et amasser des fonds pour la recherche sur le cancer.

Sous les applaudissements de proches et d’amis venus l’encourager, il est arrivé à l’Esplanade du Stade olympique peu avant 15 h, le corps vidé de toute son énergie, mais le cœur rempli de fierté.

M. Lavallée a quitté Contrecœur à 5 h, dimanche matin. Il a longé le fleuve Saint-Laurent avant de traverser le pont Jacques-Cartier, puis de descendre la rue Notre-Dame Est jusqu’au boulevard Pie-IX. Grâce à un traceur GPS, famille et amis pouvaient suivre son périple et l’accueillir à l’arrivée.

« [Je me sens] brisé et fier. C’était le plus gros défi de ma vie. Ça n’a pas été facile », a lancé l’homme de 37 ans en entrevue avec La Presse dans les minutes qui ont suivi son arrivée.

Il peinait à contrôler ses émotions. Avec raison.

« Quand j’étais à Longueuil, proche de la marina, je me disais : c’est tout ou rien, a-t-il relaté, la voix tremblante. C’est soit je continue en marchant, parce que je n’étais plus capable de courir du tout, ou j’arrête ça là et je déçois tout le monde. J’ai décidé de marcher. »

Une idée de fou

M. Lavallée n’a rien laissé au hasard lorsqu’il a eu son « idée de fou », il y a six mois. Il a décidé de parcourir 66 km le 6jour du 6mois, en référence au numéro que portait Derek Aucoin pendant sa carrière de baseball.

L’ancien des Expos de Montréal s’est éteint des suites d’un cancer du cerveau à l’âge de 50 ans, le 26 décembre dernier. La mort de Derek Aucoin, grandement apprécié du monde sportif québécois, en avait bouleversé plus d’un, dont M. Lavallée, qui l’avait rencontré à trois reprises.

« Derek, c’est un grand homme. C’est un homme que j’ai toujours admiré. Quand il est décédé, je me suis dit : tu ne peux pas laisser ça comme ça. C’est un homme qui te reconnaissait toujours. Il était toujours souriant, gentil, généreux… Il le méritait.  »

— Dominic Lavallée

Même s’il n’a pas couru l’entièreté des 66 km comme il l’aurait voulu, le natif de Sorel-Tracy a réussi à atteindre son point d’arrivée. M. Lavallée, faut-il le mentionner, n’est pas un coureur dans l’âme.

Quand il a décidé de se lancer ce défi, en janvier, il n’avait pas enfilé ses souliers de course depuis mars 2019. Dans les mois qui ont suivi, il a eu une tendinite au tendon d’Achille gauche et subi une microfracture à un pied – dont il souffre encore aujourd’hui –, ce qui a grandement limité sa préparation. Mais il a décidé de foncer quand même.

« C’est incroyable [d’avoir réussi], a-t-il lancé. J’ai vraiment failli lâcher. Je ne suis pas comme ça, mais tout le monde me disait de penser à ma santé. J’ai essayé d’y penser, mais en même temps, je ne me voyais pas abandonner. Je me suis dit : on va le finir. »

La cerise sur le gâteau : au terme de la journée, il avait atteint son objectif d’amasser 20 000 $ de dons pour la recherche en neuro-oncologie de l’Institut du cancer de Montréal.

« À la base, c’était ça, l’objectif. Je m’étais fixé un montant qui est assez gros, on va se le dire. Surtout pour quelqu’un qui est seul là-dedans. On l’a eu, je suis vraiment content. »

Les mêmes qualités que Derek

Tout au long de sa course, M. Lavallée était accompagné de sa conjointe Marie-Dominique Savard, de sa mentore Line Bouchard et de son collègue François Boulay, entre autres. Isabelle Rochefort et Dawson Aucoin, respectivement femme et fils de Derek Aucoin, se sont joints à lui à vélo pour les 10 derniers kilomètres.

« Je trouve que Dominic a partagé beaucoup les mêmes valeurs et qualités que Derek aujourd’hui : du courage, du respect, de la persévérance, de ne jamais abandonner, de donner.  »

— Isabelle Rochefort, femme de Derek Aucoin

« Qu’est-ce qu’il disait toujours, papa ? », a-t-elle demandé à son fils.

« Quand tu donnes, tu reçois, a répondu Dawson. Dominic a vraiment beaucoup donné avec le 66 km qu’il a fait aujourd’hui. »

La famille Aucoin avait rencontré Dominic Lavallée et sa conjointe au début du mois de décembre. Cette dernière, qui est également artiste peintre, lui avait offert une peinture à l’effigie de Derek. Quand Isabelle Rochefort a appris que le couple se lançait dans ce projet, elle n’a pu faire autrement que de l’appuyer.

« Si Derek avait été ici, il aurait dit oui, a-t-elle justifié. On ne pouvait pas dire non à un projet comme celui-là. C’est juste ce matin qu’on a réalisé combien 66 km, c’est quelque chose. Avec la journée qu’on a eue, la chaleur, l’humidité… Ça prend du courage. »

« Moi, je me suis dit qu’il était très chanceux que le numéro de baseball de mon père n’était pas 99 ! », a ajouté le sympathique jeune garçon de 9 ans.

Dimanche matin, avant son départ, Dominic Lavallée a publié sur sa page Facebook une photo du gentil géant. « Moi pis toi, on va avoir le temps de jaser aujourd’hui », avait-il écrit.

« On s’est jasé dans ma tête », a-t-il dit après sa course.

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