« Je ne vois pas ce qu’il pourrait arriver de pire »

Abbotsford — Malgré les fortes pluies qui continuent de tomber sur la vallée du Fraser, les résidants de la région ont reçu jeudi de rares bonnes nouvelles : les eaux n’ont pas recommencé à monter et certaines routes ont pu rouvrir. Mais personne n’avait envie de se réjouir, alors que la nature n’a pas dit son dernier mot.

« Comme vous pouvez l’imaginer, l’évènement météo d’aujourd’hui et les deux autres à venir ont été au cœur de nos préoccupations », a déclaré jeudi le maire d’Abbotsford, Henry Braun, au cours de son point de presse quotidien devant une poignée de journalistes.

Une fois l’évènement terminé, l’homme de 71 ans a quitté précipitamment la minuscule salle de l’hôtel de ville pour retourner au boulot. « Son horaire est très chargé en ce moment », confirme son attaché de presse.

La météo des prochains jours est d’ailleurs le principal sujet de discussion, a pu constater La Presse. Croisée alors qu’elle promenait son golden retriever sous la pluie, Leslie Stattler reconnaît qu’elle attend avec un peu d’anxiété les prochains jours.

Environnement Canada prévoit le passage d’une troisième rivière atmosphérique dès lundi, qui pourrait faire de nouveau beaucoup de dégâts dans la région.

« La semaine dernière, toute la rue ici était complètement inondée, on ne pouvait pas sortir. »

— Leslie Stattler, résidante d’Abbotsford

Elle se dit néanmoins plus chanceuse que certains de ses voisins. « On a eu un peu d’eau au sous-sol, mais d’autres ont été complètement inondés. »

Si l’eau s’est retirée de ce secteur, appelé Clayburn, les traces de la catastrophe étaient encore visibles lors du passage de La Presse. Des sacs de sable étaient toujours présents devant plusieurs propriétés, certains déchirés par le passage de l’eau.

Une seule pièce épargnée

Quelques rues plus loin, Brock Ritchie se montrait philosophe, une bière à la main devant sa maison inondée quelques jours plus tôt. « C’est la maison familiale que j’ai rachetée il y a 12 ans. Il n’y a jamais eu d’inondations ici, à peine un peu d’eau à l’occasion sur le terrain. »

À l’intérieur, seule une pièce a été épargnée, raconte-t-il, ouvrant la porte pour montrer son salon où un énorme ventilateur repose sur du contreplaqué. « J’avais un superbe plancher de bois, j’ai dû tout enlever. »

Craint-il les fortes pluies attendues dans les prochains jours ?

« Un peu, quand même, mais à ce stade-ci, je ne vois pas ce qu’il pourrait arriver de pire. Regardez, tout a été arraché sur le terrain, il y avait de la pelouse ici et là, tout est parti. »

— Brock Ritchie, résidant d’Abbotsford

Dans la plaine de Sumas, seules quelques routes sont ouvertes, permettant de constater en partie l’ampleur des dégâts. Plusieurs champs sont toujours inondés. Par endroits, on aperçoit des bouts d’asphalte arraché en plein milieu d’un champ. La reconstruction sera longue dans la vallée du Fraser, particulièrement pour les fermiers et les agriculteurs.

Plus tôt cette semaine, le maire d’Abbotsford a d’ailleurs reconnu que certains pourraient se laisser décourager par l’ampleur de la tâche et mettre leur ferme en vente. « C’est toute leur vie qui a été anéantie. »

Craintes quant à la qualité de l’eau

Les autorités s’inquiètent toujours d’ailleurs de la qualité de l’eau dans certains secteurs où son utilisation est proscrite, sauf pour les toilettes. Des milliers d’animaux morts n’ont toujours pas été retirés, auxquels il faut ajouter des véhicules et de la machinerie agricole inondés. Des analyses sont en cours, précise-t-on.

Quelques heures plus tôt, les autorités ont rouvert la Transcanadienne jusqu’à Chilliwack, située à une trentaine de kilomètres vers le nord. Une rare bonne nouvelle puisque cela devrait faciliter les déplacements dans la région. Des routes secondaires demeurent néanmoins fermées et plusieurs barrages policiers n’ont pas encore été levés.

Plus au nord, cependant, il faudra attendre jusqu’en janvier pour rouvrir l’autoroute de Coquihalla, a précisé jeudi le ministre des Transports de la province, Rob Fleming.

Tempête attendue

Le maire Henry Braun, lui, attend la prochaine tempête, qui devrait laisser tomber 80 mm de pluie dès mardi prochain, selon les prévisions d’Environnement Canada.

Il se dit convaincu que les digues renforcées autour d’Abbotsford empêcheront de nouvelles inondations pendant la tempête de jeudi et celle de samedi, mais il s’inquiète du troisième épisode prévu la semaine prochaine, d’autant que celui-ci pourrait apporter presque autant de précipitations que celles qui ont provoqué les inondations.

« Nous surveillons le niveau des rivières Nooksack et Sumas de très près, a-t-il insisté. En ce moment, nous avançons tout de même dans la bonne direction. Mais cela dit, il faudra des semaines pour réussir à pomper toute cette eau. »

95 % : les travaux de réparation de la digue à Abbotsford sont presque terminés, selon la municipalité.

Source : Ville d’Abbotsford

2000 $ : somme que chaque résidant évacué dans la vallée du Fraser recevra en raison des inondations, une première mesure à court terme annoncée par le gouvernement de la Colombie-Britannique.

Source : gouvernement de la Colombie-Britannique

Le risque d’incendies de forêt extrêmes augmente

Une nouvelle étude révèle que le risque d’incendies de forêt extrêmes augmente partout dans le monde, et l’Ouest canadien connaît certaines des augmentations les plus importantes. L’étude, menée par Ressources naturelles Canada et publiée jeudi dans la revue Nature, indique que la hausse des températures et la baisse de l’humidité sont les principales explications de ce changement. « Nous pouvons nous attendre à ce que les conditions météorologiques propices aux incendies deviennent plus extrêmes », a déclaré l’auteur principal, Piyush Jain. « Les futurs incendies vont brûler plus longtemps et plus intensément », a-t-il ajouté. M. Jain et ses collègues ont utilisé un outil appelé « indice Forêt-Météo », une évaluation numérique qui utilise les informations sur la température et les précipitations pour évaluer le danger d’un incendie de forêt incontrôlable. En Alberta, un indice Forêt-Météo de 19 est considéré comme très élevé. Au cours des années 1979 à 2020, cet indice pour les terres intérieures de la Colombie-Britannique a grimpé de 10 à 20 points. À l’échelle mondiale, l’indice a augmenté en moyenne de 14 %.

— La Presse Canadienne

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