CYCLONE AMPHAN EN INDE ET AU BANGLADESH

« Tout est perdu »

Des centaines de villages inondés, des cultures perdues et des maisons détruites par dizaines de milliers : le passage du cyclone Amphan a laissé jeudi des scènes de « dévastation inouïe » en Inde et au Bangladesh, où il a fait au moins 88 morts.

Abrité sous un lit avec sa femme et ses deux enfants, Shafiqul Islam a connu trois heures d’une attente insoutenable à prier que le cyclone Amphan ne souffle pas leur maison et les épargne.

Ce agriculteur de 40 ans du district côtier de Satkhira (sud-est du Bangladesh) pensait qu’Amphan, le plus puissant cyclone à s’être formé dans le golfe du Bengale depuis le début du siècle, passerait mercredi à côté de sa ville. Il n’est donc pas allé se réfugier dans l’un des milliers d’abris ouverts par les autorités.

Une « énorme erreur », s’est-il dit, terré à l’intérieur de sa maison, lorsque les éléments se déchaînaient à l’extérieur.

« Le vent était si puissant que nous avions l’impression qu’il allait tout aplatir », raconte-t-il à l’AFP, se tenant au milieu de décombres de maisons tordus par la violence du cyclone.

Les rafales et les pluies diluviennes ont emporté son toit de tôle ondulée et détruit presque tous ses biens. Mais lui et les siens ont eu la vie sauve.

« La plupart des maisons de nos voisins ont été mises à terre […] Nous sommes passés à deux doigts de la mort. »

— Shafiqul Islam

Après avoir envoyé leurs enfants dans un abri anticyclonique, Aleya Begum et son mari sont restés sur place pour protéger leurs quatre maisons. Mais leurs efforts ont été vains.

« Tout ce que j’ai construit au fil des décennies a été détruit en quelques heures. J’ai vu un certain nombre de cyclones. Celui-ci était le pire », dit cette femme de 65 ans.

« Tout est perdu », se lamente-t-elle.

« Indigents »

Le bureau des Nations unies au Bangladesh estime que le cyclone a affecté 10 millions de personnes et détruit le foyer de 500 000 personnes. Amphan a aussi fait au moins 84 morts en Inde et au Bangladesh, selon des bilans officiels encore provisoires jeudi.

Malgré des dégâts matériels considérables, les pertes humaines semblent avoir été limitées. Jusqu’à une époque récente, les bilans des cyclones les plus violents pouvaient se chiffrer en milliers de morts autour du golfe du Bengale.

En 1970, un demi-million de personnes avaient péri lors du passage du cyclone Bhola. Le dernier cyclone particulièrement meurtrier, Sidr, avait fait 3500 morts au Bangladesh en 2007.

Mais ce pays et l’Inde ont retenu les leçons des catastrophes des décennies précédentes : ils ont construit des milliers d’abris pour la population et mis en place des politiques d’évacuation rapide. Les systèmes de surveillance météorologique sont aussi plus sophistiqués.

3 millions

Nombre approximatif de personnes vivant dans des zones à risque que les autorités locales de l’Inde et du Bangladesh ont mises à l’abri à l’approche du cyclone Amphan

Les rafales d’environ 160 km/h et les pluies diluviennes n’étaient pas les seuls dangers. Les cyclones peuvent aussi provoquer une onde de tempête, un mur d’eau de mer haut parfois de plusieurs mètres, qui peut s’avérer particulièrement dévastatrice lorsqu’elle déferle sur les zones côtières.

Dans le village bangladais de Purba Durgabati, des centaines d’habitants ont bataillé toute la nuit contre les éléments pour essayer de consolider la digue les protégeant.

Mais la montée du cours d’eau, de quatre mètres par endroits, l’a pulvérisée sur près de deux kilomètres et a provoqué l’inondation de 600 foyers.

« Ma maison est sous l’eau. Mon élevage de crevettes a disparu. Je ne sais pas comment je vais survivre », déplore Omar Faruq, un villageois de 28 ans.

Ce désastre survient au moment où l’Inde et le Bangladesh sont confinés depuis fin mars pour lutter contre la pandémie de COVID-19, une mesure qui a donné un brusque coup d’arrêt à l’activité économique.

« Le coronavirus avait déjà frappé les gens de manière terrible. Maintenant, le cyclone les a rendus indigents », explique Bhabotosh Kumar Mondal, un responsable municipal de Burigoalini, l’une des villes les plus touchées au Bangladesh.

Une saison des ouragans « au-dessus de la normale » prévue en Atlantique

La saison 2020 des ouragans sera probablement « au-dessus de la normale » dans l’Atlantique, avec une prévision de trois à six ouragans de catégorie 3 ou plus, ont annoncé jeudi les services météorologiques américains. « Il y a 60 % de probabilité d’une saison au-dessus de la normale », a déclaré lors d’une conférence de presse téléphonique Neil Jacobs, responsable de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA). Cette saison 2020 pourrait être « extrêmement active », a-t-il ajouté, avec 13 à 19 tempêtes tropicales attendues dans l’Atlantique, dont 6 à 10 pourraient se transformer en ouragans. De trois à six d’entre eux pourraient atteindre la catégorie 3 ou plus, charriant des vents d’au moins 178 km/h. La saison dure officiellement du 1er juin au 30 novembre, avec un pic en août et septembre. La moyenne annuelle est de six ouragans, dont trois majeurs.

— D'après l'Agence France-Presse

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