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Nouvelle importante sur la scène sportive : Bell est le nouveau promoteur du Grand Prix de Montréal.

Exclusif

Bell devient le promoteur du Grand Prix

Le Grand Prix de Formule 1 du Canada a un nouveau promoteur : Bell.

Bell, plus importante entreprise de télécoms et de médias au pays, a fait l’acquisition du Groupe de course Octane, de l’entrepreneur François Dumontier, a appris La Presse. Bell a aussi conclu avec la F1 une prolongation de contrat de deux ans pour demeurer le promoteur local du Grand Prix du Canada jusqu’en 2031. L’annonce officielle doit avoir lieu ce vendredi.

Il s’agit d’une nouvelle importante sur la scène sportive québécoise. Avec cette transaction, Bell met la main sur l’un des évènements sportifs les plus importants et les plus prestigieux au pays. Et le Grand Prix – plus important évènement touristique au Canada avec des retombées économiques de 63 millions – bénéficiera de l’appui du plus grand conglomérat canadien de médias et de télécoms.

Depuis 2010, l’entrepreneur François Dumontier, propriétaire unique du Groupe de course Octane, était le promoteur local du Grand Prix du Canada. Il n’était toutefois associé à aucun grand conglomérat médiatique.

Bell s’intéresse depuis longtemps à l’univers de la F1 et le connaît bien : l’entreprise détient déjà depuis des décennies les droits de télé de la F1 au Canada. Ses chaînes RDS et TSN diffusent la F1 respectivement depuis 1994 et 1992. En 2020, RDS et TSN ont renouvelé l’entente leur donnant les droits de diffusion exclusifs de la F1 au Canada jusqu’à la fin de la saison 2024.

François Dumontier reste en poste à long terme

Le promoteur François Dumontier suivra son entreprise chez Bell. En pratique, celui qui connaît bien les rouages et l’univers de la F1 depuis des décennies continuera à long terme son travail de promoteur local du Grand Prix du Canada. Tous les employés du Groupe de course Octane conservent leur emploi.

En fait, le Groupe de course Octane continuera d’être exploité comme une entreprise indépendante. Un peu comme Bell est déjà propriétaire minoritaire des studios MTL Grandé à Montréal, de MLSE (propriétaire des Maple Leafs et des Raptors de Toronto), des studios de cinéma Pinewood à Toronto et du Groupe Juste pour rire – toutes ces entreprises sont exploitées de façon indépendante. La seule différence : Bell a acquis 100 % du Groupe de course Octane.

Remboursement des billets

Avec l’annulation du Grand Prix en 2020 et en 2021 en raison de la pandémie, le Groupe de course Octane n’a pu tirer de revenus de la course de F1 depuis deux ans. Les détenteurs de billets pour l’édition 2020 pourront les conserver pour l’édition 2022. Bell annoncera aussi ce vendredi les modalités pour les détenteurs de billets qui veulent plutôt être remboursés.

Quand la F1 est revenue à Montréal en 2010 après un an d’absence, c’est François Dumontier, longtemps l’un des lieutenants du promoteur Normand Legault, qui est devenu le promoteur local du Grand Prix.

Le Groupe de course Octane a organisé la course de 2010 à 2019. Il avait un contrat avec la F1, distinct de celui liant les différents ordres de gouvernement, pour être le promoteur local jusqu’en 2029. Bell et le Groupe de course Octane annonceront ce vendredi avoir obtenu une prolongation de deux ans.

Comme promoteur du Grand Prix, Bell/Groupe de course Octane couvre les dépenses d’organisation du Grand Prix et touche les revenus locaux de l’évènement (par exemple, les revenus des billets et ceux de la vente de nourriture et de boissons sur le site). Il doit partager un certain pourcentage de ses revenus locaux avec la F1. Il ne touche rien des revenus mondiaux (comme les droits télé).

Le promoteur local n’est pas partie prenante du contrat entre la F1 et les gouvernements, qui paient des droits annuels à la F1 pour pouvoir présenter un Grand Prix à Montréal. Ce contrat entre la F1 et les gouvernements vient d’être prolongé cette semaine pour une période de deux ans lui aussi : Ottawa, Québec et Montréal paieront à la F1 (Liberty Media) 25 millions en 2030 et 26 millions en 2031. Le promoteur local ne touche pas cet argent.

Rivalité avec Québecor

En faisant l’acquisition du Groupe de course Octane, Bell fait d’une pierre deux coups : l’entreprise met la main sur un évènement sportif majeur et dame le pion en F1 à son grand rival Québecor.

Au Québec, Bell et Québecor se livrent une concurrence féroce dans le milieu des médias, des télécoms et de l’industrie du divertissement. Québecor a une valeur en Bourse de 8,3 milliards, comparativement à 52,5 milliards pour Bell. Les activités de l’entreprise dirigée par Pierre Karl Péladeau sont concentrées presque uniquement au Québec, alors que Bell fait des affaires partout au Canada.

Depuis un an, Bell a une chaîne de télé généraliste francophone, Noovo, pour faire concurrence à Québecor, plus important groupe de médias au Québec, tant au petit écran (Groupe TVA) que dans les médias d’information (Le Journal de Montréal, par exemple).

Bell est aussi actionnaire minoritaire du Groupe CH, géant du divertissement au Québec. Le Groupe CH est propriétaire de l’équipe de hockey du Canadien de Montréal, du Centre Bell, de l’Équipe Spectra et du promoteur de spectacles evenko. Il gère nombre de salles de spectacle et de festivals (dont le Festival international de jazz de Montréal) et détient aussi des festivals (comme Osheaga). Ensemble, Bell et le Groupe CH possèdent aussi 51 % du Groupe Juste pour rire.

Autant le Groupe CH et Bell sont importants dans le milieu du divertissement à Montréal, autant Québecor l’est à Québec, en exploitant le Centre Vidéotron, la Baie de Beauport et Le Capitole. Québecor est aussi un acteur majeur en musique (Musicor) et détient deux équipes de hockey junior et un promoteur de spectacles, Gestev, établi à Québec.

Entreprises

Bell n’a pas peur de Rogers-Shaw… ni d’Elon Musk

Bell n’a peur de personne en télécoms. Pas même de Rogers-Shaw.

Si l’achat de Shaw par Rogers se concrétise, Bell aura pour la première fois un rival sensiblement de sa taille à l’échelle du pays.

Mais cette transaction à 26 milliards de dollars n’effraie pas Bell, qui resterait tout de même le plus gros acteur du Big 3 des télécoms. « J’aime notre composition d’actifs actuellement, et nous sommes bien positionnés pour gagner dans une ère de convergence », a dit Mirko Bibic, président et chef de la direction de BCE (Bell), jeudi lors d’une conférence avec des analystes financiers.

Il faut dire que Mirko Bibic a bien jaugé les conséquences de l’achat de Shaw par un membre du Big 3. La semaine dernière, le Globe and Mail a révélé que Bell avait aussi déposé une offre pour acheter Shaw au cours des derniers mois. L’offre initiale de Bell était même supérieure à celle de Rogers. Pour finir, les deux rivaux ont offert le même prix : 40,50 $ par action de Shaw.

Sauf que Rogers était d’accord pour verser 1,2 milliard à Shaw si la transaction n’avait pas lieu (par exemple, si elle était rejetée par les autorités réglementaires). Bell, qui est plus gros que Rogers et qui aurait eu plus de difficultés à convaincre les autorités réglementaires, offrait à Shaw des frais de résiliation moins élevés.

Shaw a donc choisi l’offre de Rogers. Et Bell a maintenant les yeux tournés vers l’avant.

« Nous allons toujours regarder les occasions qui se présentent et [miser] sur [celles] qui ont du sens pour nos actionnaires. Nous avons regardé [cette transaction] et nous avons décidé de ne pas procéder. Maintenant, ce n’est plus notre transaction. Nous allons continuer à croître et à être un concurrent formidable. »

— Mirko Bibic, président et chef de la direction de Bell

La priorité de Bell en 2021 : investir dans ses réseaux de télécoms, tant dans le sans-fil que dans l’accès à l’internet haute vitesse.

D’ici la fin de l’année 2021, Bell espère faire passer de 30 % à 50 % la proportion des Canadiens qui ont accès à son réseau de sans-fil 5G.

Bell veut aussi accélérer le déploiement de l’internet haute vitesse à la maison dans les régions rurales du pays.

Au Québec, environ 250 000 foyers n’ont pas accès à l’internet haute vitesse (vitesse de téléchargement de 50 mbps, vitesse de téléversement de 10 mbps, données illimitées), soit 6,5 % des foyers au Québec. D’ici l’automne 2022, Québec et Ottawa financeront le branchement de 148 000 foyers au Québec par le truchement de programmes subventionnés. Sur ce nombre, Bell branchera environ 31 000 foyers. En plus des foyers subventionnés, Bell branchera aussi d’autres nouveaux foyers n’ayant pas accès à l’internet haute vitesse.

La concurrence d’Elon Musk

Dans la course pour brancher à l’internet les régions éloignées, un rival inhabituel point à l’horizon : l’excentrique entrepreneur américain Elon Musk.

(Né en Afrique du Sud, M. Musk a aussi la nationalité canadienne, car sa mère est canadienne. Il a vécu trois ans au Canada au début de la vingtaine avant de s’établir aux États-Unis.)

Entrepreneur « rock star », M. Musk est au troisième rang des personnes les plus riches au monde, avec une fortune de 167 milliards selon Forbes. Il a révolutionné le monde automobile avec Tesla et veut créer le tourisme spatial avec SpaceX.

Avec SpaceX, Elon Musk a aussi commencé à offrir l’internet haute vitesse par l’entremise d’un réseau de satellites en orbite (Starlink). Un investissement mondial à long terme estimé à 10 milliards US. La version bêta de Starlink a été approuvée au Canada l’automne dernier et est offerte uniquement dans certaines régions éloignées pour l’instant.

Bell estime son service d’accès internet supérieur à celui de Starlink. « Nous avons une offre attrayante, qu’on se compare à Starlink ou à n’importe quel autre concurrent. Une différence importante avec Starlink : ce sont nos techniciens qui font l’installation et qui vont sur place s’il y a un problème. Le client n’est pas obligé de monter lui-même sur le toit pour faire l’installation », a dit Mirko Bibic jeudi lors de l’assemblée annuelle de BCE.

Bell négocie justement sa convention collective avec ses employés syndiqués qui font le service à domicile. L’entreprise vient de rapatrier à l’interne (plutôt qu’en sous-traitance) son service pour l’internet sans fil à la maison au Québec et en Ontario.

Pour le premier trimestre (janvier à mars) de 2021, Bell a surpassé les prévisions des analystes financiers, générant des profits (BAIIA ajusté) de 2,43 milliards sur des revenus de 5,71 milliards. Le titre de BCE s’est apprécié de 0,52 % jeudi, pour clôturer la séance à 57,99 $ à la Bourse de Toronto.

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