La bouteille en papier, graal ou utopie verte ?

Certaines entreprises présentent la bouteille en papier comme la solution miracle pour réduire le plastique, dont l’utilisation est de plus en plus controversée. Sauf que cette option est loin de représenter une panacée.

Coca-Cola a dévoilé à la fin d'octobre son prototype de bouteille en papier fabriqué à son laboratoire en Belgique. La multinationale américaine rejoint ainsi d’autres entreprises comme L’Oréal, Carlsberg et Pepsi, qui investissent également dans la recherche pour concevoir une bouteille faite uniquement avec du papier.

L’idée paraît attrayante, d’autant plus qu’il se produit chaque année 80 milliards de bouteilles de plastique sur la planète. Une grande partie n’est tout simplement pas recyclée, ce qui contribue au problème grandissant de la pollution par le plastique.

C’est sans compter les émissions de carbone générées par le plastique, qui est fabriqué à partir de produits pétroliers. En mai 2019, le Center for International Environmental Law (CIEL) estimait d’ailleurs que le plastique pourrait représenter entre 10 et 13 % des émissions de carbone en 2050.

La bouteille en papier fait donc rêver, mais elle n’est pas à l’abri des critiques. « Il y a beaucoup de marketing vert [greenwashing] derrière cette idée, affirme Drishti Masand, qui est analyste chez Lux Research, à Boston. Les gens perçoivent le papier comme étant plus écologique, mais ce n’est pas aussi simple. »

Il faut une très grande quantité de papier pour produire une seule bouteille, qui nécessite plusieurs couches de fibres. Il faut jusqu’à sept fois plus de matière première que pour une bouteille en plastique, estime Mme Masand. Ce qui augmente aussi les coûts de production.

« S’il fallait remplacer toutes les bouteilles de plastique produites chaque année par des bouteilles en papier, nous n’aurions tout simplement pas assez de forêts pour le faire. »

— Anthony Schiavo, analyste senior chez Lux Research

L’un des principaux défis consiste à protéger le papier du liquide qu’il contient. Les prototypes présentement à l’essai contiennent tous une mince pellicule de plastique. Les entreprises affirment que cette pellicule peut être retirée pour faciliter le recyclage des bouteilles en papier. Une affirmation qui fait sourciller Drishti Masand, considérant les défis actuels dans le recyclage des produits de papier doublés d’une couche de plastique.

Anthony Schiavo doute d’ailleurs qu’on puisse élaborer une bouteille faite uniquement de papier dans les prochaines années. Et si c’était le cas, les bouteilles en plastique ne disparaîtraient pas pour autant du marché. Le papier n’occuperait qu’une infime part du marché de la bouteille, selon lui.

Il faut mettre tous les éléments dans la balance, signale M. Schiavo. « En considérant tous les enjeux, il n’y a pas de preuves claires pour appuyer l’idée que la bouteille en papier serait plus verte que celle en plastique », conclut Drishti Masand.

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