Phénomena

D. Kimm et l'art de se mettre en danger

D. Kimm a fondé sa compagnie Les filles électriques il y a 20 ans et le festival Phénomena, en cours jusqu’au 22 octobre, il y a 10 ans. Elle avait auparavant dirigé le festival Voix d’Amérique de 2003 à 2011 et le Festival de littérature de 1995 à 1998. Toujours avec une soif de liberté partagée avec les artistes et le public.

D. Kimm possède l’énergie d’une mini centrale électrique. En 34 ans de carrière, elle a dirigé plusieurs festivals, mais aussi publié des recueils de poésie, réalisé des vidéos, écrit des spectacles pour adultes et jeune public, fait de la musique et, dans ses « temps libres », elle apprend le langage des signes.

« Je suis spécialiste en rien et autodidacte en tout, dit-elle en riant. Beaucoup de mes projets viennent de mon envie de travailler avec certains artistes dans ma nécessité intérieure qui est de me renouveler constamment. »

Elle dit aimer les festivals parce qu’ils permettent une rencontre plus cordiale avec le public. Fusion de toutes ses expériences artistiques, Phénomena s’inscrit dans une quête continuelle d’indépendance artistique.

« Le festival est un lieu de prise de risques. Je me mets en danger avec des artistes qui partagent ça. Nous allons vers des choses surprenantes en les présentant dans des lieux inusités. J’aime l’extravagance de gens créatifs, ceux qui sont too much. »

— D. Kimm

Le festival présente beaucoup de créateurs ayant plusieurs cordes à leur arc, des gens dont on ne connaît souvent qu’une seule facette créative.

« À Phénomena, les artistes peuvent explorer dans le but de ne pas faire ce à quoi on s’attend d’eux et d’elles. On cloisonne vite les gens et j’ai envie de leur offrir ces possibilités. Je leur dis qu’ils peuvent repartir à zéro chez nous. »

Tout-inclus

La directrice écrit tous les textes du programme, s’occupe des demandes de subvention et de la promotion, accueille le public en salle, échange avec lui à la fin du spectacle et reste aux petits soins avec les créateurs.

« C’est toujours donnant-donnant dans la vie. Les artistes sont très généreux avec moi lorsqu’ils acceptent mon invitation, moi, je m’occupe bien d’eux. »

Sa compagnie, Les filles électriques, organise le festival, mais travaille aussi à ses propres créations durant l’année et fait de la médiation culturelle. « C’est beaucoup de travail, mais je possède aussi beaucoup d’énergie. C’est le prix à payer pour être libre. »

Les obstacles et les préjugés ne l’ont jamais arrêtée. Phénomena n’a pas à remplir de grandes salles. Le festival présente plusieurs activités à la petite, mais combien chaleureuse, Sala Rossa.

Sans rêver à une grande expansion, D. Kimm aimerait toutefois pouvoir défrayer plus de créateurs de l’étranger avec un meilleur budget.

« Je sens que Phénomena est reconnu comme un festival intègre et inclusif. C’est niché, mais ça reste accessible. L’objectif est de créer une rencontre entre des artistes atypiques et le public. On fait en sorte que le public se sente toujours à sa place quand il vient voir un spectacle. »

Débats sociaux

D. Kimm ne prend pas position dans les débats du moment qui touchent la société, comme le racisme ou l’inclusion, préférant « faire des gestes concrets. »

« Cette année, je travaille avec Claudia Chan Tak qui a préparé deux soirées avec des artistes de la diversité. La source du racisme ou de l’intolérance, c’est la peur de l’autre. Moi, j’ai juste envie de faire connaître l’autre. C’est ma façon de m’engager. »

Comme artiste, elle a ses doutes et ses peurs, mais la perfectionniste en elle aime aller au front. Elle aime mieux foncer que d’attendre. Et si un problème survient ? « C’est à moi de le régler. C’est moi, la responsable. Ça me soulage, d’une certaine façon, de penser comme ça. »

Avide d’art et de culture depuis l’enfance, mais dans une famille n’ayant pas de tels penchants, elle confie que la création lui « a sauvé la vie ». Il n’est donc pas question d’arrêter.

« Phénomena va se poursuivre. On va avoir chaque année un cabaret dada, une belle tradition à nous. Je souhaite travailler encore avec Claudia, une jeune artiste extraordinaire. On va présenter des spectacles extérieurs pour rejoindre un autre public. Et on va surtout continuer de prendre des risques. »

Les coups de cœur de D. Kimm

Cabaret dada pandémique, les 14 et 15 octobre à la Sala Rossa

« C’est un beau groupe avec, entre autres Stéphane Crête et Nathalie Claude, une nouveauté aussi de le faire sur deux soirs. Les artistes m’ont tous dit oui, malgré le fait qu’on est restés longtemps incertains quant au nombre de spectateurs permis. »

L’œil éveillé, les 16 et 17 octobre à la Sala Rossa

« C’est un projet à long terme avec un collectif de six artistes sourds. On avait déjà présenté un artiste américain sourd qui faisait de la poésie en langue des signes. Grâce à la professeure Véronique Leduc de l’UQAM, j’ai rencontré ici une communauté d’artistes sourds très rock’n’roll, rebelle. »

Mix tape A et B, les 20 et 21 octobre à la Sala Rossa

« Ce sont vraiment de bons artistes. Claudia Chan Tak a jumelé le monde de la danse avec le spoken word et la vidéo autochtone. En première partie, il y aura un chanteur. Ce sont pour la plupart des artistes émergents. »

Les 10 ans de Phénomena – exposition, jusqu’au 22 octobre, à la maison de la culture du Plateau-Mont-Royal

« L’expo comprend 266 photos en grand format de Caroline Hayeur, notre photographe officielle, où l’on voit très bien la diversité qu’on offre. Ce sont des photos fantastiques de spectacles présentés un peu partout pendant nos 10 ans. »

Paysages avec créatures, le 22 octobre à la Sala Rossa

« Dominique Leduc avait fait un numéro dans le cabaret dada de Momentum en 2016 que j’avais aimé. C’est une excellente comédienne qui prend un gros risque avec ce spectacle où le corps est en vedette. C’est une très belle performance sans paroles. »

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