Maison

Démarrer son potager

Le jardin potager
Bertrand Dumont
Éditions Multimondes, 2021
288 pages

Vous prévoyez faire un potager et rêvez grand en imaginant ces plantes comestibles qui passeront du jardin à l’assiette. L’enthousiasme ne manque pas à ce temps-ci de l’année et c’est tant mieux ! Votre défi sera fort probablement de modérer vos ardeurs pour éviter de faire le grand écart entre vos désirs et la réalité, plus tard en saison.

Quelles sont vos attentes ?

La neige n’a pas encore complètement fondu que le jardinage occupe les pensées. C’est le bon moment d’imaginer ce potager idéal avant de passer aux choses concrètes. Veut-on pouvoir aromatiser ses verdures de fines herbes ou faire de la mise en conserve en fin de saison ? S’agit-il de manger bio, d’avoir accès à des légumes plus goûteux, de faire des économies ou d’initier ses enfants au jardinage ? Les raisons de faire un potager ne manquent pas, ce qui n’est pas toujours le cas des moyens dont on dispose ni des compétences, d’ailleurs.

Si vous faites vos premières armes, commencez petit, suggère Bertrand Dumont, horticulteur et baladodiffuseur, car un investissement plus grand est à prévoir la première année, en énergie et en argent. Pour un jardin de 4 pi sur 6 ou 8 pi, on s’en tire en moyenne avec un budget d’une centaine de dollars. L’opération est toutefois rentable : chaque dollar investi permet d’épargner de 8 à 10 $ de produits frais à l’épicerie, hormis la première année, où chaque dollar équivaut plutôt au double.

La qualité du sol est le facteur qui risque de faire varier la facture au début, mais il s’agit d’une dépense non négociable, selon Bertrand Dumont. « Faire un potager sur un mauvais sol équivaut à construire une maison sur de mauvaises fondations. Selon l’état du terrain, l’ajout de terreau ou de compost est donc à prévoir. »

Le facteur temps n’est pas à négliger, précise également François Bernier, de La Brouette. Prévoyez environ une ou deux heures par semaine pour un potager de 5 pi sur 10 pi. Partagez les tâches en faisant participer les enfants dès le départ dans la planification, suggère le cofondateur de l’organisme qui travaille au développement de l’agriculture urbaine. Le jardinage exige patience et humilité, rappelle-t-il. « Sur les réseaux sociaux, je vois des gens qui ont déjà commencé des semis de radis à l’intérieur. Chaque chose en son temps ! Ça vaut pour les semis comme pour les récoltes. »

L’ensoleillement : crucial

Les plantes potagères exigent, dans la plupart des cas, un minimum de 8 heures d’ensoleillement par jour, idéalement 12 heures.

« Assurez-vous d’abord d’avoir des conditions de culture propices. Si la façade de la maison est plus ensoleillée et que le règlement municipal le permet, installez-y une partie du potager ou intégrez des plantes potagères aux plates-bandes décoratives », suggère François Bernier. De nombreux légumes et fruits grimpent ou s’accrochent à des structures, et permettent ainsi de jardiner à la verticale. Cette option, comme celle du jardinage en contenants, est à explorer pour exploiter la superficie du terrain et bénéficier d’un ensoleillement optimal, surtout en ville.

Prévoir le rendement

Fraîcheur ou conserves ? Telle est la question !

Pour un potager fraîcheur qui comble les besoins en légumes d’une famille de quatre personnes pendant tout l’été, il faut prévoir une superficie de 35 à 40 m2, ce qui exclut les légumes ou les fruits qui prennent plus de place en terre comme la rhubarbe, les pommes de terre ou les asperges. Si on souhaite faire des conserves en fin de saison, il faudra plutôt doubler cette surface, indique Bertrand Dumont.

Choisir ses fruits et ses légumes

Optez pour des légumes que vous aimez, mais qu’on trouve moins facilement à l’épicerie, suggère l’expert : des tomates vertes, zébrées ou groseilles, par exemple. Cultivez encore des plantes qui sont plus souvent contaminées par les pesticides comme les concombres, les choux frisés, les céleris ou les poivrons.

Misez sur des plantes plus faciles à produire que d’autres. C’est le cas des fines herbes, des tomates, des haricots, des bettes à carde, des laitues en feuilles, des courgettes, des choux, des concombres, des radis, des piments et des poivrons. Les légumes racines sont plus exigeants, prévient Bertrand Dumont, notamment parce que tout se passe sous terre. Il est donc difficile de jauger l’état des semences et des plants, et d’évaluer le bon moment pour leur récolte. Les plantes qui poussent normalement dans des climats chauds, comme les melons ou les aubergines, seront aussi plus sensibles à l’humidité et aux coups de froid.

Dans tous les cas, optez pour la diversité plutôt qu’une monoculture, affirme Bertrand Dumont. « Si vous avez une seule variété de tomates et qu’elle est affectée par un ravageur ou une maladie, c’est toute la récolte qui y passe. À moins de connaître le rendement d’une variété dans son potager et d’en vouloir en bonne quantité, contentez-vous d’un ou deux plants pour chaque variété. »

Faire un plan ou pas ?

« Je parlerais plutôt de croquis à l’échelle que de plan, répond Bertrand Dumont. Je le fais à la main pour savoir ce qui entre dans la superficie du potager et combien je dois acheter. Les plants de fruits et de légumes ne peuvent être retournés », rappelle-t-il.

Oubliez les rangs de légumes qui alternent avec des allées, ajoute François Bernier. « Cette façon de jardiner est révolue : les plantes s’assèchent plus vite et la terre est trop compacte, sans compter que ça limite grandement la production. Travaillez plutôt en planches larges de 36 à 48 po, soit plus ou moins la longueur d’un bras. »

Des ressources

• Il serait étonnant que le jardinier débutant ou expérimenté ne trouve réponse à ses questions dans Le jardin potager, de Bertrand Dumont.

• La Brouette propose un guide d’accompagnement gratuit pour la planification d’un potager. Le document comprend un outil permettant de concevoir un plan du potager. On y trouve entre autres des formes à découper et à coller sur papier quadrillé pour différents plants à maturité.

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