Montréal ferme ses skateparks, terrains de soccer et modules de jeux

La Ville de Montréal ferme les modules et les aires de jeux de tous ses parcs pour une durée indéterminée, en continuité avec la décision du gouvernement d’interdire les rassemblements intérieurs et extérieurs jusqu’à nouvel ordre.

La fin de semaine était idéale pour se remplir les poumons d’air frais. Des voisins buvant leur café au soleil se saluaient d’un balcon à l’autre, des familles avaient sorti les vélos et l’odeur de nourriture réconfortante (de tartelettes portugaises ?) émanait des maisons.

En temps normal, avec cette météo printanière, le parc La Fontaine aurait été bondé. Il y avait certes des marcheurs, qui gardaient leurs distances, des joggeurs, qui les contournaient avec une vigilance inhabituelle, et des amoureux qui se regardaient dans le blanc des yeux. Mais rien de comparable à la foule qu’on y retrouve habituellement.

Sur un banc, assises chacune à son extrémité, deux sœurs fêtaient leur anniversaire. Une coupe de cosmopolitain à la main, un gâteau dans l’autre, elles célébraient en mode « COVID-19 ».

« On fait ça dehors ! Ma fête, c’est le 8 mars, et ma sœur Marie-Claude, c’est le 22. Normalement, on fête ça le 15, mais cette année, on était trop énervées. On se reprend aujourd’hui, en gardant nos distances », a raconté Danièle Langlois.

Les aires de jeux évacuées

Pendant que la majorité de la population s’efforçait de respecter les nouvelles recommandations, d’autres les ignoraient, dans les deux sens du terme.

Au parc du Père-Marquette, situé dans Rosemont–La Petite-Patrie, une vingtaine d’adultes se disputaient une partie de soccer. Les contacts étaient rares, voire inexistants, mais la proximité physique entre les joueurs était inévitable.

« Je ne savais pas qu’on n’avait pas le droit d’être plusieurs personnes. Je n’écoute pas les nouvelles », a admis Nick Yeretsian, conscient qu’il devrait changer ses habitudes.

« Je suis arrivé tout seul, et au début, je ne voulais pas trop jouer avec les autres, mais finalement, il y a tout ce monde, dit-il, en pointant tous les joueurs sur le terrain. Par contre, sans avoir eu besoin de nous le dire, personne ne se touche. »

Nick et les autres l’ignoraient encore, mais cette partie de soccer était peut-être leur première et leur dernière du printemps. La Ville de Montréal a réagi en moins de 24 heures au nouvel effort demandé par le gouvernement Legault et a annoncé la fermeture de ses aires de jeux sur-le-champ.

« La Ville de Montréal annonce la fermeture des modules et aires de jeux situés dans tous les arrondissements de Montréal. La fermeture est en vigueur dès maintenant pour une durée indéterminée. »

— Extrait du communiqué publié par la Ville de Montréal, dimanche

Dans l’heure qui a suivi le point de presse quotidien du gouvernement du Québec, dimanche, des employés municipaux installaient des rubans jaunes pour interdire l’accès aux aires de jeux des parcs de la ville. Au parc du Père-Marquette, le premier ruban installé autour du skatepark n’a pas fait long feu. Peu après son installation, des dizaines de jeunes étaient de retour avec leur planche à roulettes et leur trottinette sur l’aire bétonnée.

« Il faut bien qu’ils sortent dehors, sinon, ils vont finir par s’entre-tuer », a dit Jean Thivierge, un père venu avec ses deux adolescents de 12 et 13 ans. « Moi, je ne vois pas de problème à être ici. Ils ne se touchent pas, et de toute façon, ils se laissent de l’espace, sinon ils se rentrent dedans. »

En fin d’après-midi, trois voitures de patrouille du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) sont intervenues. L’une d’elles a circulé dans le parc avec un policier à bord qui indiquait par son haut-parleur que le parc était fermé et que les gens devaient se disperser. Une fois le skatepark évacué, un autre policier a installé un nouveau ruban de sécurité pour en interdire l’accès.

« Deux personnes, c’est un rassemblement »

Depuis samedi, en vertu d’un nouveau décret, les rassemblements sont maintenant interdits, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

« Deux personnes, c’est un rassemblement », a souligné le premier ministre lors du point de presse de dimanche, précisant que la mesure ne s’appliquait pas aux membres d’une même famille vivant ensemble.

La Santé publique a le pouvoir de faire appliquer ses directives avec l’aide des policiers, notamment d’interdire les rassemblements et d’obliger une personne déclarée positive à s’isoler. Or, le gouvernement ne souhaite pas en arriver là et demande à la population de collaborer.

« Je continue à être très satisfait du respect des consignes dans la grande, grande, grande majorité des cas. Il y a quelques cas isolés où les policiers ont dû intervenir. »

— François Legault, dimanche

« Ce qu’on a demandé aussi aux policiers, c’est de faire une espèce de veille, puis d’informer les gens qui ne seraient pas encore informés des consignes. Encore là, on ne veut pas aller avec la répression. Moi, je continue de compter sur la collaboration de tous les Québécois », a pousuivi le premier ministre.

Des interventions de la police

Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) est intervenu dans la nuit de samedi à dimanche pour mettre fin à une dizaine de rassemblements, « majoritairement » dans des résidences privées.

« Les interventions se sont bien déroulées dans l’ensemble » et « les policiers ont obtenu une bonne collaboration de la majorité des citoyens interpellés », a déclaré le SPVQ dans un communiqué. « Une seule intervention a nécessité l’application des mesures prévues au décret, car l’individu interpellé démontrait une absence totale de collaboration. » Selon le porte-parole Étienne Doyon, une personne a été arrêtée en vertu de la réglementation municipale pour avoir causé du désordre et insulté un policier.

À Montréal, le SPVM a indiqué dimanche après-midi qu’environ 80 appels de citoyens avaient été faits à son service en lien avec des rassemblements. À la Sûreté du Québec (SQ), on a noté une augmentation importante d’appels similaires depuis samedi soir.

« On ne peut pas donner le détail des appels, mais sur le terrain, on priorise vraiment la sensibilisation. On demande aux gens de collaborer, le but étant d’assurer la sécurité des citoyens », a expliqué Véronique Comtois, responsable des relations avec les médias au SPVM.

« Les appels concernaient des gens réunis dans des commerces encore ouverts, des domiciles, etc. Les policiers qui interviennent y vont vraiment avec l’approche de sensibilisation et de prévention », a aussi répondu Stéphane Tremblay, porte-parole de la SQ.

Dans des cas extrêmes, les récalcitrants s’exposent à une amende de 1000 $ ou à une arrestation. Les corps policiers ont le pouvoir d’intervenir pour disperser les personnes qui se retrouveraient dans un rassemblement intérieur ou extérieur proscrit en vertu du décret. « C’est un outil de plus que le gouvernement se donne pour intervenir, et ce sera utilisé selon le bon jugement des policiers », a expliqué Jean-François Del Torchio, porte-parole de la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

— Avec Tommy Chouinard, La Presse

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