Éducation

Des murs végétaux pour enseigner

Drummondville — Des centaines d’élèves de Drummondville pourront cultiver des plants de petits fruits, de légumes, de fines herbes et d’autres végétaux dans leur école l’an prochain, grâce aux 60 murs végétalisés qui seront installés par le centre de services scolaire (CSS) des Chênes. La Presse a rencontré une classe de troisième secondaire de l’école Jean-Raimbault, qui en a fait l’expérience.

« J’aime faire ça : c’est manuel, on dirait que tu travailles plus à l’extérieur qu’en dedans », témoigne Justin Sinclair.

« C’est un petit coin nature », renchérit Emmanuel Parisien Bourgeois.

Depuis qu’un minimur végétal est apparu dans leur classe, Justin et Emmanuel entretiennent assidûment les plantes qui poussent à la verticale dans la structure métallique accrochée à côté de la fenêtre. Ils ne sont cependant pas les seuls à s’impliquer. Tout le groupe s’y est mis. Les enseignantes Marie-Michèle Joyal (français) et Stéphanie Roux (sciences) en ont fait un projet pédagogique commun.

« Au programme, on fait le texte explicatif : on fait écrire des trucs aux élèves, mais ça ne les rejoint pas nécessairement », illustre Mme Joyal.

Rien de tel ici, où chacun a dû effectuer des recherches pour choisir une plante comestible à insérer dans la structure murale.

« Quand on transplantait, on gardait une fin de période pour le faire. Ils sont contents, ils se lèvent, mettent les mains dans la terre. »

— Stéphanie Roux, enseignante

Les élèves se sont familiarisés avec diverses notions, comme le compagnonnage. « Certaines plantes poussent mieux à côté d’autres plantes », nous explique spontanément Olivier Fréchette.

Lors de notre passage, à la fin du mois de mai, les fines herbes et la plupart des plants, dont les pommes de terre et les fraises, étaient resplendissants. Le système d’arrosage, actionné par un gros bouton, a cependant été un peu trop populaire au début.

« Le mur arrose beaucoup, donc il faut que les plants soient déjà à maturité avant de les installer. Et en haut, ils reçoivent tellement d’eau qu’on a replacé les laitues. On apprend, nous aussi », dit Mme Roux.

La question du fameux texte explicatif a coulé de source : en quoi faire un jardin rend plus écoresponsable ?

« Ça n’utilise pas de produits chimiques », glisse Charlie Biron en référence à la culture pratiquée en classe.

« Ça évite le transport », ajoute Olivier Fréchette.

« C’est bon pour la biodiversité parce que ça attire les insectes utiles. Par exemple, ça aide les abeilles à survivre », affirme Gabriel Buisson.

Au moment de rédiger, « personne n’avait le syndrome de la page blanche », assure Mme Joyal. « Ils sont capables d’écrire à partir de leur propre expérience, ça leur parle. »

Avec des poissons

Dans une autre classe, Patrick Lampron, qui enseigne les sciences en deuxième secondaire, a branché un aquarium au mur végétal. Ici, pas besoin d’arroser : tous les quarts d’heure, une pompe automatique envoie un peu d’eau de l’aquarium dans le mur. Les plantes poussent dans des billes d’argile, pour éviter que l’eau retournée dans l’aquarium n’ajoute trop de matière en suspension. Le projet était encore au stade expérimental au printemps : les alevins de truites, morts en 48 heures, ont notamment dû être remplacés par des poissons rouges, plus résistants.

À terme, ce système d’aquaponie pourrait être utilisé au primaire, où plusieurs classes ont déjà un aquarium, indique M. Lampron.

« Ça met beaucoup de vie, et pour l’enseignant, c’est un bon moyen de calmer une classe, parce qu’il ne faut pas que les truites soient stressées. C’est apaisant, et je suis convaincu que les plantes vont faire un peu la même chose. »

— Patrick Lampron, enseignant

Projet populaire

En tout, 60 murs végétaux seront installés dans des écoles primaires et secondaires du CSS l’an prochain, dans des classes, mais aussi des corridors, où ils pourraient servir à des activités parascolaires.

Les pièces métalliques sont fabriquées par une entreprise de Drummondville, mais l’assemblage des structures, y compris les tuyaux et l’électricité, sera effectué par des élèves du Centre de formation en entreprise et récupération (CFER) du CSS.

L’ensemble du projet est piloté par le Groupe d’aide pour la recherche et l’aménagement de la faune (GARAF), une entité du CSS qui est à la fois un programme scolaire particulier (comme la musique ou le sport) et un fournisseur de services en environnement. Le GARAF reçoit des mandats de municipalités, de ministères et d’entreprises que les jeunes réalisent dans le cadre de leurs cours. « Ils ont une problématique, mais nous avons nos objectifs pédagogiques, c’est le défi », résume le coordonnateur du GARAF, Pablo Desfossés. Lors de notre passage, il venait de passer la matinée à planter des érables avec deux groupes de première secondaire, dans une ancienne sablière que le GARAF a eu le mandat de restaurer.

Les jeunes inscrits au GARAF passent en moyenne une demi-journée par semaine en nature pour réaliser divers projets (aménager des bandes riveraines, inventorier des poissons, ensemencer des cours d’eau, etc.). Les murs végétaux s’inscrivent dans cette logique puisque les plants pourront être transférés à l’extérieur.

Les mandats réalisés, ainsi que d’autres contributions, comme celle du Fonds du grand mouvement Desjardins, participent au financement du GARAF, qui existe depuis plus de 20 ans.

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