Espace vert

À l’aube de la retraite, un couple a choisi de prendre racine dans un triplex à l’ancienne, face au parc La Fontaine, à Montréal. Pour pallier l’absence de jardin, les architectes de La Shed ont reconverti le garage en cour intérieure dont les murs, peints en vert émeraude, donnent un nouvel éclat au lieu.

Après avoir élevé leurs deux enfants dans une grande maison de Rivière-des-Prairies, à la pointe est de l’île de Montréal, Jo’Anne Lavergne et Guy Chartrand ont décidé de s’écouter et de se faire plaisir pour leur retraite. « Nous voulions nous simplifier la vie et profiter de l’offre culturelle de la ville : pouvoir aller au musée, au cinéma ou à un spectacle à pied », explique Jo’Anne.

Au cours de leurs recherches sur le Plateau en 2013, ils visitent un triplex en pierre grise et aux belles boiseries face au parc La Fontaine. La maison, construite à la fin du XIXe siècle pour un négociant en fourrures, porte encore des traces de son riche passé : vitraux, rosaces, manteaux de foyer sculptés… Mais c’est surtout la lumière, en plus d’une situation idéale, qui convainc Jo’Anne d’acheter cet appartement de 1150 pi2 à l’angle de deux rues. « Avec 60 pi2 de fenêtres, on avait l’impression d’être dehors », illustre-t-elle.

L’empreinte du passé

Au retour d’un voyage en Scandinavie en 2018, où Jo’Anne prend goût à un style de vie simple et authentique, elle se décide à contacter La Shed pour repenser la cuisine en couloir au fond de l’appartement peu pratique au quotidien. « Je voulais une cuisine qui ne ressemble pas à une cuisine, quelque chose dont je risquerais moins de me lasser avec le temps », raconte la propriétaire.

Sceptiques face à cette intervention dans un intérieur modelé au hasard de rénovations sans vue d’ensemble, les architectes persuadent le couple de revoir l’organisation de celui-ci pour son confort et la valeur de son bien. « Plutôt que de faire table rase du passé, nous avons décidé de garder ce qui était en bon état et de rendre à l’appartement ses lettres de noblesse en le recréant un peu comme il devait être à l’époque, tout en le rendant mieux adapté aux besoins d’aujourd’hui », raconte Sébastien Parent, cofondateur de La Shed.

Les architectes décident d’ouvrir l’espace pour permettre une circulation plus fluide. Une des trois chambres est sacrifiée dans l’opération au bénéfice d’une belle salle à manger. La cuisine, au fond de l’appartement, est déplacée au milieu du décor grâce à des modules noirs voulus comme des meubles autoportants. L’emplacement d’une rosace au plafond face à un manteau de foyer inspire aux architectes une nouvelle définition des lieux. Une ogive carrée est recréée, et des arches viennent délimiter ce qui devait être autrefois un salon. Grâce au savoir-faire d’artisans, les moulures sont restaurées ou reproduites dans l’espace moins raffiné à l’arrière sans doute réservé un temps au personnel de maison, et un manteau de cheminée en céramique est remis à neuf.

« Tous les éléments d’origine (rosaces, boiseries, portes…) ont été peints en blanc pour faire ressortir leurs texture, motif ou relief grâce à des effets d’ombre et de lumière », précise Sébastien Parent. Un mobilier et des accessoires aux lignes minimalistes et aux matières chaleureuses, certains rapportés de Scandinavie, apportent un heureux contraste au décor.

Mise au vert

Le couple, qui utilise peu le garage, se laisse facilement convaincre de le reconvertir en cour intérieure et de récupérer au passage 250 pi2 habitables toute l’année grâce à une isolation soignée, de nouvelles fenêtres, une dalle de béton chauffante et une grande ouverture en verre strié dans le salon adjacent.

Des lattes de bois peintes en vert émeraude, en clin d’œil au parc tout proche, habillent le nouvel espace. Cet accent de couleur (qui adopte des nuances chaudes ou bleutées en fonction de la lumière) visible depuis presque tous les coins de l’appartement donne à celui-ci un caractère particulier. Un marchepied permet d’y ranger une voiture, au besoin.

« L’hiver, avec toutes les plantes, on a un peu l’impression d’être dans l’atelier d’un fleuriste », observe Sébastien Parent. Jo’Anne aime y travailler et, surtout, y recevoir sa famille et ses amis. « Nous y pique-niquons ou prenons un verre. Lorsque les portes sont ouvertes, nous avons l’impression d’être dehors, et cela favorise le contact avec les voisins et les passants qui sont parfois surpris de nous voir », raconte-t-elle.

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