Legault voit LE REM encore plus loin

En entrevue avec La Presse, le premier ministre du Québec a fait part d’un nouveau projet de prolongement du REM sur la Rive-Sud, cette fois entre Châteauguay et Boucherville. La Caisse de dépôt et placement serait sur la même longueur d’onde, selon lui. Et pour briser l'impasse dans le dossier du tramway de Québec, le gouvernement compte présenter son propre tracé, qui desservirait mieux les citoyens des banlieues.

Nouveau prolongement du REM sur la Rive-Sud

La Caisse « très intéressée », dit Legault

Québec — La Caisse de dépôt et placement est « très intéressée » par un nouveau tronçon du REM sur la Rive-Sud, entre Châteauguay et Boucherville, soutient le premier ministre François Legault, qui dit espérer « une annonce bientôt ». Pour Québec, le gouvernement prépare son propre tracé du tramway et veut le présenter « en même temps » que son projet de tunnel Québec-Lévis.

Dans une entrevue accordée à La Presse mercredi dans ses bureaux de Québec, M. Legault a signalé que le développement du Réseau express métropolitain (REM) fait partie de ses « rencontres régulières » avec le PDG de la Caisse, Charles Emond. Ils ont annoncé en décembre un prolongement du réseau de train électrique, une « phase 2 », dans l’est de Montréal. Mais les ambitions ne s’arrêtent pas là.

La Presse a révélé le mois dernier qu’une phase 3 était déjà sur la table, à Laval (dans l’axe de l’autoroute 15 jusqu’au Carrefour Laval) et à Longueuil (le long du boulevard Taschereau). Or, le plan de développement du REM pourrait être plus imposant encore sur la Rive-Sud.

Certes, la Caisse a rejeté récemment l’idée d’un tronçon entre Brossard et Chambly–Saint-Jean-sur-Richelieu. Mais un autre mandat donné par le gouvernement Legault en octobre dernier, celui d’étudier un prolongement dans l’axe est-ouest sur la Rive-Sud tout comme un tronçon dans l’axe du boulevard Taschereau, plaît bien davantage à la Caisse, selon le premier ministre.

« Ils sont très intéressés à le faire », affirme François Legault.

« L’idéal, c’est qu’il y ait un trajet Châteauguay-Boucherville. C’est encore beaucoup sur la table et j’espère être capable de faire une annonce bientôt. »

— François Legault, premier ministre du Québec

Le premier ministre soutient que deux options de tracé font l’objet de discussions. L’un « plus au nord, donc proche du fleuve, là où il y a plus de densité » ; l’autre « un peu plus au sud où il y a moins de densité ». Il y aurait selon lui « différents scénarios » pour « lier » une antenne Châteauguay-Boucherville et un tronçon dans l’axe du boulevard Taschereau – de la future station Panama jusqu’au cégep Édouard-Montpetit en passant par la station de métro Longueuil–Université-de-Sherbrooke. « On peut intégrer les deux », a-t-il indiqué.

Annoncé en 2016, le REM est en construction depuis 2018. Il compte 26 stations et s’étend sur 67 km, avec quatre antennes reliées au centre-ville de Montréal. Les premiers départs du train électrique auront lieu l’an prochain sur l’antenne de la Rive-Sud, qui relie Brossard à la gare Centrale. Les coûts totaux de ce projet se chiffrent à près de 7,5 milliards.

Pour la phase 2 vers l’est de Montréal, le début des travaux de construction doit avoir lieu en 2023 et la mise en service, en 2029. Le coût estimé s’élève à 10 milliards de dollars.

Et le tramway de Québec ?

Au début du mois, le maire de Québec, Régis Labeaume disait avoir « échappé une partie de son café » en lisant dans La Presse qu’une phase 3 du REM se dessinait à Laval et à Longueuil alors que son projet de tramway fait du surplace.

« C’est sûr qu’on va avoir un tramway à Québec, réplique François Legault. On a un désaccord avec Régis Labeaume au sujet du tracé et de la desserte des banlieues, mais je suis certain qu’on va le régler. »

« En plus, c’est nous autres qui le finançons avec le fédéral. Donc je pense que c’est normal qu’on ait notre mot à dire. »

— François Legault, à propos du projet de tramway de Québec

Le dossier sera-t-il réglé avant les élections municipales de l’automne ? Le premier ministre pousse un long soupir. « Ça va dépendre de Régis. Est-ce que Régis est ouvert à faire des modifications ? »

Le gouvernement considère qu’il ne l’est pas jusqu’ici. Il travaille maintenant sur « une révision du tracé du tramway et sur un projet de réseau structurant qui desservirait mieux les citoyens des banlieues », comme l’a confirmé une source gouvernementale. Le résultat sera présenté à la Ville de Québec au cours des prochaines semaines.

François Legault souhaite présenter une nouvelle mouture du tramway « en même temps » que son projet de tunnel Québec-Lévis, sa promesse électorale de « troisième lien » dont on connaît bien peu de détails. Le premier ministre plaide qu’il est logique de procéder ainsi parce qu’il y aura des transports collectifs dans le tunnel et qu’il faut une connexion avec le tramway.

Tramway de Québec

Le ton monte

L’intention du gouvernement Legault de proposer un tracé révisé du tramway s’est ébruitée mercredi. Le cabinet du maire Labeaume se défend d’avoir manqué d’ouverture dans ce dossier. « La Ville n’a rien refusé, car elle n’a jamais reçu de proposition, martèle l’attaché de presse, François Moisan. Il n’y a pas eu de négociation ni de réunion de travail entre le ministère des Transports et le Bureau de projet. » L’administration municipale dit n’avoir reçu « aucune carte, aucun plan, aucun papier concernant des changements de tracé ». « Il n’y a eu que des discussions verbales », fait valoir M. Moisan. « Je trouve ça profondément arrogant pour les experts en mobilité et les groupes de la société civile qui ont été consultés. Ils ont étudié toutes les villes comparables possibles, ils se sont investis. C’est prétentieux et irresponsable de la part du gouvernement, qui arrive comme si le tramway était une petite invention de la semaine dernière », déplore le député solidaire de Jean-Lesage, Sol Zanetti. « J’y vois une ingérence politique de Québec qui est très préoccupante, a dit Joël Arseneau, critique en matière de transports au Parti québécois. Chez les libéraux, la porte-parole de la Capitale-Nationale, Marwah Rizqy, a déploré que la CAQ « travaille en silo, indépendamment de la Ville ». « Ça démontre un manque de leadership et d’ouverture. Le bon leadership ne s’impose pas, il s’exerce en équipe ».

— Henri Ouellette-Vézina, La Presse

Liberté universitaire

« Un signal fort », mais pas de loi

Québec — Le premier ministre François Legault compte envoyer un « signal fort » pour protéger les professeurs contre les attaques à la liberté de l’enseignement. Il écarte l’idée d’une loi et privilégie un énoncé gouvernemental, afin d’éviter toute ingérence du gouvernement dans les affaires universitaires.

« J’ai été trois ans ministre de l’Éducation, et je connais l’importance de l’autonomie des universités », affirme M. Legault en entrevue à La Presse.

Légiférer sur la liberté de l’enseignement risquerait à ses yeux de compromettre cette autonomie. « Il faut être prudent. Il y a une ligne qui est mince. Je ne veux pas m’ingérer et attaquer l’autonomie des universités. Mais en même temps, c’est inquiétant, ce qu’on voit à l’Université d’Ottawa, à l’Université McGill, dans certaines universités. »

Un énoncé gouvernemental n’est pas contraignant comme une loi. Mais c’est « un signal fort », une mesure qui « va suffire », croit le premier ministre.

« Nous, on dit : attention, il faut protéger la liberté académique. Maintenant, ce n’est pas nous qui allons aller régler ça dans chacune des universités. Mais on veut envoyer un signal que ça doit être réglé dans chacune des universités. »

— François Legault, premier ministre du Québec

« Faisons confiance aux professeurs, poursuit M. Legault. Moi, j’ai bon espoir que les professeurs vont régler ça dans la grande majorité des universités. »

Certains reprochent pourtant aux recteurs de ne pas les appuyer, lui a-t-on rappelé. « Oui, mais les professeurs sont aux conseils d’administration des universités. Ils ont leur mot à dire », estime-t-il.

Il se réjouit de l’appui que lui a donné la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) à la suite de son message sur Facebook samedi. Le premier ministre s’était indigné contre « une poignée de militants radicaux [qui] essaient de censurer certains mots et certaines œuvres ».

Québec a tranché

Dans son communiqué diffusé mardi, la FQPPU salue l’engagement du premier ministre à « agir rapidement » pour protéger la liberté universitaire. Or elle réclame l’adoption d’une loi pour garantir « le droit d’enseigner et de faire de la recherche à l’abri de toute contrainte doctrinale ».

« Le gouvernement du Québec peut très bien légiférer pour protéger la liberté académique sans s’ingérer dans les contenus pédagogiques et les recherches. Ce faisant, il donne aux universités des outils pour résister aux contraintes extérieures qu’elles subissent elles aussi d’un point de vue institutionnel et renforce ainsi leur autonomie », soutient-elle.

La semaine dernière, la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, disait à La Presse que deux options étaient à l’étude : une loi-cadre et un énoncé gouvernemental. L’avis du premier ministre tranche cette question. Un comité de sages sera bientôt formé pour guider le gouvernement dans sa démarche. Des consultations auront lieu.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.