Le repêchage, six mois plus tard

Les statistiques avancées au hockey, c’est comme les recommandations pour la consommation d’alcool. On aime juste celles qui nous conviennent.

Pourquoi cette relation amour-haine avec les stats ?

Parce que les algorithmes ne nous ressemblent pas. Nous sommes émotifs. Ils sont insensibles. Nous sommes influencés par le charisme, la personnalité et les feintes de nos chouchous. Eux, non. C’est d’ailleurs leur principal attrait : ils mettent en lumière ce que nous refusons de voir.

Les équipes de la Ligue nationale s’en servent abondamment. Les coefficients d’équivalence ont particulièrement la cote. C’est quoi ? Ce sont des algorithmes qui tentent de prédire la production des espoirs.

En gros, on compare les statistiques d’un jeune hockeyeur avec celles des autres joueurs qui, historiquement, possédaient les mêmes caractéristiques. Les recettes changent, mais les ingrédients de base sont toujours les mêmes : l’âge, la position, la ligue d’origine, la moyenne de points par match. Des équipes tiennent aussi compte de la taille.

Les hockeyeurs qui jouent dans la LHJMQ sont donc comparés aux anciens joueurs d’ici, et non à ceux de la NCAA.

Mon algorithme préféré ?

Celui de Byron Bader, du site Hockey Prospecting.

Il ne tente pas de prédire le nombre exact de points que produira un espoir dans la LNH, mais ses chances de devenir une étoile. C’est-à-dire un attaquant de 0,7 point par match, ou un défenseur de 0,4 point par match, sur l’ensemble de sa carrière. Le modèle tient compte de l’âge du joueur, de sa ligue et de sa production offensive. Un petit pourcentage ne signifie pas que l’espoir est mauvais. Ça veut juste dire que ses chances de devenir une étoile offensive sont plus faibles.

L’algorithme étant constamment mis à jour, j’ai sélectionné les joueurs repêchés l’été dernier et j’ai comparé leurs pourcentages de juillet avec ceux de cette semaine. Avertissement aux partisans du Canadien : la première gorgée sera corsée, mais le tout se terminera sur une très belle note.

1. JURAJ SLAFKOVSKY CANADIEN, 5 % (en baisse de 8 %)

Déjà l’été dernier, l’algorithme suggérait au Canadien de choisir un autre joueur au premier rang. La production de Slafkovsky en Finlande, pour un attaquant de 17 ans, laissait présager une transition difficile vers la LNH. C’est ce qui s’est produit.

Slafkovsky a démontré de beaux flashes. C’est aussi le seul joueur de sa cohorte qui, jusqu’à sa blessure la semaine dernière, évoluait toujours dans la LNH. Il a toutefois été blanchi lors de ses 15 derniers matchs. Toutes les recrues de 18 ans connaissent des passages à vide, mais Slafkovsky en a arraché davantage que les autres.

Depuis le lock-out de 2004, 27 attaquants ont disputé au moins 20 parties dans la LNH l’année de leurs 18 ans. Du groupe, seul Mikhaïl Grigorenko a produit moins de points par match que Slafkovsky. De tous les attaquants repêchés au premier rang pendant la même période, Slafkovsky est celui qui a connu les débuts les plus difficiles.

L’algorithme lui donne 5 % de chances de devenir une vedette dans la LNH. C’est peu ? C’est vrai. Mais gardez espoir. Il existe des précédents. À 18 ans, Joe Thornton et Owen Nolan étaient moins productifs que lui. Ils sont quand même devenus des étoiles. Ses succès dépendront de son développement, a expliqué le DG Kent Hughes, mercredi dernier.

« Nous essayons de lui faire comprendre comment il peut obtenir plus de succès en Amérique du Nord. Ce n’est pas nécessairement naturel pour lui. Nous croyons que son développement se produira par étapes […]. Nous ne sommes pas inquiets de sa production. Nous nous préoccupons d’autres facteurs pour lesquels nous souhaitons voir une progression. Nous croyons qu’à long terme, s’il apporte des changements à son jeu, ça lui permettra de s’adapter au style de jeu nord-américain et d’être un meilleur joueur. »

2. SIMON NEMEC DEVILS, 49 % (en baisse de 9 %)

Projeté comme un défenseur complet, efficace autant en attaque qu’en défense, Simon Nemec poursuit son développement dans la Ligue américaine. Après un lent départ, il vient d’exploser, avec 10 points en 12 parties*. Signe qu’il gagne en confiance, il est le défenseur de son équipe qui compte le plus de tirs au but.

3. LOGAN COOLEY COYOTES, 78 % (en hausse de 24 %)

Le joueur le mieux classé par l’algorithme. Au Championnat du monde junior, Cooley a maintenu une moyenne de deux points par match. Son trio à l’Université du Minnesota, complété par Jimmy Snuggerud et Matthew Knies, est considéré comme le meilleur de la NCAA. Note intéressante : Snuggerud, premier choix des Blues de St. Louis en 2022, a aussi vu sa cote exploser, de 16 % à 35 %.

4. SHANE WRIGHT KRAKEN, 56 % (stable)

Wright a disputé seulement 17 matchs, pour trois clubs, dans trois ligues différentes. L’échantillon est trop mince pour que l’algorithme puisse comparer ses performances à celles d’anciens joueurs. En attendant, Hockey Prospecting affiche sa cote de la saison dernière. Notez que dans ses quatre premiers matchs dans la Ligue de l’Ontario, Wright avait déjà compté cinq buts.

5. CUTTER GAUTHIER FLYERS, 26 % (en hausse de 2 %)

À la fois le plus jeune attaquant de Boston College et le meilleur pointeur de son équipe. C’est bon signe. Sa production est comparable à celle de Logan Cooley, autour de 1,2 point par match.

6. DAVID JIRICEK BLUE JACKETS, 30 % (en hausse de 14 %)

En forte hausse. De loin le défenseur recrue le plus productif dans la Ligue américaine, avec 20 points en 22 matchs. Avant les parties du week-end, sa moyenne de points par match était la troisième meilleure de TOUS les arrières du circuit. Il a aussi brillé comme quart-arrière des Tchèques au Championnat du monde junior.

7. KEVIN KORCHINSKI BLACKHAWKS, 77 % (en hausse de 50 %)

On ne passera pas en revue tous les joueurs du premier tour, promis. Juste un petit mot pour souligner que ce défenseur offensif des Thunderbirds de Seattle, dominant dans la Ligue de l’Ouest, est le choix de premier tour ayant subi la plus forte révision à la hausse de la part de l’algorithme.

LES ESPOIRS DU CANADIEN

Partisans du Canadien, je vous avais promis une bonne nouvelle avant la fin de cette chronique. La voici : l’algorithme de Hockey Prospecting s’enthousiasme pour les chances de réussite d’un choix du Canadien au dernier repêchage.

Filip Mesar ? Le modèle statistique l’apprécie. 25 % de chances de devenir une vedette.

Owen Beck ? J’aime son potentiel, mais il a plutôt un profil d’un joueur complet que d’une vedette offensive. L’algorithme lui donne 5 %.

De qui s’agit-il, alors ? Du petit défenseur Lane Hutson, repêché au deuxième tour. Déjà l’été dernier, l’algorithme s’emballait à son sujet, lui attribuant les meilleures chances de réussite parmi tous les défenseurs, avec 55 %. Sa petite taille (5 pi 8 po) a refroidi plusieurs équipes. Le Canadien a pris un risque qui pourrait s’avérer très payant. Aujourd’hui, Hutson pointe à 72 %.

Le jeune Américain brille à Boston University, avec 22 points en 20 parties. Une production exceptionnelle. Moins d’une dizaine de défenseurs ont réussi plus d’un point par match dans la NCAA l’année suivant leur repêchage. Un fait que le modèle statistique adoooooore.

Alors, les algorithmes ?

Allez, avouez-le.

Ils sont charmants comme tout.

* Toutes les statistiques en date du 20 janvier

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