dans l’atelier parisien de... Manuel Mathieu

Jamais trop occupé pour peindre

L’artiste montréalais Manuel Mathieu est parisien depuis la fin de septembre. Nous l’avons rencontré dans son atelier de Montmartre, où il travaille sur la publication de son deuxième recueil de dessins. Dessiner, rencontrer des artistes, planifier des expositions, Manuel Mathieu est bien occupé à Paris. Et il n’a évidemment pas pu s’empêcher de peindre…

Arts visuels Dans l’atelier… parisien de Manuel Mathieu

Montmartre

Manuel Mathieu loge jusqu’à la fin de février à la Cité internationale des arts, sur les hauteurs de Paris. Un vaste terrain boisé comprenant des ateliers réservés à des artistes de toutes spécialités et nationalités. C’est la fondation française Art Explora qui l’a invité à résider au cœur de ce paysage bucolique de Montmartre où Toulouse-Lautrec, Renoir, Picasso et Modigliani ont vécu.

« C’est Hans Ulrich Obrist, le directeur artistique de Serpentine, à Londres, qui m’a contacté et a donné mon nom à Art Explora, dit Manuel Mathieu. Et j’ai été pris ! Je n’étais pas en recherche de résidence, mais Hans Ulrich est quelqu’un d’important. Je me suis dit que c’était peut-être le destin. Ça me permet de mener à bien mon projet de livre et de rencontrer des gens de différents milieux. Alors, je suis content ! »

Vif et curieux, Manuel Mathieu s’intéresse aussi à la parfumerie. Il a donc profité de son séjour dans l’Hexagone pour se rendre à Grasse, capitale mondiale du parfum située dans le sud de la France. « J’ai aussi rencontré Julien Creuzet, qui va représenter la France à la 60e Biennale de Venise, en 2024. »

Arts visuels Dans l’atelier… parisien de Manuel Mathieu

Projet de livre

C’est surtout le dessin qui occupe Manuel Mathieu dans son atelier, puisque c’est pour ce projet d’un livre sur ses dessins qu’il est à Paris. « La résidence m’a un peu forcé la main, sinon je serais en train de peindre dans mon atelier montréalais ! », dit-il.

Le projet est la continuité du recueil Manuel Mathieu 1, publié à compte d’auteur en 2018. « Je m’étais dit dès le départ que je produirais un recueil de dessins tous les cinq ans jusqu’à ce que je meure. Cinq ans plus tard, je me concentre sur la préparation du numéro 2. »

L’idée de recueils publiés régulièrement a valeur de trace. La série – qu’il espère longue ! – permettra un jour de constater l’évolution de son travail. « Le dessin occupe une grande place pour moi, dit-il. Même si le contexte contemporain ne valorise pas nécessairement le dessin, pour être conséquent avec ma pratique, j’ai décidé de créer cet espace pour le dessin. »

Dans le premier recueil, il y avait en préambule un texte du poète haïtien James Noël et, en postambule, une entrevue avec le critique d’art français Jérôme Sans. « Pour le deuxième recueil, j’ai approché la femme du poète martiniquais Édouard Glissant [1928-2011], Sylvie Glissant, pour écrire le poème du début du livre, et pour l’entrevue, ce sera aussi une femme. Je suis aussi en train de réfléchir pour savoir si le recueil sera encore seulement en français ou s’il sera aussi en anglais et en créole. »

Arts visuels Dans l’atelier… parisien de Manuel Mathieu

L’atelier parisien

L’atelier parisien de Manuel Mathieu est un petit appartement, assez grand pour un séjour agréable et idéal pour dessiner en solitaire. L’artiste nous a montré quelques dessins réalisés pour son nouveau recueil avec des papiers de textures différentes. « Le dessin commence quand tu choisis ton papier, dit-il. J’aime les papiers particuliers, qui ont une belle mémoire quand tu les plies. »

Depuis le début du mois, il n’a toutefois pas pu s’empêcher de se remettre à peindre. Ce qu’il appelle son « travail ». Le dessin, c’est autre chose ! Il était donc très excité lors de notre rencontre, à la fin de décembre. « J’ai commandé des châssis et de la peinture. Trois mois sans peindre, ça me manquait ! Peindre organise mon esprit. Si je ne peins pas, c’est qu’il y a un problème ! Avant de quitter Paris, j’espère que j’aurai fait trois grands tableaux et trois petits, selon trois approches que je veux mettre de l’avant. »

Arts visuels Dans l’atelier… parisien de Manuel Mathieu

Grande liberté

Paris aura fait du bien à Manuel Mathieu. Cette résidence lui a aéré l’esprit et ouvert des horizons, dit-il. Il en a profité pour planifier une exposition qu’il présentera en 2025 au Max Ernst Museum, en Allemagne. Et il a pu créer en toute liberté. « Je n’ai pas de gros enjeux en ce moment. Je ne suis pas obligé de vendre même si mes galeries [Londres, Pékin, Montréal et Chicago] sont toujours prêtes à recevoir des tableaux. » Il exposera toutefois de nouvelles œuvres dans le kiosque d’Hugues Charbonneau lors de Plural (l’ex-foire Papier), en avril, dans le Vieux-Port de Montréal.

Et il va poursuivre, avec l’atelier montréalais Mosaika, la création de ses cinq immenses œuvres murales en mosaïque commandées pour la station Édouard-Montpetit du REM. Une activité pour laquelle il travaillera à plein temps dès son retour à Montréal, en mars. « Ça va être énorme, cette œuvre, dit-il. C’est presque too much ! En plus, c’est dans une université, donc l’œuvre va côtoyer le futur chaque jour. J’aime cette idée. »

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