COVID-19

Montréal se tourne vers le privé pour entretenir ses bâtiments

Invoquant une main-d’œuvre insuffisante pour faire face aux nouvelles normes sanitaires imposées par la pandémie, Montréal se tourne vers le privé pour désinfecter et récurer sa centaine de bâtiments. Ses 26 cols bleus à l’entretien, qui dénoncent une privatisation déguisée, sont désormais affectés à un seul endroit, Espace pour la vie, en vue d'une réouverture prochaine.

Il est donc prévu que des concierges embauchés au privé s’occuperont dorénavant de l'entretien de l’hôtel de ville, du quartier général du Service de sécurité incendie Montréal et des ateliers municipaux. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a assuré qu’aucun col bleu ne perdrait son emploi, mais qu’en raison du coronavirus, l’administration municipale avait décidé de les regrouper, principalement au Jardin botanique.

« Le taux d’absentéisme est élevé dans cette équipe, et ce, pour diverses raisons, a précisé à La Presse l’attachée de presse principale du cabinet, Geneviève Jutras. Cette situation nous oblige à ajuster le modèle pour assurer la pleine offre de service en entretien sanitaire. »

Depuis le début de la pandémie, six cols bleus à l’entretien se sont placés en retrait préventif du travail à cause des risques liés au coronavirus. À l’heure actuelle, avec les cas d’invalidité pour diverses raisons, il ne reste que 16 concierges pour désinfecter une douzaine de sites de la Ville.

Grogne syndicale

Au Syndicat regroupé des cols bleus de Montréal, on dénonce un processus de privatisation en prétextant l’état d’urgence.

Dans une note envoyée aux membres, le 8 mai, l’exécutif syndical estime que la mairesse les « bafoue » en donnant l’essentiel du travail à des entreprises privées « qui ne seront jamais en mesure de répondre » aux nouveaux standards d’hygiène.

« Ça fait près de deux ans qu’on déplore une diminution des effectifs, qu’on demande d’investir dans sa division de la propreté. Au lieu de ça, la Ville de Montréal décide d’aller en sous-traitance. »

— Sylvain Laflamme, directeur général du Syndicat regroupé des cols bleus de Montréal

Sur le terrain, les cols bleus digèrent mal la décision de les retirer d’une douzaine de bâtiments. Chantal Brunelle est col bleu depuis une vingtaine d’années à Montréal. Selon elle, il est évident que la Ville de Montréal a l’intention « d’éliminer complètement » les cols bleus concierges.

« On m’impose le Jardin botanique, un endroit où il n’y a même pas d’installations sanitaires ou de vestiaires, pour les cols bleus. Il n’y a aucun respect à notre égard. Nous sommes brimés. »

Devant la grogne, la Ville de Montréal s’est montrée conciliante, jeudi, lors d’une rencontre avec le syndicat, en s’engageant à avoir recours à ses cols bleus – quand les ressources sont disponibles – avant d’en « appeler à des ressources externes », a-t-on expliqué à la direction des communications de la Ville.

Hausse de la charge

En raison de la pandémie, l’administration Plante a précisé que la tâche de travail avait augmenté d’environ 20 % avec les nouvelles normes de désinfection de la Santé publique. La mairesse Plante a d’ailleurs déjà annoncé qu’elle avait augmenté la fréquence de l’entretien sanitaire pour plusieurs lieux de la ville.

Sans dévoiler une date précise, la Ville de Montréal se prépare à une réouverture prochaine du Jardin botanique. Le Biodôme et l’Insectarium demeureront fermés en raison de travaux majeurs.

Dans une note interne obtenue par La Presse, la directrice du service de la gestion et de la planification immobilière, Sophie Lalonde, a précisé au cabinet de la mairesse que la fréquence de nettoyage des « points de contact » avait été augmentée.

Dans certains lieux, a-t-elle ajouté, « les toilettes et lieux non utilisés sont désinfectés et scellés jusqu’à la réouverture ».

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