Examen d’un fiasco

Ticketmaster s’est retrouvée mardi devant le Sénat américain, audience au cours de laquelle l’entreprise a admis avoir une « responsabilité » dans le fiasco de la vente de billets pour la tournée de Taylor Swift, en novembre dernier. Résumé en quatre points pour comprendre l’affaire.

Le fiasco de la tournée Eras

Pour comprendre l’origine de cette saga, il faut remonter à novembre dernier : après la sortie de son 10album, Midnights, Taylor Swift annonce son retour sur scène avec sa tournée Eras. La vente des billets est fixée au 18 novembre, avec une prévente le 15 novembre. Le 17 novembre, coup de théâtre : Ticketmaster annonce l’annulation de la mise en vente officielle pour le grand public, justifiée par « un inventaire de billets restants insuffisant ». Des fans mécontents dénoncent le fait de n’avoir pu mettre la main sur des billets après des heures d’attente interminable, des bogues et des pannes, alors que Ticketmaster dit avoir été prise d’assaut par un nombre record de plus de 3,5 millions de personnes qui se seraient enregistrées sur la plateforme et des attaques de robot. La star de la pop se joint elle-même au concert de critiques – sans nommer Ticketmaster. Les réactions politiques ne tardent pas non plus à fuser, plusieurs procureurs américains annonçant même qu’ils enquêteraient sur l’entreprise pour de « présumées pratiques commerciales trompeuses ou déloyales ». La sénatrice américaine Amy Klobuchar écrit alors une lettre ouverte au président et chef de la direction de Ticketmaster, Michael Rapino, pour lui demander de répondre à des questions concernant les pratiques commerciales de l’entreprise.

Une audience attendue

Joe Berchtold, président et directeur financier de Live Nation (société mère de Ticketmaster), a reconnu mardi que l’entreprise aurait pu faire mieux. Il est même allé jusqu’à s’excuser à Taylor Swift et à ses fans lors de l’audience attendue depuis la fin de 2022. Malgré tout, il a tenu à rappeler que ce n’est pas Ticketmaster qui décide du prix des billets ou du nombre de places qui seront disponibles pour un concert, et encore moins des frais de service, qui sont fixés, eux, par les salles de spectacle. Il a également rappelé la responsabilité partagée d’« attaques de bots » qui auraient significativement ralenti les activités de la plateforme lors de la vente des billets de la tournée Eras. Selon lui, le secteur de l’évènementiel voudrait que les élus se concentrent davantage sur le problème de la revente de billets pour interdire les pratiques frauduleuses, comme la revente de billets qui n’ont pas encore été officiellement mis en vente.

Le scandale de trop

Début décembre, Ticketmaster (et Live Nation) faisait déjà l’objet de plus de deux douzaines de poursuites pour la prévente et l’annulation de la vente grand public de billets pour la tournée Eras de Taylor Swift. Les fans lésés estiment que Ticketmaster a ouvert la prévente à des fans « certifiés » tout en sachant que le nombre de places ne suffirait pas à la demande, en plus d’avoir permis la revente des billets pour la tournée de Taylor Swift pendant la prévente, à des prix largement supérieurs au prix initial. La Presse avait même trouvé un billet pour un spectacle de Swift au Texas en revente à 38 000 $, après l’annulation de la vente officielle.

Les récriminations envers Ticketmaster ne datent pourtant pas de l’automne dernier. Des prix prohibitifs pour des concerts ont fait couler beaucoup d’encre, notamment pour des places en revente, mais aussi pour des sièges en vente ordinaire. À titre d’exemple, des billets pour la tournée du groupe Blink-182 se vendaient plus de 1000 $ en vente ordinaire et jusqu’à 13 000 $ en revente. Les prix des billets pour les concerts de Bruce Springsteen, qui s’élevaient pour certains à des milliers de dollars, avaient aussi provoqué un tollé début 2022. Ticketmaster exploite d’ailleurs son propre système de revente depuis 2018 et n’importe qui peut y proposer des billets achetés sur sa plateforme – en tout anonymat. Interrogée par La Presse l’an dernier, l’entreprise avait assuré investir des millions de dollars dans les technologies pour lutter contre les « bots » qui permettent l’achat de billets en très grand nombre.

Un monopole ?

« Live Nation est tellement puissante qu’elle n’a même pas besoin d’exercer la moindre pression, de prodiguer des menaces. Les gens rentrent tout simplement dans le rang », a dénoncé mardi la sénatrice démocrate Amy Klobuchar, à la tête de la commission judiciaire du Sénat. « C’est exactement la définition d’un monopole », a-t-elle dit. En 2010, Ticketmaster a fusionné avec le géant américain de l’évènementiel Live Nation, qui est aussi propriétaire d’un grand nombre de salles de concert. Le président de Live Nation, Joe Berchtold, a pourtant dit mardi devant le Sénat que Ticketmaster avait perdu et non gagné des parts de marché depuis sa fusion. Environ 70 % des billets pour des concerts tenus dans les grandes salles des États-Unis sont pourtant aujourd’hui vendus par l’entremise de Ticketmaster. Avec plus de 500 millions de billets vendus dans le monde chaque année – dans plus de 30 pays –, il s’agit de la plus grande entreprise dans le secteur.

— Avec l’Associated Press et l’Agence France-Presse

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.