Alexander Romanov : évaluation du potentiel de « L’assassin »

Lorsque les Canadiens ont sélectionné Alexander Romanov au 38e rang du Repêchage de 2018, plusieurs partisans et experts ont subitement froncé le sourcil.

Les gens ont cru à une exagération flagrante, et l’on peut s’expliquer pourquoi plusieurs pensaient que les Canadiens avaient pris une décision hâtive concernant le talentueux défenseur.

Les classements avant le Repêchage variaient énormément ; les premières projections rendues publiques considéraient Romanov comme un possible choix de quatrième ronde. Toutefois, la majorité pensait que Romanov n’entendrait son nom appelé que plus tard, entre les cinquième et septième tours.

À l’aube de la journée décisive, Romanov se retrouvait au 115e rang chez les patineurs européens, selon la Centrale de recrutement de la LNH.

Quelques classements allaient même jusqu’à ignorer complètement Romanov.

Et bien qu’une grande marge d’erreur existe autour des projections d’un repêchage, il n’y avait en réalité aucune chance que Romanov échappe au second tour.

Selon plusieurs sources, de nombreuses équipes voyaient en Romanov un choix de deuxième ronde, mais un seul club a vraisemblablement pris les moyens nécessaires pour s’assurer de ses services, en prononçant son nom rapidement : les Canadiens.

En raison de son piètre classement, Romanov n’avait pas été invité au Combine de la LNH. Les Canadiens ont cependant rectifié le tir en l’invitant à leur propre Combine européen à Stockholm. En fait, les trois choix de deuxième tour du Tricolore jouaient pour des équipes européennes.

Les Canadiens ont aussi fait une entrevue avec Romanov qui a plus d’une heure, peu de temps avant le Repêchage à Dallas.

En gros, bien que plusieurs équipes aient été intéressées par Romanov, seuls les Canadiens ont fait tout en leur possible pour mettre la main sur le jeune espoir.

« Les Canadiens se sont lancés », affirme le directeur du recrutement de TSN, Craig Button. « Il allait être choisi. D’autres équipes étaient sur le point de le sélectionner. »

En raison de son contrat avec le CSKA, dans la KHL, les Canadiens étaient limités dans leurs décisions entourant son développement, mais l’expérience qu’il a acquise en affrontant des hommes à un si jeune âge n’a pas de prix, selon tous ceux qui ont pu voir jouer le défenseur russe.

« Je note qu’il a su développer sa patience avec le temps », dit l’analyste de la KHL Gillian Kemmerer. « J’ai toujours trouvé qu’il analyse les attaquants avec une intelligence qui dépasse grandement son jeune âge. »

Son intelligence, un trait qui revient souvent lorsqu’il est question des forces de Romanov, est impossible à passer sous silence.

C’est ce qui lui permet de s’adapter rapidement à n’importe quelle situation, tout en maintenant un jeu agressif sur la patinoire, ce qu’il fait sans jamais mettre en péril ses importantes responsabilités défensives.

C’est aussi ce qui lui a permis de performer à un aussi haut niveau lors de ses deux participations au Championnat du monde junior.

En ce qui a trait à ses statistiques, le rendement de Romanov résume bien sa domination lorsqu’il se mesure à des joueurs d’un âge similaire.

Notez bien ceci : en obtenant 14 points en 14 matchs disputés au Championnat mondial junior, Romanov se situe au 21e rang des pointeurs chez les défenseurs dans l’histoire du tournoi et au deuxième rang chez les défenseurs russes, tout juste derrière le membre du Temple de la renommée Viacheslav Fetisov, qui a obtenu un point de plus que Romanov en autant d’affrontements.

Ses performances lui ont valu une place au sein de l’équipe d’étoiles lors de ses deux présences au tournoi ainsi que le titre du meilleur défenseur en 2019.

Il n’en demeure pas moins que des points d’interrogation planeront toujours au-dessus des espoirs, même ceux qui sont sur le point de jouer dans la meilleure ligue de hockey au monde.

Récolter les honneurs, c’est très bien, mais ceux-ci ne transcendent que rarement les quiz de sport si le joueur en question n’atteint pas la LNH.

Ceci nous mène à la question ultime : Romanov peut-il transposer ses habiletés dans la LNH ?

« Je suis d’avis qu’il sera un solide défenseur de « top 4 » qui pourra être utilisé à profusion, pense Button. Nous pouvons parler de son côté offensif sous plusieurs aspects. Là où Alexander Romanov excellera, c’est lorsqu’il sera en mesure de sortir de sa zone défensive en contrôle de la rondelle. Puisqu’il est si intelligent, il pourra garder la rondelle en territoire adverse, ce qui génèrera plus d’occasions de marquer. »

Il n’y a aucune garantie, dans la vie, encore moins dans le sport, mais le sentiment que Romanov est fait pour jouer en Amérique du Nord s’est répandu sur tout le territoire de la KHL.

Son intelligence n’est pas seulement jumelée à d’excellentes habiletés, il a aussi une intensité innée qui le pousse au cœur de l’action chaque fois qu’une occasion se présente.

« Pendant que plusieurs espoirs russes semblent mieux s’ajuster au style de la LNH vers la mi-vingtaine, Romanov est une exception à la règle, dit Kemmerer. Son jeu est basé sur le style nord-américain depuis le début. Il est donc fait sur mesure pour Montréal. »

Romanov emploie une approche proactive dans son jeu défensif, ce qui explique pourquoi certains le surnomment « L’assassin ». Comme un recruteur l’explique, Romanov est le genre de joueur qui se présente pour freiner chaque occasion de marquer de l’adversaire. Il effectue aussi cette tâche avec beaucoup de constance, un élément qui s’avère habituellement une faiblesse chez les jeunes défenseurs.

« Romanov est confiant, affirme Button. Cela s’applique dans les deux sens de la patinoire. Mais il ne se place pas dans des situations qui les rendraient, son équipe ou lui, vulnérables sur la glace. Sa gestion de l’écart défensif est fantastique. »

Il ne reste maintenant plus qu’à voir si Romanov deviendra un défenseur de « top 4 ». Il aura l’occasion d’obtenir un poste avec les Canadiens au camp d’entraînement, mais sa place dans l’équipe n’est toutefois pas assurée.

« Lorsqu’il se retrouve sous pression, il crée des jeux, analyse Button. Ça fait partie de la réalité de la LNH. Tu te dois d’être en mesure de faire des jeux sous pression. Il se bat pour la rondelle et il le fait plus fort que bien des joueurs. »

Son chemin le mènera peut-être à Laval ou peut-être bien sur la galerie de presse, alors qu’il tentera de s’habituer à son nouvel environnement. Mais une chose est certaine : Romanov possède la force, l’intelligence et le talent pour accomplir de grandes choses dans la LNH.

Si c’est le cas, et contrairement à son repêchage il y a deux ans, ce ne sera pas du tout une surprise.

Marc Dumont, collaboration spéciale traduite par François Lafleur

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