Réouverture des frontières

Petit exode touristique vers le Vermont

Les frontières terrestres entre le Canada et les États-Unis désormais rouvertes, La Presse s’est rendue à Burlington pour constater si les Québécois sont de retour dans la ville du Vermont, où ils sont habituellement nombreux.

Burlington, Vermont — Les plaques d’immatriculation « Je me souviens » sont encore rares à Burlington. Nous y avons passé 24 heures, le week-end dernier, sous un ciel pluvieux, qui n’invitait pas beaucoup à la promenade. Aucun mot de français n’a été prononcé autour de nous, bien que l’on sache qu’il est habituellement courant de croiser des Québécois à chaque coin de rue dans cette ville touristique de l’est du lac Champlain.

Cela ne veut pas dire que l’ouverture des frontières n’a pas causé une petite ruée vers les rues animées de Burlington, un phénomène qui devrait s'accentuer avec la levée de l'obligation (à partir du 30 novembre) pour les voyageurs canadiens de présenter un test PCR pour les séjours à l'étranger de moins de 72 heures. Dans les boutiques et restaurants de la ville, tout le monde est catégorique : dès que le passage terrestre vers le sud a rouvert, on a constaté un petit exode touristique des « French Canadians », comme les appellent les habitants de l’endroit. Rien qui ne se compare encore à la présence québécoise habituelle, mais un retour vers la normale très apprécié.

« Nous nous sommes ennuyés de nos amis canadiens-français. »

— John Mensen, directeur de la boutique Ten Thousand Villages

« Je remarque que le tourisme augmente et particulièrement en provenance du Québec depuis que les frontières ont rouvert. C’est très agréable », ajoute-t-il.

Au café Black Cap, un peu plus loin dans la rue Church, grande artère piétonne de la ville, on a observé le même phénomène. « Il y a beaucoup plus de gens du Québec ces derniers temps que depuis le début de la pandémie, dit Parker Morse, employé du petit établissement, croisé sur place. Tout le monde a l’air vraiment content d’être de retour, on entend beaucoup de gens dire que ça fait plus d’un an qu’ils ne sont pas venus. »

Burlington, destination sûre

À la boulangerie August First, samedi matin, les places assises sont toutes occupées (même à l’extérieur, par un temps peu invitant) et la file devant le comptoir ne diminue jamais. Le service est efficace, on voit bien qu’on est habitué à cet achalandage. Dès l’heure du dîner, un même tableau se dessine au bistro d’inspiration française Leunig’s, qui se remplit à vue d’œil lors de notre passage.

Même sans la présence des Québécois, le tourisme n’a pas trop pâti à Burlington. « Je n’ai pas vraiment senti la différence, en fait, dit John Mensen. Je pense que les gens ont vu que le Vermont est un État très sûr par rapport au taux d’infections à la COVID-19. Alors, on a vu beaucoup de gens de l’extérieur arriver. »

Limités dans leurs options pour changer d’air, de nombreux résidants d’autres États américains semblent avoir jeté leur dévolu sur Burlington, si bien qu’au Ten Thousand Villages, la clientèle a triplé. Le constat est le même à la librairie indépendante de livres neufs et d’occasion Crow. Derrière sa caisse, Alexandra Rutan confirme que « la dernière année a été folle pour ce qui est des touristes ». « Il en vient de partout, ajoute-t-elle. J’ai l’impression que c’est la nouvelle normalité, Burlington est devenu le nouveau coin à la mode. »

Elle aussi entend de plus en plus de français dans les rues de sa ville. « On adore avoir ces touristes, ça amène une belle diversité à la région, un peu comme si on n’était même plus aux États-Unis. On a perdu ce sentiment un peu magique quand la frontière a fermé », dit-elle, notant que même si l’affluence de voyageurs est à son summum l’été, « ils sont là toute l’année d’habitude ».

Traverser la frontière en sécurité

« On s’est ennuyés de nos clients du Canada, affirme Lyne Carey, directrice de la boutique de souvenirs Golden Hour. On est ravis de les accueillir de nouveau parce que c’est un gros morceau de nos affaires. » Elle se réjouit de voir les journalistes de La Presse porter le masque dans son magasin. Pour celle qui a dû adapter son offre en temps de pandémie (notamment en offrant un service de livraison), le retour progressif à la vie d’avant doit tout de même se faire dans les règles. Elle espère que l’arrivée des touristes ne provoquera pas d’augmentation des cas de COVID-19. « Le mieux est de rester prudent et, espérons-le, la situation restera la même ici. »

Dans la distillerie d’Anne Goldman, le Smuggler’s Notch, nous trouvons à notre arrivée la propriétaire en train de faire goûter des alcools forts à un couple de clients. Elle nous accueille avec le sourire chaleureux qu’affichent la plupart des commerçants de Burlington. Lorsque nous l’informons que nous arrivons de Montréal, Anne s’exclame d’enthousiasme. Elle sait que les Québécois sont de plus en plus nombreux à sillonner la ville ces derniers temps, mais elle n’en a pas encore croisé à sa boutique.

« Ça change toute, dit-elle. Mon mari me demandait justement hier soir si j’avais croisé des Canadiens et je lui disais que non. Ça fait si longtemps. Et je comprends que pour certaines personnes, c’est encore effrayant de voyager. Mais nous avons besoin qu’ils reviennent. J’ai hâte d’entendre plus de français, de leur faire la conversation. C’est toujours tellement le fun. Revenez nous voir ! »

Les mesures sanitaires au Vermont

La santé publique de l’État du Vermont recommande le port du masque dans les lieux publics intérieurs, mais il n’est pas obligatoire. La distanciation physique n’est plus obligatoire non plus. Le taux de vaccination est élevé au Vermont (plus de 90 %), mais puisque la transmission arrive surtout lors de situations sociales, on recommande de rester à l’extérieur le plus possible pour se réunir, d’éviter les espaces bondés, de toujours bien désinfecter ses mains. Aucune preuve vaccinale n’est obligatoirement demandée dans les lieux comme les restaurants, les bars ou les salles de spectacle, mais certains établissements pourraient l’exiger.

Rappel des exigences à la frontière terrestre canado-américaine

Pour entrer aux États-Unis, vous devez être doublement vacciné et présenter une preuve vaccinale, mais pas un test de COVID-19 négatif. Les vaccins de Pfizer-BioNTech, de Moderna et d’AstraZeneca, notamment, sont acceptés, de même que les vaccins combinés. Tel qu'annoncé par le gouvernement fédéral le 19 novembre, il ne sera plus nécessaire, à partir du 30 novembre, de présenter un résultat négatif à un test moléculaire (PCR) pour les séjours à l'étranger de moins de 72 heures. Cependant, pour les séjours plus longs, le test PCR demeure obligatoire.

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