« Important » d’être présent sur le continent africain, selon Mélanie Joly

L’avenir de l’Afrique sera un enjeu important au Sommet de la francophonie, croit la ministre canadienne des Affaires étrangères, Mélanie Joly. Selon elle, il règne sur ce continent une lutte entre les États démocratiques et les pays autoritaires. « On voit une bataille d’influence un peu partout, mais particulièrement sur le continent africain, a-t-elle souligné. La Chine et la Russie essaient actuellement d’exercer leur influence. C’est important pour le Canada d’être présent sur le continent africain. » Le pays hôte du sommet traverse lui aussi de sérieuses turbulences politiques et sociales. L’actuel président tunisien Kaïs Saïed a suspendu le Parlement en 2021, concentrant ainsi le pouvoir et s’en prenant à des institutions clés. Mme Joly a déclaré qu’elle avait rencontré des membres de la société civile pour entendre leurs inquiétudes et en faire part à son homologue tunisien.

— La Presse Canadienne

Protection du français

L’« interprétation » de la loi 96 a pu « nuire » au milieu des affaires, admet Legault

Djerba — François Legault reconnaît que l’« interprétation » que donnent de sa « loi 96 » sur la protection du français les médias de New York et de Toronto a pu « nuire » aux affaires du Québec. Le gouvernement envisage même d’acheter de la publicité « pour rétablir les faits », a déclaré le premier ministre en marge du Sommet de la francophonie où il a vanté sa loi.

À son arrivée vendredi sur l’île tunisienne de Djerba, où s’est ouverte la grand-messe de la Francophonie, M. Legault a fait part de son intention de remettre les pendules à l’heure au sujet de sa réforme de la loi 101 et ses politiques d’immigration.

Il a déclaré vouloir expliquer aux dignitaires des pays de la Francophonie « le contexte » de sa loi, alors que le français est en déclin. Samedi, il a précisé les contours de sa pensée : son plaidoyer s’adressait essentiellement au « milieu des affaires ».

François Legault participera ce dimanche au Forum économique francophone où il doit prononcer une allocution. Des représentants québécois du monde des affaires, comme le Conseil du patronat du Québec et la Fédération des chambres de commerce du Québec, sont présents à Djerba, tout comme Investissement Québec et la Caisse de dépôt et placement.

« Il y a eu certains articles qui pourraient nuire [à l’activité économique] et c’est important pour nous de voir comment on rétablit les faits. Est-ce qu’on prendra de la publicité ? Parce que je tiens quand même à la réputation du Québec », a-t-il expliqué samedi en mêlée de presse.

« Il y a une certaine clientèle, il y a des médias, entre autres à New York et à Toronto, qui ont laissé entendre, je vous donne un exemple, qu’on demandait aux nouveaux arrivants d’apprendre le français en six mois. C’est complètement faux », a rétorqué M. Legault.

Selon lui, cette couverture dans ces deux grandes villes d’affaires « se rend partout » avec les réseaux sociaux.

« Donc, c’était important pour moi de dire que notre objectif, c’est de renforcer le français. »

— François Legault, premier ministre du Québec

Le milieu des affaires québécois n’a pas réservé un accueil chaleureux à la loi 96. En août, plus de 150 chefs d’entreprises québécois ont demandé au gouvernement Legault de « suspendre » la mise en application de sa loi. L’un des éléments les plus inquiétants, selon eux, est justement l’obligation qui sera imposée à tous les nouveaux arrivants de communiquer exclusivement en français avec l’État six mois après leur arrivée. On craint de nuire au recrutement de travailleurs étrangers dans un contexte de pénurie de la main-d’œuvre.

François Legault a affirmé qu’il n’a pas eu à « défendre » la loi 96 samedi auprès de ses vis-à-vis de la Francophonie. « J’en ai parlé dans la plupart de mes rencontres, mais je n’ai pas eu à la défendre… Sauf avec M. Trudeau », a-t-il lancé en pointe.

Pas de « chicane » à l’étranger

François Legault et le premier ministre Justin Trudeau avaient tenu plus tôt une première rencontre bilatérale depuis les élections d’octobre, en marge des ateliers. M. Legault affirme avoir senti « une ouverture » de M. Trudeau sur les principaux enjeux qui préoccupent le Québec.

Le déclin du français à Montréal, l’entrée irrégulière de migrants par le chemin Roxham et la hausse des transferts fédéraux en santé ont été abordés par M. Legault lors d’une rencontre d’une vingtaine de minutes qui servait surtout à mettre la table à une première rencontre officielle en décembre.

« Au-delà de l’ouverture en mots, je veux voir de l’action », a dit M. Legault avec un ton adouci. La semaine dernière, le premier ministre avait critiqué sévèrement les réponses du gouvernement Trudeau sur les demandes du Québec en matière de santé et d’immigration.

« D’abord, je vais laisser M. Trudeau vous dire ce qu’il m’a répondu. Je ne veux pas non plus, et je vais être bien clair avec vous, faire une chicane avec Ottawa à l’étranger. On va garder les affaires locales localement. »

— François Legault, premier ministre du Québec

François Legault a terminé sa journée par une brève rencontre avec le président français Emmanuel Macron, où il a pu à nouveau faire valoir l’importance de protéger le français et d’augmenter la production de contenu francophone sur les plateformes numériques.

L’entretien prévu avec le président tunisien Kaïs Saïed a été remis à dimanche en raison des plénières qui se sont prolongées. François Legault a accepté de rencontrer le président Saïed, bien que son régime soit contesté, disant souhaiter « donner une chance au coureur ».

Justin Trudeau, qui a manœuvré cet été auprès de son allié français pour reporter de nouveau le Sommet, s’abstient de son côté.

Selon une source près du gouvernement fédéral, Ottawa veut « maintenir ses relations » avec la Tunisie, mais ne veut pas « renforcer » le régime de M. Saïed ou lui « donner une importante vitrine » à quelques semaines des élections législatives.

Justin Trudeau participera en revanche aux plénières où sera également présent le président tunisien. Des échanges en marge de ces activités ne sont pas exclus, a-t-on précisé.

Le leadership du président tunisien est contesté depuis qu’il s’est emparé de tous les pouvoirs législatifs en 2021.

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